
L’américain Richard Sala a une oeuvre plutôt méconnue, notamment en France où, pourtant, plusieurs de ses livres ont déjà été publiés. Le plus récent est sorti il y a quelques semaines déjà dans la collection dirigée par Vertige Graphic et Coconino Press. Intitulée Ignatz (en hommage à l’un des personnages de la grandiose série Krazy Kat de Geo Herriman), cette collection est éditée aux Etats-Unis, dans le même format, par Fantagraphics. Le décalage entre les deux éditions fait qu’en Amérique, cette histoire en est déjà à son deuxième volume, alors qu’on ne fait que découvrir le premier en France. Retard, mais pas si grave, tant il est important de lire ce livre qui était vraiment l’un des plus beaux et intrigants à sortir des Etats-Unis ces derniers temps, de la trempe d’une histoire de Clowes, tout aussi complexe et beau. Simplement nommé Delphine, du nom d’un personnage central mais absent, le récit est un beau mélange de tous les tics de Sala : un dessin aiguisé, une tonalité grise, des atmosphères de fin de jour, un temps de sorcière ravagée. Parfois, les ambiances évoquent quelques livres de Joann Sfar. Mais Sala est son aîné et la plupart du temps, son oeuvre est tout à fait unique, singulière. Son Delphine est un récit de quête, mis en scène dans un contexte délétère de village qui tient du cauchemar éveillé, où tout semble prétexte à une descente aux enfers. La quête évoque en filigrane l’absente et donne surtout à voir un personnage, masculin, qui erre comme s’il était habité par un but fantasmagorique, sans réelle substance. Où est-il réellement ? Ce qui captive, c’est surtout sa capacité à être au centre de situations incongrues et d’y demeurer à peu près normal. il y a de la peur, de l’angoisse, un peu de rire et surtout un grand sens du mystère. Sala, plus que la quête, s’intéresse à ce qui peut hanter un jeune homme : un souvenir, une image, un fantasme, un futur plus qu’incertain. L’essentiel, semble-t-il écrire et dessiner, est bien d’avancer toujours pour voir ce qu’il y après les intersections et embranchements du destin. Avancer sans redouter ce que l’on trouve sur son chemin, ce que l’on voit d’un coup en levant les yexu vers un horizon inédit. Avancer en se disant toujours “inch’allah”.




2 comments
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28 mars, 2008 à 10:34
le vent
une liste de tes “illustrés” japonais; pourquoi pas, un jour, un top 20!
as tu lu la serie survivant takao saito?
29 mars, 2008 à 8:56
JG
illustrés ! une éternité que je n’avais entendu ce terme… Je l’adore, vraiment. Oui, un top 20 jap, ce serait bien. Il faut que j’explore. Et que je lise Survivant. En ce moment, j’adore vraiment Golgo 13.