kazagumo

La pochette est belle et l’intérieur plus encore : le disque du français Mokuhen est une belle surprise, reprenant quelques leçons d’une musique électronique que l’on pensait disparue ou vieillie prématurément : une sorte d’ambient tour à tour contemplative et narrative, comme une BO en plein air, qui donne l’impression d’avoir été composée comme l’on jouerait un blues répétitif, un motif inlassable et prenant. Pour comprendre cette jolie peinture, j’ai envoyé quelques questions par mail à son auteur, Mokuhen alias Laurent Guérel, dont voici les réponses.

Dans quel état d’esprit as-tu réalisé ce disque ? En quoi diffère-t-il de tes autres projets ?
Je pense que d’une certaine façon j’ai été assez « inconscient » lorsque j’ai construit ces morceaux. Je veux dire que je n’avais jamais vraiment envisagé de sortir ces compositions.. J’ai commencé ce projet courant l’été 2006 ; avant l’arrivée de ma fille. Je crois que c’est venu assez naturellement, comme un besoin. Je devais chercher quelque chose de plus calme, par rapport aux rythmiques déstructurées du projet Dowo_kun mené avec Thomas Wanker’s united (membre de Reuter’n’Belter).

Quelque soit le projet , j’aime me mettre en situation de chercher sans savoir ce que je vais trouver. C’est une bonne méthode quand on n’est pas musicien … Je n’ai pas vraiment de méthode pour composer, parfois j’ai une idée de structure, mais le plus souvent j’expérimente sans savoir vraiment où je vais. Je laisse toujours une porte ouverte au hasard , aux petits incidents, et à l’ambiance du moment..

Le projet Mokuhen est né de cette volonté de recherche mais aussi comme une réponse à un besoin de faire des cartes postales sonores que je laisse traîner, sans forcément donner une clé d’interprétation évidente. Sans forcément avec l’idée de faire des disques.. C’était sans doute une réaction à « la lenteur » de la création en groupe qui ne convenait pas pour ce besoin précis.. Parce qu’il faut des semaines pour faire des morceaux ensemble (on travaille tous en dehors de la musique, la vie de famille, les trajets, ..), et ce n’est pas le rythme que je souhaitais avoir.. J’avais besoin d’un ‘espace’ disponible que je pouvais gérer au quotidien ou le laisser en standby pendant des semaines (et beaucoup plus parfois).

Où et comment l’as-tu enregistré ? A la maison ?
La nuit, ou très tôt le matin, à la maison . Il y a toujours comme facteur premier une part d’urgence. Cela peut être un besoin de ‘défoulement’, ou la deadline d’un projet.. Il faut qu’il y ait des émotions ressenties, un besoin ‘immédiat’ , une nécessité . Il faut que ça jaillisse tout seul. Ce n’est jamais vraiment par le travail, ça vient dans la facilité ou ça ne vient pas. J’écris les morceaux de manière très furtive. La première étape consiste donc à jeter dans un fichier le squelette du morceau. Cela peut s’arrêter là. J’essaye ensuite de trouver un équilibre entre l’expérimentation, la matière sonore et la trame initiale, sans dénaturer le 1er jet.

La maison, cela veut dire mon ordinateur , le casque sur les oreilles. Branché parfois sur la chaîne du salon pour voir comment cela sonne ..

Quelles sources sonores utilises-tu et comment les traites-tu ? Ce disque marque-t-il une évolution de ta pratique musicale ? En quoi ?
J’ai voulu avoir accès à d’autres types de sons aussi par rapport à l’aspect très electronique de Dowo_kun. J’essaye de trouver une formule qui mélange des sonorités d’instruments organiques, des vagabondages aléatoires d’effets et des enregistrements bruts .. Des aplats sonores ; des travelling pour une danse ‘interne’.

Il y a une volonté de faire quelque chose de plus acoustique, mais forcément très électronique aussi. Ne sachant jouer d’aucun instrument, il y a forcément des samples, des sons acoustiques triturés .. Ce n’est pas par faute de moyens. Cela fait partie de ma pratique musicale. Utiliser des sources multiples découpées dans ma collection de disques, c’est un peu apporter des photos du décor réel dans le dessin en construction.

La pratique reste la même, la méthode aussi, j’écoute beaucoup de musique. Je travaille la matière des disques. Je joue avec ma platine, je coupe, copie, allonge, recolle, c’est de l’artisanat.

C’est une façon de présenter son interprétation de l’original dans ton univers. Extraire et en faire quelque chose d’autre dans un autre conteste, cela m’intéresse beaucoup. C’est comme la chorégraphie. Par le geste, par la gestion de l’espace , tu donnes ton interprétation de la musique que tu utilises. Dans la danse , il y a aussi cette première étape de travail de la matière.. et puis cela se met en place, de façon instinctive.

Comment en as-tu construit le tracklisting ? Quelle histoire voulais-tu raconter en particulier ?
Le tracklisting c’est Denis (qui a sorti le disque sur son label Stembogen) qui l’a effectué. Cela rejoint justement l’idée précédente. Je lui ai donné 3 albums complets, pour lesquels je proposais un tracklisting, des albums ‘bouclés’, sauf le mastering ! Denis m’a fait une contre proposition, piochant à droite et à gauche. Il s’est fait sa propre histoire. J’ai trouvé cela intéressant de travailler ainsi, « mes morceaux dans son univers, avec sa perception ».

Je voulais quelque chose de direct, un univers dans lequel on puisse se plonger intégralement et que l’émotion procurée soit quasiment la même sur toute la longueur tout en jouant sur les nuances. J’ai porté beaucoup d’importance à trouver un juste équilibre dans la narration. Evoquer assez de choses sans dépasser la limite ‘du trop’ qui referme des portes.

Denis a eu cette perception, et m’a parlé tout de suite du côté « narratif » de ma musique. Ce qui m’a mis en confiance pour lui confier la « copie ». Une sorte de conclusion sous forme de travail collectif..

Quant au thème de l’album, le titre peut donner une indication. « Kazagumo » veut dire « vent et nuages qui annoncent la pluie ». C’est quand même un disque assez triste, sombre. J’espère qu’on le ressent tout de même la petite lueur d’espoir égrainée ici & là.

Pourquoi avoir fait une référence au film Demon Seed sur la pochette ? Quel lien fais-tu avec ton album ?
Il en est de même avec la pochette et donc la référence au film Demon Seed. Une proposition de Denis.Ce disque est accessible ou inaccessible selon l’humeur , la fatigue du jour, selon ce que l’on a l’habitude d’écouter aussi. Pour la pochette , nous avons lancé des ‘pistes’. Quand tu regardes à l’intérieur c’est encore une autre proposition… La notion de narration… Que mes disques soient porteurs de cet élément narratif est tout ce qui m’importe. Une narration muette , mais pas indolore. J’ai commencé à m’investir dans la musique quand j’ai dû arrêter de danser et j’essaye de passer l’énergie & la précision du geste , dans la forme et la présentation du morceau.

Qu’est-ce qui t’a inspiré en faisant ce disque ? Livres, disques, films, …
J’ai composé la musique de deux lectures des livres de Philippe Fusaro : ‘Palermo Solo’ & ‘Capri & moi’ sortis à La fosse aux Ours. On retrouve certaines parties de Paermo Solo dans le disque. En dehors de la composition ; l’exercice a été très constructif dans le travail de perception de la musique. Dans ce qu’elle peut entraîner. Philippe & Olivier Rey m’ont laissé carte blanche (j’arrivais le jour même avec ma perception du livre.. les acteurs avaient très peu ou pas entendu). Le volume, la gestion de l’espace., le timing avec des lectures que l’on ne peut jamais reproduire à l’identique. Une mise en scène sonore, une autre translation d’univers et de perception , de lecture de public. Les livres de Velibor Colic m’ont marqué également, l’homme aussi.

Côté musical, « Paquet surprises » de Greg Davis et Sebastien Roux a sans aucun doute déclenché les choses pour ce projet. J’y retrouvais beaucoup de références diverses et pourtant une homogénéité indéniable. Un bol d’air pour l’époque (2005/2006), où l’on croulait sous la sclérose de genres , l’étiquetage des scènes & la « sur »-méthodologie … Certains disques d’électronica ressemblaient plus à des exercices pratiques pour passage du brevet Ableton ou du troisième cycle Max-msp. Une respiration que l’on retrouve également chez Leafcutter John

Mon « moteur » c’est avant tout mon quotidien … sa trace, son empreinte physique et morale, le hasard, comme mon Ipod écouté en random dans les couloirs du métro ou le bus..Il y a David Sylvian, Seefeel, Suboko, Moonshake, Sakamoto, Leafcutter John, Radian, Anthony Pateras, Robin Fox, AKM, Lodz, Dorine Muraille, Jazzkammer, Kapital Band 1, Lasse Marhaug, Lithops, Stereolab, Sonic Youth, Analog… des labels comme Small city Supersound, Sonig, Mosz., Frozen Elephant, la pollution sonore.

Vers quoi penses-tu tendre maintenant ?
Poursuivre mon travail artisanal comme un compagnon du devoir, préparer le second disque prévu avant la fin de l’année que l’on pourra intégrer dans la pochette de celui-ci, trouver un axe d’approche du live ou plutôt de la diffusion en public.

Je me souviens un matin devant la boutique New Rose, nous n’avions pas encore le bas ou à peine, et Frédéric et Gérome arrivaient là et devant le numéro de l’hebdo anglais Sounds qui annonçait la séparation de Spacemen 3, nous étions consternés et puis Frédéric a eu cette phrase : “maintenant, c’est Loop qui sera maître du monde”. Et ce n’était pas entièrement faux, puisque, peut-être,  20 ans plus tard, c’est Loop que l’on réédite avec soin et c’est Loop même que l’on entend résonner chez pas mal de groupes  portés sur le drone, à commencer par Sunn O))). Loop, donc, avec Spacemen 3, était le seul groupe dont je pouvais me vanter de tout posséder, et même en plusieurs exemplaires. Tout, et plus encore, est désormais réédité et je ne saurais trop recommander le triple CD The World In Your Eyes, qui reprend l’ensemble de leurs maxis. J’ai passé des années à ne pouvoir m’endormir qu’en écoutant la face B de leur premier, Burning World, une sorte de flottaison éthérée, mais aride et pressante – j’ai même vu Field Mice la reprendre et j’ai même la reprise sur un flexi transparent quelque part. Ensuite, il faut écouter les autres albums du groupe, répartis sur 3 CD, désormais dédoublés grâce à des bonus. Tout cela est juste un retour de mystique, mais il faut bien avoir une religion, quelque part.

The Sound of Wonder est sortie sur Finders Keepers, bon label anglais spécialisé dans les résurrections et découvertes d’artistes oubliés, méconnus, inconnus, des années 60 ou 70, et souvent plutôt funky. Ici, ils sont tous d’origine pakistanaise, et leurs morceaux sont tirés de films – un peu comme du Bollywood fait chez les voisins, avec autant de frénésie et peut-être plus encore d’hystérie. Parce que sur la plupart de ses morceaux, électriques et incorporant parfois de l’électronique, les femmes chantent la voix haute perchée et les hommes ont plutôt un organe terrien. Drôle de musique, à moitié machiste, à moitié timbrée, virevoltante et remplie de breaks. Comme une version pop des compilations de Sublime Frequencies.

Acheté ce 45 tours, intitulé “Vrais Noms / True Names” pour sa belle pochette en sérigraphie (chacune est différente… et le tout est réalisé par un label français, tout jeune et déjà très méticuleux : Atelier Ciseaux) et sur les conseils toujours avisés de Michel. Pas déçu, et même très pris par ce que j’y entends : plusieurs petits morceaux, courts et vibrants, comme des boucles éphémères, formant le temps d’un single l’équivalent sonore et dense d’un album entier. Je ne connaissais le groupe que de nom, je vais m’atteler à explorer sa discographie : toutes les suggestions pour y pénétrer sont bienvenues.

Dans quel état d’esprit étais-tu au moment de faire ce livre ? Etait-ce une commande de l’éditeur ?

J’ai montré une série de dessins en couleurs, non publiée, à Benjamin Sommerhalder, de Nieves, qu’il a aimés – suffisamment en tous cas pour me proposer de sortir un nouveau livre chez eux. Il m’a donné les dimensions et le nombre de pages (les mêmes pour tous les ouvrages de cette mini collection). Je pense qu’il s’attendait à ce que j’adapte la série de dessins que je lui ai montrée à ce format mais j’ai préféré dessiner un nouvel ensemble d’images directement pensées pour le format des doubles pages.

La couleur est un des éléments frappants du livre : est-ce une nouvelle technique à explorer ?

En fait j’ai acheté des nouveaux feutres à alcool qui me plaisent beaucoup et ces dessins sont en partie le résultat de ce nouveau plaisir.

J’utilisais aussi beaucoup de couleurs en bombe dans mes sculptures, et maintenant que je fais moins d’objets et d’installations, faute de place, la couleur arrive massivement et de manière presque automatique dans mes dessins.

Tu dessines des paysages moins abstraits qu’avant, mais qui demeurent pourtant assez surréels. Qu’est-ce qui t’inspire lorsque tu les conçois ? Est-ce que tu sais par avance ce que tu vas dessiner ?

J’ai quelques idées un peu théoriques et fumeuses sur la représentation des volumes, l’imbrication des plans, l’utilisation des motifs, l’absence d’ombres, l’image comme objet / l’objet comme image, … que j’essaie de retravailler à chaque nouvelle série. J’essaie d’être à chaque fois plus ambitieux dans l’articulation de ces questions qui m’excitent et m’amusent assez, en fait.

Ensuite il y a un livre de photos des monuments de Rome, qui date des années 30, et que j’ai trouvé à la librairie Grand Guignol, à Lyon. Les photos dans ce livre sont retouchées de manière à faire disparaître les piétons et les touristes des ruines, ce qui donnait une sensation d’absurde qui me plaisait beaucoup.

Enfin, la référence la plus claire est celle faite à De Chirico (le DC du titre = De Chirico). J’avais cette idée d’un projet d’urbanisme futuriste et inutile, faite de bâtiments en ruine dont les habitants seraient absents par définition, l’utopie sociale comme décor pur, une sorte de contresens. Ça n’est plus si clairement défini au final, mais j’aimais bien ce nom de « De Chirico 3000 », qui m’évoque une sorte de projet de ville en carton-pâte et en hologrammes, donc je l’ai gardé.

Le « Born Again …» est ironique. Il cite entre autres le « Born Again To Die » de Sick Llama, un bon disque de bruit – j’aimais aussi la tonalité très exaltée que ça pouvait apporter.

Ce livre, d’après son titre, fait partie d’une série. Peux-tu en expliquer la raison et le concept ?

Il s’agit juste de mes ouvrages conçus en solo. Ffor, c’est « F pour … », un projet d’inventaire du monde par la lettre F. Finalement, je n’ai jamais réellement appliqué ce principe, sauf pour le premier numéro, et encore, de manière détournée : « F for Ghosts Masks » (Ghosts = fantômes, donc indirectement, ça donne F pour fantômes, c’est très tiré par les cheveux, je sais). Je me suis dit ensuite, que par essence, le mot fantôme n’avait pas à apparaître, donc c’est devenu juste Ffor. Les premiers numéros ne sont pas très bons, et ont heureusement été édités en très petites quantités.

Où en es-tu avec les collages et la photo ?

Je collectionne les catalogues d’ameublement (comme celui d’Habitat) et les numéros de magazines d’archéologie que je découpe consciencieusement. Je continue à assembler des images entre elles mais j’ai du mal à envisager un projet éditorial cohérent autour de mes seuls collages papier.

Par contre, j’ai réalisé la conception graphique d’un catalogue sorti aux Editions de l’Ensba, uniquement composé de montages informatiques réalisés à partir de photos et d’images vidéos et ça m’a ouvert quelques perspectives. Je prends pas mal de photos dans l’idée d’une sorte de catalogue d’œuvres qui n’existent pas, avec beaucoup de plantes, des images de jardins, de potagers.

Ça me fait penser à cette idée qu’on avait eu avec Hendrik de faire un film. Je voulais que ça soit un film de zombies dans un potager, justement – filmé comme à travers une sorte de webcam placée là et qui nous permettrait de suivre les changements végétaux liés aux saisons, les zombies ne feraient en fait que traverser l’écran et constitueraient au final une « toile de fond », comme si le décor devenait le sujet réel. Il y avait aussi ce projet de raconter l’histoire de la peinture à travers des pizzas filmées en plongée et qui tourneraient comme les disques d’un DJ. D’une certaine manière, c’est aussi des collages, mais maintenant que j’en parle, c’est un peu foutu, on ne le fera jamais.

Que retiens-tu de ta participation à Frédéric Magazine 3 ? Et de ton livre avec Andres Ramirez ? En quoi la collaboration a-t-elle ultérieurement influencé ou modifié ton propre travail ?

Pour ma participation à FM3, il s’agit surtout d’une commande de Stéphane (Prigent), qui m’a proposé de participer à « son » chapitre. Il n’y a pas eu des masses de discussion : j’ai bossé à fond sur une série cohérente et qui pouvait s’inscrire dans leur projet. Ça leur a plu et ça colle assez avec le chapitre en question, notamment avec les dessins de Yu Matsuoka, que j’aime beaucoup. Il me semble qu’il y a une unité dans ce chapitre.

Le livre avec Andres est un drôle de truc. Je suis content que Bartolomé de Kaugummi l’ai sorti, parce que je ne crois pas que ça soit un objet très glamour, très facile ou même très joli. Je connais Andres depuis quelques années maintenant et j’aime beaucoup ses dessins, depuis longtemps. J’étais très impressionné par ses piles de cahiers remplis de dessins et j’étais persuadé qu’il fallait en faire quelque chose. On a sélectionné des ensembles cohérents parmi ses nombreuses séries de dessins que j’ai associés à des images que j’ai réalisées dans cette perspective, un catalogue de design pauvre, plat et gris, plein de globes aveugles et de trames maladroites. J’ai ponctué le tout avec des images de ruines, qui nous inspirent tous les deux. On a de toute façon des recherches parfois très parallèles : la sculpture dans le dessin, une humanité absente, l’intensité de la destruction et du vide, etc …

Depuis je l’ai invité dans Nazi Knife et je pense qu’on retravaillera ensemble, même s’il est beaucoup plus rapide et prolifique que moi.

De manière générale, je me nourris beaucoup de mes collaborations. Je pique un paquet d’idées, pas forcément formelles d’ailleurs, mais des attitudes, une liberté de ton, une acuité – enfin j’essaie. J’ai toujours le sentiment d’être une éponge, mais heureusement j’arrive le plus souvent à retravailler suffisamment le matériau d’origine pour que mes vols passent inaperçus.

Dans le cas spécifique d’Andres, je crois pouvoir dire qu’en plus on s’est mutuellement pas mal influencé, j’ai vu comment il a parfois retravaillé des idées que j’ai pu esquisser dans une pièce ou dans un dessin, souvent pour un meilleur résultat que moi d’ailleurs. Donc je n’ai pas de scrupule à lui chourer des choses quand je peux.

Où en es-tu de Nazi Knife ? Quels projets pour le prochain ?

On travaille conjointement avec Hendrik sur les deux prochains numéros de Nazi Knife (NK#6 et NK#7). On va essayer de sortir le #6 à la rentrée, mais donner une date de sortie précise porte un peu malheur.

Des textes d’orientation ont été écris et envoyés aux artistes sollicités, comme des directives parcellaires de la Dharma Initiative – enfin j’aimerais qu’ils les reçoivent et s’en servent un peu comme ça. Il y a une idée générale, une direction plus claire (ou plus unifiée, plutôt) que pour les numéros précédents, qui sera souterraine à l’ensemble du #6. On pourrait dire : un inventaire des objets, des livres et des images qu’on pourraient retrouver dans une cabane de jardin au milieu du désert mexicain en 2666. On a contacté plusieurs artistes, présents pour certains dans les numéros précédents. On peut donc déjà dire qu’on aura probablement des contributions de CF, de Mat Brinkman, de Julien Carreyn, de Leon Sadler, de David Douard, de James Ferraro, de John Olson, etc …

On travaille aussi déjà sur le numéro #7, au personnel beaucoup plus réduit, et qui suivra lui aussi des directions invisibles et contradictoires – les poubelles de la culture vs. l’architecture constructiviste, en gros.

Et puis maintenant que le milieu du dessin est définitivement « cool », on essaie aussi de s’en éloigner. Nazi Knife ne sera pas « cool », ni « sympa ».

Trouvé ce livre aujourd’hui : quelques pages photocopiées comme un fanzine extrêmement soigné, limité à 100 exemplaires. Des photos de Japonais Rockabilly prises dans des soirées à New-York, et éditées par une maison d’édition de Venise, Automatic Books. Tout ce que j’aime, découvrir de nouvelles cultures agitées, aussi microscopiques soient-elles.

lamonte

Dans la série des disques de reprise de Suicide (il y a notamment eu un Springsteen), celui-ci est une merveille : la plus belle chanson de Suicide, déjà reprise il y a 20 ans par Spacemen 3 dans une version désenchantée et sublime, est ici réinterprétée en plus glauque et dévoré encore par la paire Sunn / Pan Sonic tout au service de ce morceau, chanté d’une voix de cave séchée par Joe Preston des Melvins. Pas encore eu le courage d’écouter la face B, et les autres morceaux (un par Alan Vega, l’autre par Stephen Burroughs de Head of David), tellement la première face est aspirante.

 

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