Une biographie de wilhelm Reich, par un américain encore méconnu, Elijah Brubaker. Trois numéros déjà parus, mais je n’en ai lu que deux pour le moment, incisifs, drôles, acides, précis, sensibles. De quoi se passionner pour ce personnage controversé et auquel William Burroughs, déjà, avait consacré du temps.

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Continuer à lire, ignorer le monde et regarder passer les images. En voici quelques unes, récoltées ces derniers jours.

Pregnant Bitch est un petit livre empli d’une fabuleuse puissance de retournement des yeux et de l’esprit. Sa couverture, sage, dissimule une série de dessins faits par Hendrik Hegray sous l’impulsion (et les ordres) du dessinateur Julien Carreyn. Et les filles qu’HH dessine sont bien proches, physiquement, de celles de Carreyn : elles on en commun une même attitude physique qui tient à la fois du cartoon et de la photo érotique / pornographique mise en scène de manière très outrée. Ce qu’on y voit fait d’abord étrangement réagir : des femmes enceintes qui se battent, nus, parfois sous l’oeil d’une caméra, parfois un couteau à la main. Parfois, aussi, un monstre (une figure monstrueuse) surgit là et une fois, il y a, au milieu de ces dessins faits au bic bleu une figure colorée abstraite (Hendrik en a le secret). L’étonnement premier laisse ensuite la place, après plusieurs retours dans le livre, à une autre manière de voir, à une autre envie, même, de regarder. Et l’on finit par percevoir ce qui se trame ici : des questions de pouvoir, d’enjeux politiques, de représentation des corps. Certes, il existe bien une niche de la pornographie qui montre des femmes enceintesen train de baiser, etc. Mais la manière qu’à HH de les représenter ici relève d’autre chose : d’un regard faussement enfantin. Il dessine comme un enfant ne sachant pas parler mais qui voit tout à travers un regard filtré de douce violence. Il y a de la tension à l’oeuvre ici, qui nous fait ensuite regarder le monde un peu différemment, un peu plus obliquement.

Apparemment à l’opposé du livre d’HH, il y a eu la sortie presque en même temps d’Obnivorious, un petit livre de Frédéric Fleury (qui a d’ailleurs édité le livre de HH via sa maison d’édition Les Editions du 57 et on peut lui commander directement Pregnant Bitch : http://editionsdu57.free.fr/). Le livre de FF a été édité par les suisses Nieves, spécialisés dans le fanzine limité, fait avec beaucoup de soins et les livres d’artistes (Larry CLark, Marcel Dzama, Kim Gordon, Harmony Korine sont passés par eux). Nieves expose d’ailleurs ses livres dès le 17 mai prochain au Centre Culturel Suisse à Paris et il faudra aller voir sur place à quel point leurs petits ouvrages sont méticuleux et intéressants. Obnivorious est un parfait exemple de cela qui dépeint un monde caverneux, empli de monstres aux corps bruts, évoluant dans un environnement qui passe selon les pages du plus complexe au plus décharné. Il y a là aussi une vision faussement enfantine, et qui pourrait bien encore parler de politique, ou en tout cas dissimuler une vérité politique inattendue : Car, la position même de FF (et quelques autres) semble ces jours-ci hautement politique en ce qu’elle refuse tout attachement à un système classique (ces dessinateurs ne font pas de bande dessinée, mais inventent leur propre langage dessiné, leurs propres codes séquentiels pensés au sein de petits livres qui sont souvent bien plus narratifs que n’importe quelle bande dessinée ou roman graphique). FF privilégie un autre système économique, une autre manière de se diffuser et d’exister. Obnivorious, bien que sorti chez Nieves qui jouit d’un circuit de distribution un peu plus classique (celui des galeries et de l’art contemporain), témoigne bien de cela : les personnages dessinés ici, leurs attitudes, la violence sourde qui les habite, n’aurait pas pu exister dans un autre contexte et cela même s’ils ont tous des gueules et des têtes et des figures naïves, enfantines, dessinées comme le ferait un gamin méticuleux mais au trait encore grossier. La force de FF est là : naviguer entre le naïf et le violent, le spontané et le sourd, le ludique et le tendu.

Tout cela, je le retrouve encore dans un troisième petit livre édité par Kaugummi, Landscape de José Maria Gonzales. Mais en plus déstructuré, minimal, quasi animal. La beauté de Landscape (dont le titre me fait penser à Eno et Cage) réside bien dans un sentiment d’incommunicabilité qui en sourd : ces dessins sont là parce qu’il n’y avait pas le choix, pas matière à discussion. Ils évoquent ceux que l’on fait machinalement lors d’une réunion trop longue, d’un moment difficilement soutenable. Machinalement ? Pas exactement : leur rapidité, leur apparence faussement brouillonne dissimule la plus immédiate vérité : on dessine pour se prouver que l’on est vivant, que l’on peut modifier l’apparence du monde.

A visiter : le blog de Kaugummi avec plein de liens intéressants : http://editionskaugummi.free.fr/index.php?/blog/

Un extrait d’un article de Robert Fisk lu sur le site de The Independent.

Robert Fisk: Gun battles as Hizbollah claims Lebanon is at war

Friday, 9 May 2008

(…)

It was a dark and distressing speech by the secretary general of Hizbollah, which came less than 24 hours after the Grand Mufti, Mohammed Kabbani, furiously referred to the Hizbollah as “armed gangs of outlaws that have carried out the ugliest attacks against the citizens and their safety”. Needless to say, neither Nasrallah nor Kabbani stated the obvious – that the first represents a large number of the Shia Muslim community and the second most of the Sunnis.

The sectarian background to this dangerous game is the point, of course. The street battles in Beirut are between Shia and Sunni, the first supporting the Iranian-armed Hizbollah, the second the Lebanese government, which now regularly carries the sobriquet “American-backed”. In other words, the collapse of Beirut these past two days is part of the American-Iranian conflict – even though, be sure, the Americans will blame the Hizbollah for this and the Iranians will blame the Americans.

(…)

All of which continues Lebanon’s crisis. Beirut airport remained largely empty of aircraft yesterday – the Christian daily L’Orient Le Jour rightly suggested that it had been taken hostage by Hizbollah, who control all roads to the terminal – and there were brief gun battles between government and opposition supporters in the Bekaa Valley town of Saadnayel. Yet again, burning tyres were set up in areas demarcating Shia and Sunni districts, and the army closed the Corniche Mazraa highway, which divides west Beirut. By last night it was the scene of a gun battle. Kuwait urged its citizens to leave Lebanon – without being obliging enough to tell them exactly how to perform this task without an airport.

Pour avoir des nouvelles, j’appelle mes parents. A Beyrouth, ils ont plusieurs téléphones. Mais il leur arrive de ne pas répondre, parfois. Ce matin, ils ne répondaient pas et j’ai compris, vite, pourquoi j’avais si mal au ventre, si peu dormi. Mon coeur bat très vite en ce moment, comme s’il se battait pour dégorger quelque chose de coincé.

Je vais voir le blog de Mazen Kerbaj et ses dessins qui nous avaient donné des nouvelles quotidiennes il y a deux ans pendant la guerre entre Israël et le Hezbollah. Je regarde aussi Libération.fr qui a déjà consacré plusieurs sujets au Liban, aujourd’hui. Je n’en trouve pas d’autres ailleurs et même s’ils m’attristent, s’ils sont durs à lire, si j’ai envie d’y lire autre chose, je ne vais pas vraiment chercher ailleurs. Je me souviens d’un coup, de la guerre il y a deux ans et de ce qu’on avait tenté d’écrire dans les Inrocks. Je n’y suis plus, et je ne sais plus où écrire sur Beyrouth, sinon ici.

Ce qui me déroute, ce sont les images d’armes dans Beyrouth. La dernière fois, il y a deux ans, la guerre était quasiment hors de la ville. Mais cette fois-ci, tout cela se passe à côté de chez moi. Et le plus troublant, comme d’habitude, c’est de ne pas y être tout en étant replongé dans la familiarité des événements, comme si ces armes et ces cagoules avaient toujours appartenu à ces rues.

Un sms à ma mère, qui me répond : “ça va… un peu de tirs au loin… biz” qui ne peut que me rappeler sa phrase d’il y a deux ans “on a entendu quelques coups au loin”, après la guerre.

Philippe répond ce mot : “tétanisé”. Je ne sais presque pas lui répondre. Khalil au téléphone a l’air aussi perdu que moi. “Qu’est-ce qu’on fait ?”. Sandra dit “ça peut aller”.

Je n’ai rien à dire, rien à commenter, plus rien à partager.

Quelques notes sur le film vu ce soir :

Il y a dans Iron Man quelque chose de très beau qui est passé de la bande dessiné jusqu’au film : c’est la métamorphose graduelle du personnage, qui se couvre d’abord de fer gris grossier puis passe progressivement à une armure plus sophistiquée, plus fine.

Et dans toutes ses versions, l’armure filmée porte toujours un rictus énervé, un air renfrogné. Iron Man a cet air colérique des mauvais jours et il faut être sacrément de mauvais poil pour porter autant de poids sur soi.

Ou en tout cas avoir très envie de cacher, modifier son corps, le murer du reste du monde. Tony Stark, alias Iron Man, se cache tout le temps. Derrière des lunettes de soleil, derrière son assistante, dans son laboratoire, dans son armure. Se cacher pour ne pas affronter le monde. Ou alors, l’affronter en étant toujours soigneusement dissimulé

Se cacher pour être heureux ? Stark, on le sent bien, est un grand timide qui se soigne. D’abord en couchant avec autant de filles que possible. Ensuite , en s’inventant une deuxième peau, un autre coeur.

Tout dans ce film parle du corps et de ses ramifications fétichistes : le coeur qui lâche et qui est remplacé par un engin artificiel. L’opposition entre le corps de Stark et celui de son rival, entre leurs armures. Le corps, aussi, de son assistante toujours surélevée sur des talons comme s’il fallait être un peu plus haut que la terre pour parvenir à s’extraire du monde.

La plus jolie scène du film, c’est celle là qui montre la jeune femme plonger la main dans la poitrine de son patron pour lui changer son coeur artificiel. Sa main le pénètre, elle est en lui, entièrement. Et, dit-elle, ça suinte et ça pue. Normal, à l’intérieur, tout est mouvant, vivant, tourmenté, et c’est ça que capte bien ce film. Iron Man, héros adulte, qui n’avait jamais entièrement passionné en bande dessinée, prend tout sens sur l’écran, qui le montre tel qu’il est vraiment : une machine mais tout à fait organique.

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