
Il y a quelques années déjà, j’étais parti à Oxford interviewer Radiohead. C’était à l’époque de Hail to the Thief. Une journée aller-retour. Et j’étais rentré en Eurostar avec un autre journaliste venu interviewer le groupe : Philippe Manoeuvre. J’avais été scotché par tout ce qu’il m’avait alors raconté. Je me souviens qu’il m’avait expliqué pourquoi les pressages français de Hendrix étaient pourris (parce que Barclay, la maison de disques, faisait ses pressages à partir de vinyles américains achetés en import). Il m’avait aussi un peu parlé de Métal Hurlant et on s’était quittés en se promettant de se faire une soirée Sun Ra. Qui n’a jamais eu lieu, mais je ne désespère pas. Depuis, je l’ai croisé une fois, au vernissage de l’expo de Serge Clerc, mais je pense qu’il ne m’a pas reconnu. Ce soir, j’étais diablement mort de rire en le regardant pour la première fois sur M6. Il est hilarant dans son rôle de juré. Ou plutôt, je le trouve incroyable d’équilibre entre déconnade et sérieux, acidité et mordant, cynisme et moquerie de soi. Il est ici bien meilleur qu’à l’époque où il se produisait sur itélé. Devenu un personnage depuis longtemps, il dépasse ici son mythe pour s’affirmer implicitement comme un étrange parangon, un modèle de rocker qui n’en est pas un, un voisin de stars devenu lui-même une drôle d’étoile. Comme durant ces trois heures d’Eurostar, je lui ai trouvé ce soir un incroyable charme, bien au-delà de ses lunettes noires. Mais tout cela, c’est sans doute aussi grâce à la manière dont l’a dépeint Serge Clerc dans son récent Journal que je le vois : il lui a donné une autre humanité, empreinte de folie, d’enthousiasme, de violence hilare aussi. Et puis, Phil Man est le seul homme à avoir son émission de télé, son magazine, sa BD - et à m’avoir parlé si passionnément de Sun Ra. Tout est possible.

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9 mars, 2008 à 7:43
patman
Ah et bien on se retrouve car figure toi que si j’ai fait ce métier c’est un peu grâce à Phil Man dont je lisais assidûment la prose dans r & f et Metal. D’ailleurs, j’ai osé lui avouer cela un soir, dans les chiottes puantes du tryptique lors de l’anniv de Heidi Slimane.
Mon président, un temps son employé, tente sans succès de chasser de mon esprit cette faiblesse pour cet incunable de la rock critic. Man fan, je suis, Man fan je resterai…