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Le disque n’est sorti qu’en vinyle et c’est ainsi qu’il fait vraiment sens : un morceau par face, d’une vingtaine de minutes chacun. Le premier, J’accuse Ted Hugues, est une sorte de tentative de faire un drone, enregistré live. Bien sûr, Sonic Youth n’est pas Double Leopards (le plus beau groupe de drones/guitares) mais son morceau est touchant parce qu’on reconnaît ses sonorités, la voix de Kim Gordon, les guitares qui se salissent à mesure qu’avance le temps et qui vrillent le même sillon comme pour reconstituer ce qu’était la sensation même de jouer au sein du Theatre of Eternal Music ou le Dream Syndicate, les groupes de LaMonte Young, John Cale et Tony Conrad qui, dans les années 60, inventaient le minimalisme rock. Sur l’autre face, un morceau composé pour agnès b. Mais jamais utilisé par elle. On y retrouve Jim O’Rourke puisque le morceau a été enregistré durant ses années (récentes) dans le groupe. Dès les premiers instants, la composition se dévoile belle, contraste avec la rugosité de la première face et emplit l’espace sonore de petites touches presque nostalgiques et bourdonnantes aussi. Peu à peu, le morceau devient plus spectral, jusqu’à faire peur. Rien de pop ici, mais pas mal d’angoisse et tout de Sonic Youth, qui donne par de telles entreprises, des nouvelles régulières, et semble ainsi ne jamais vieillir : à le fréquenter si assidument, on ne voit surgir ni ses rides, ni les nôtres.

Il y avait là quelque chose de définitif sur ce que c’est qu’un concert de rock, sur ce que c’est qu’être dans le public, d’attendre, d’être là en admiration devant un groupe pour lequel, adolescent, on pourrait se laisser mourir. Il y avait la musique de KTL (moins apocalyptique qu’à l’habitude, mis à part le fabuleux mur du son final, plutôt cataleptique) et ces bouts de phrases de Dennis Cooper - Gus Van Sant, seul, manquait à l’appel : mais c’est comme si son fantôme avait été tout le temps là. Quelques corps, des marionnettes et je me souviens de tous les concerts que j’ai pu voir, adolescent et ensuite, durant lesquels je me suis senti à la fois pantin et excessivement vivant.

Difficile de trouver mieux que cet album, écrit par des revenants dont on n’attendait rien et qui sortent d’un coup un album comme on n’en entend plus. C’est à dire qui parle de l’histoire de la musique, s’inscrit en elle, mais aussi la fait avancer de quelques mètres - c’est à dire encore d’une éternité, à coups de chansons insidieusement turbulentes, bousculant tête, nerfs, ventre, foi(e). Des disques comme celui-là donnent juste envie de se débarrasser de la moitié de sa discothèque, rendue d’un coup obsolète. Ici, bien sûr, on entend des remous venus d’ailleurs, des échos de Silver Apples (Me Carry On), des geignements de Nick Drake, des atmosphères sombres, héritées d’un vieil apocalypse ou à peu près. Disque sombre, disque de misère, 3 n’est pas là pour se faire entendre, ni se faire écouter. Il est juste présent au moment précis où l’on a besoin de lui : le moment de tout abandonner, mais comme pour mieux revivre.

J’étais sur le plateau de l’émission Tout Arrive de France Culture pour parler de bande dessinée. Dans la première partie de l’émission, nous étions trois critiques, Laure Garcia, Pascal Ory et moi, autour d’Antoine Guillot, pour évoquer La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert, Breakdowns d’Art Spiegelman et Filles Perdues d’Alan Moore & Melinda Gebbie. Ensuite, discussion avec Jochen Gerner pour son revigorant Contre la Bande Dessinée et Emile Bravo qui vient de sortir un assez génial Spirou - dont il nous a dit après l’émission qu’il aurait peut-être une suite.
Vu la tenue du premier, impeccable d’intelligence, j’ai hâte de voir comment il pourrait en faire une suite. Jochen Gerner a lui aussi quelques projets en cours, dont un carnet de dessins faits dans le TGV, intitulé A Grande Vitesse et prévu chez l’Association.
L’émission peut être écoutée là :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutarrive/fiche.php?diffusion_id=62144









Trouvés sur le myspace d’un lecteur de ce blog : www.myspace.com/sammyste
La musique y est chouette aussi, avec de jolis samples de voix qu’on croirait sortis d’une version apocalyptique de Goldorak.

Avant-hier, Jérôme me disait qu’en octobre, Sub Pop fêterait ses 20 ans avec un festival à Seattle. Hier, Alex me disait que l’an prochain Warp fêtera ses 20 ans en organisant un festival, sans doute dans plusieurs villes et pays. 20 ans. Je me souviens des premiers 45 tours Sub Pop achetés à la Danceteria en haut de la rue du Cardinal Lemoine. Des premiers maxis et albums Warp achetés dans le même magasin, qui avait déménagé une rue plus loin. De l’achat du premier album de Nirvana sur Sub Pop, rien que pour sa pochette et son hard rock rugueux qui me permettait de faire un doigt à mes potes de lycée qui écoutaient ZZ Top et AC/DC. Je me souviens aussi ne pas être allé au premier concert de Nirvana et du regard de Stéphane deux jours plus tard lorsqu’il racontait ce qui s’y était passé. De ma tête lorsque Céline m’a dit qu’elle connaissait Nirvana.
Ce qui est agréable, ce n’est pas le temps passé si vite, mais l’idée que ces deux labels sortent encore des disques excitants : le prochain Wolf Parade sur Sub Pop, les prochains Flying Lotus et Leila sur Warp. Trois disques qui pourraient remplir 2008 à eux seuls.
Et puis, ce qui est bien aussi dans ces célébrations, c’est ce qui y est déployé. Par exemple, Warp devrait inviter pour son festival international tous les artistes ayant sorti un disque sur le label. Ce qui veut dire qu’il devrait y avoir un concert de Boards of Canada dans le lot ? Vingt ans plus tard, j’ai bien le droit de continuer à rêver un peu.


Le titre : Dessins exposés. Vous pouvez le lire là : http://www.vogue.fr/people-evenement-dessins-exposes-home-libre359.htm
Wayne Jarrett - Showcase 1
Autechre - Quaristice double CD version

Flying Lotus - Los Angeles

Leila - Blood, Looms and Blooms

‘Rockstone’ Native’s Adventures with Lee Perry at the Black Ark September 1977

Popol Vuh - Haswell & Hecker & Mika Vaino Remixes

Fuck Buttons - Street Horrrsing

New Orleans Funk vol2

Ethiopian Soul and Groove - Ethiopian Urban Modern Music vol.1

Alemayahu Eshete - Ethiopian Urban Modern Music vol.2




Hendrik Hegray a sans doute publié plus de fanzines que n’importe qui d’autre. Parmi eux, il y a le récent Nazi Knife dont le titre sulfureux et troublant ne doit pas masquer le contenu : Hendrik en a édité avec le dessinateur Jonas Delaborde (et l’aide de l’éditeur FLTMSTPC pour le dernier), 4 numéros entièrement dédiés à des accumulations de dessins punk - le prochain devrait être coédité par les américains Buenaventura Press, éditeurs du magazine Kramer’s Ergot où l’on retrouve Chris Ware, Gary Panter, etc.
Hendrik a aussi, surtout, inventé le fabuleux Télérama, détournement photocopié de l’hebdomadaire du même nom. Mais en fait de détournement, Hendrik en a seulement repris le logo et entièrement réaménagé l’intérieur, devenu une sorte de caverne photocopiée où se croisent et s’entrechoquent images déconcertantes (souvent sexuelles, mais pas uniquement), photos trouvées au hasard du net, dessins originaux. J’en avais parlé une fois ou deux, déjà, dans les Inrocks, il y a trois ou quatre ans. Il y a eu en tout dix numéros de Télérama, à peu près tous introuvables ou presque. Essayez Un Regard Moderne ou Bimbo Tower, on ne sait jamais : un numéro peut bien encore y traîner.
En tout cas, pour ne pas laisser ce faux Télérama aux oubliettes ou aux archivistes spécialisés en fanzines graphiques, un petit éditeur (kaugummi) a eu la bonne idée d’en élaborer une compilation. Ou en tout cas, un numéro spécial, numéroté 11, constitué de fragments des précédents, ainsi que d’images prises dans quelques autres fanzines d’Hendrik et d’inédits.
Le livre sera lancé au moment du finissage de l’expo d’Hendrik, qui se déroule jusqu’à dimanche à la galerie France Fiction à Paris. Le premier tirage est minuscule : 100 exemplaires. Histoire de ne pas vexer le vrai Télérama ?
France Fiction
6bis rue du forez
75003 Paris
http://wearekaugummi.free.fr/

Trouvée sur le site de Stephen O’Malley : ideologic.org
Je rajoute quelques disques d’Eliane Radigue, à écouter :
Trilogie de la Mort
Songs of Milarepa
Adnos I-III
Geelriandre / Arthesis
Elemental II

http://fredericmagazine.free.fr/20042008.htm
burial dj-kicks
Always a good time for some Burial news. !K7 Records has announced that the enigmatic dubstep producer is up next in their generally stellar DJ-Kicks series. According to the label: “We hear whisperings from the studio that he may treat his dearest dubstep, techno and even r’n'b tracks with his unique production style before mixing them with exclusive material…” Should be absolutely huge. Burial’s DJ-Kicks installment drops June 23 (July 8 in the U.S.).
Lundi 21 février 2008, ne me demandez pas pourquoi, la journée la plus triste depuis toujours. Je ne trouve même pas de chanson pour illustrer ça. Même pas. Ne me demandez pas pourquoi.


Quatrième volume de la réédition de cette fabuleuse série italienne, qui met en scène un Frankenstein moderne et crétin, doté d’un sexe démesuré et d’envies bestiales, créé sur mesure par une maîtresse nécrophile, qui ne prend son pied qu’avec des cadavres. Décrit ainsi, c’est presque glauque. Mais à lire, c’est incroyablement déjanté, fou, vaguement crétin. Et le trait de l’auteur, Magnus, est impeccable, empli d’une clarté incisive. Surtout, toute cette série tourne autour de l’idée de transformation des corps, de sexualité déviante et de physiques métamorphosés : on ne reste pas longtemps vivant, on ne garde jamais sa forme originelle et seuls les corps de Nécron et sa maîtresse demeurent inchangés, traversant les histoires sans dommages corporels. En quelque sorte, il y a dans cette métamorphose perpétuelle comme des échos annonciateurs des oeuvres de Charles Burns, elles aussi obsédées par les modifications, les métamorphoses, les monstruosités en devenir.
Sur le site de l’éditeur, Cornéius, j’ai trouvé cette photo des volumes italiens originaux :

www.cornelius.fr

Fabuleux morceau décliné en plusieurs versions sur ce maxi réédité par Basic Replay/Basic Channel. Le morceau date de 1975 et il a une incroyable qualité d’élévation, très joyeuse. Merci à Michel pour en avoir suggéré l’écoute.

J’écoute les disques de Four Tet (et de son groupe Fridge) depuis quelques années maintenant. Depuis ses béduts, en fait, sur le label Output. Et j’aime à peu près chaque disque, chaque album. Je suis aussi fan de sa collaboration avec le batteur Steve Reid (j’avais aidé, avec mon ami antoine Rajon, à organiser leur première rencontre, à la Fondation Cartier à Paris). Ce nouveau disque est une merveille, qui éclipse ses disques les plus récents, parfois trop complexes. Ringer ne comporte que 4 morceaux, mais dure plus de 30 minutes. Le premier, en particulier, est une pièce centrale qui semble condenser toutes les obsessions historiques de Four Tet : on y trouve entremêlées des sonorités krautrock, disco, minimales. En quelque sorte, son approche de la techno (puisqu’il s’agit bien de cela ici) est très ouverte, cherchant à inclure une variété d’influences, à moderniser une pléthore de sons vintage. Par exemple, les grandes tourneries hypnotiques d’Ash Ra ou Tangerine Dream retrouvent une belle jeunesse, de nouvelles couleurs. Bien sûr, d’autres que Four Tet pratiquent la même façon de faire, le même “melting pot” - récemment, je songe à Studio, à Quiet Village ou encore à quelques disques de Carl Craig. Mais, ce qui est assez notable ici, c’est que ces morceaux sont organiques, alléchants, vivants : un bon disque, simplement.

Je ne sais quoi écrire sur ce disque tant il est d’une simplicité désarmante. Demons est un duo américain, issu du groupe noise Wolf Eyes. Mais ici, tout est fait à partir de synthétiseurs analogiques, comme au vieux temps du krautrock, lorsque Tangerine Dream remplissait des cathédrales avec sa musique planante. Demons, eux, ne remplissent sans doute que des rades perdus, où se trainent des garçons et des filles qui aiment bien entendre une musique un peu différente de celles qu’on leur impose un peu tout le temps, partout. Des garçons et des filles que j’imagine buvant des bières tiédies en somnolant devant les machines qui ronronnent fiévreusement. Peut-être est-ce là une description juste de Demons et de ce disque ? Un ronronnement fiévreux, inquiet et pulsé, envahissant plutôt que dérangeant. Invisible Darkness fait un peu peur, mais pas trop, n’est jamas vraiment noise, mais plutôt très délétère. Son premier morceau sonne presque comme un pastiche de Basic Channel composé par des enfants qui auraient oublié d’activer les effets et les filtres. Ce disqueme fait penser aussi à une vision du futur issue des années 70, entre un film de Jean Rollin (La Nuit des Traquées avec Brigitte Lahaie) et des dessins de Moebius et Druillet. Tout ce que j’aime ?
Merci à HH.

J’adore ce disque, qui est composé à partir des sons des boucles de la Buddha Machine, drôle de petit instrument rempli de boucles aux textures brutes : www.fm3buddhamachine.com
Toutes les infos sont sur le site de monolake, avec pas mal de choses à télécharger gratuitement, notamment sur cette page :
http://www.monolake.de/downloads/layering_buddha_live.html

Happy birthday, HH.

Cette image est d’une infinie tristesse, mais elle me donne pourtant assez chaud au coeur. Comme une chanson de New Order, peut-être. Elle vient de là : www.flickr.com/photos/delphinequeme/


Call it a ritual est extrait du prochain album de Wolf Parade, assez renversant.
Sexual Healing le morceau de Marvin Gaye repris par Hot Chip
Sensual Seduction le morceau de Snoop repris par Hot Chip
Death is not final un morceau de Shackleton, au-delà du dubstep
Music (in my mind)Lindstrom remixé par Harvey, inédit ?
Enfants (Chants) immense tube de Villalobos, qui sample un morceau de Christian Vander












Il y a là-dedans comme un étrange sentiment de quiétude. La version de georgia on my mind est d’un calme idéal. Tout l’album est ainsi et je commence à aimer la country, de mieux en mieux.

Oui, c’est un film porno des années 80. La copie disponible en DVD ces temps-ci est tout à fait pourrie. Mais elle va bien avec l’époque. De toute manière, il aurait été difficile de montrer un film porno des années 80 avec les images aseptisées des années 2000, surtout lorsqu’il parle autant de sexe que de mort, de cul que de drogue. L’histoire est celle de la mort annoncée d’une fille, qui a pris trop d’héroïne. Le principe ressemble un peu à celui de L’homme qui aimait les femmes de Truffaut, mais en plus sadique et vicieux. J’aime bien la scène où les deux filles, dont la sculpturale Vanessa Del Rio, sodomisent un mec, qui ne s’y attend pas. J’aime surtout la musique qui accompagne l’ensemble et notamment le moment où l’on entend The Model de Kraftwerk. Drôle d’apparition sonore, qui donne au morceau des aspérités encore plus mélancoliques et désespérées que d’habitude. Je précise : la Samantha Fox du film n’est pas la même que celle des tubes eighties. Ou alors, ma copie est vraiment archi dégueulasse.
Excellent disque de dub, sorti en 1982, joué par le Roots Radics Band, produit par le mythique (il paraît) Linval Thompson, mixé à moitié par Scientist et à moitié par Prince Jammy (deux grands noms du dub).
La pochette vaut le détour : un croisement des images de SF les plus populaires de l’époque : Star Wars, Star Trek, Buck Rogers, Galactica, Flash Gordon, Black Hole (film oublié de Disney, que j’aimerais bien voir) … Et chaque titre se réfère à cette même mythologie : Flash Gordon meets Luke Skywalker, Buck Rogers in the Black hole, etc. La musique est parfaite : du dub décharné, cadavérique, qui, par moments rares dévoile des voix, un chant stellaire. La Jamaïque n’a jamais été aussi proche des étoiles, au moins dans mon coeur.

Enregistré à la maison, ce disque de 1972 a quelque chose qui évoque comme un pendant positif du Harvest de Neil Young. Deux disques de grange, où résonnent les instruments de musiciens qui jouent dans une harmonie si fragile qu’elle en est angoissante. La voix de James Taylor (star à l’époque, mésestimé aujourd’hui) est tout en apesanteur, un brin grave, qui raconte une ou deux histoires, pas plus. Mais qui, souvent, vont au coeur. La face A, surtout, est splendide, s’écoule comme un flux ininterrompu, sans accroc, mais dévoilant à chaque nouvelle mélodie, des milliers d’aspérités auxquelles se raccrocher. De quoi pleurer, et comprendre que même si l’on n’aime pas les chiens, on peut tout de même en aimer un seul.



On y trouve des disques totalement déments rangés dans des podcasts thématiques. J’adore la série intitulée Hidden Homemade Folk : on y entend des disques retrouvés de folk faits à la maison, souvent édités par les auteurs eux-mêmes ou sur les labels de leur pote du coin. Les musiciens sont des amateurs souvent doués ou, au moins, un brin tarés comme ceux de la photo ci-dessus : Chuck & Mary Perrin - vraiment fabuleux, notamment sur le morceau Violets of Dawn. Il y aussi la série Hermit Xtian Sound, qui retrouve des albums tarés de familles chrétiennes qui jouent de la musique comme s’ils allaient à la messe sous acide : je recommande le premier de la série, l’album proto folk-rock anémié des inconnus Rebirth qui commence par un morceau qui doit s’appeller Young Girls, magistral. Ne pas rater le troisième morceau et son explosion pop… Et ne pas oublier non plus une autre série, plus tarée encore : Concrete Congo Audio Zine…Tout cela est fourni avec les craquements des vinyles et, parfois, avec les commentaires des patrons du blog : John et Tovah Olson, qui postent tout cela depuis le Michigan (ils habitent à Ypsilanti, si ça existe), jouent de la musique sous le nom de Dead Machines et sont connectés avec le groupe post-indus noise Wolf Eyes : John a joué avec eux et sorti certains de leurs disques sur son label American Tapes.
http://inzane.podomatic.com/

Gary Panter a dessiné les cinq premières pages du septième numéro de cette reprise d’une série seventies de la Marvel. Comme du Jack Kirby primitif, sous acide.

Difficile de mieux faire dans le genre : un long morceau répétitif et mélancolique, qui s’élève tout doucement. Sorti en vinyle sur le label Root Strata, de San Francisco : www.rootstrata.com
Un extrait : http://www.myspace.com/greggmkowalsky

Le premier album de ces Canadiens ne m’avait pas impressionné, mais celui qui sort en juillet, LP2, est juste renversant. J’y entends des mélodies qui vrillent la tête, des chansons construites sur le fil, assemblées comme des collages de fils de fer, enregistrées dans l’église/studio d’Arcade Fire à Montreal (et je me contrefous d’Arcade Fire, groupe surestimé pour bobos qui croient aimer la musique en se faisant refourguer du sous-U2 - j’exagère à peine…), têtues, malicieuses, référencées, mais aussi ouvertes sur le monde.
Paresseux, je pourrais écrire qu’il s’agit là de country psychédélique, mais ce serait une injustice pour cette musique parce que j’ai la sensation d’avoir là un des plus beaux disques de rock de l’année, qui sort sur Sub Pop - pas mal pour un mois d’avril.

http://www.shoboshobo.com/


Emile Bravo est un auteur de bande dessinée plutôt discret mais dont la série “Les épatantes aventures de Jules” vaut le détour, par sa manière de conjuguer explicitement des questionnements modernes avec un ton résolument classique, emprunté à la bande dessinée des années 50 - comme un mélange de Jijé et Sfar : formule assez idéale. Le Spirou qu’il vient de faire (et qui sort dans quelques jours après avoir été pré-publié dans le journal du même nom) relève lui aussi de cette pratique dédoublée, entre le classicisme et le contemporain. Inscrit dans une suite de hors-séries, confiés à chaque fois à un auteur, son Spirou, le Journal d’un Ingénu donne envie d’en lire bien plus sur ce personnage. Et cela parce que Bravo est le premier, depuis Chaland (et donc depuis Franquin), à remettre de la complexité dans Spirou, qu’il inscrit dans une époque, celle des années 30 finissantes, et un lieu, la Belgique, qui attend la guerre et les nazis. Mais aussi la Belgique du Petit Vingtième, revue qui publie les aventures de Tintin - celles-là même que le jeune groom Spirou lit assidument comme n’importe quel autre petit belge de l’époque. Et la force de Bravo est bien là : il parvient à situer son personnage dans un continuum historique mais aussi littéraire et culturel, tout en fournissant une explication à son éternel habit de groom. Oui Spirou est un vrai groom, et il est tellement fauché qu’il ne peut s’habiller autrement. Et il devient plus réel que Tintin, puisque ce dernier est un personnage de BD. Tour de force : Bravo réussit même à habiller Spirou en Tintin, le temps d’une séquence assez drôle et méchante. Jouant avec les références et l’époque, son livre est aussi empli d’une touche très cinématographique qui évoque en creux quelques grandes comédies fines des années 30. Il y ainsi chez lui un peu de Lubitsch, dans la façon de saupoudrer les détails et de jouer avec les situations, les faisant osciller entre le drame et le rire, mais sans jamais les faire exploser dans un seul sens. Tout est question d’équilibre, de justesse de ton. Ce Spirou est le meilleur depuis des années : celui qui ne se fout pas de ses lecteurs, qu’il tient de bout en bout, et encore moins de son personnage - le groom n’a jamais été aussi bien (mal)traité.
http://www.shoboshobo.com/


Gamin, je lisais des bandes dessinées tous les jours. Et chaque semaine, je recevais le journal de Spirou. C’était au début des années 1980 et je garde un souvenir vif des numéros de ce magazine qui comportaient un strip dans ces premières pages mettant en scène un Spirou différent de celui que je connaissais, qui avait l’air à la fois très moderne et très suranné. Ce strip était dessiné par Chaland et je ne m’en suis jamais vraiment remis, admirant cette histoire à l’intrigue inachevée et qui est longtemps demeurée inédite en album. J’en avais même acheté, en arrivant à Paris, une édition pirate, photocopiée, que je garde encore et toujours. Depuis, l’histoire a été reprise dans des albums : dans une double édition officielle, posthume, de luxe, introuvable sinon à un prix prohibitif.
Et je viens d’apprendre quelque chose (un scoop !) d’assez réjouissant : Serge Clerc va, à son tour, faire une histoire de Spirou, scénarisée par Jean-Luc Fromental. Evidemment, je pense au Spirou de Chaland. Et immédiatement aussi, j’ai hâte de voir ce que Serge Clerc va faire du personnage, ce que Fromental, qui a merveilleusement mis en scène la vie d’Hergé dans son Les Aventures d’Hergé (avec Bocquet et Stanislas), va faire à l’histoire. Pas simple, bien sûr, de reprendre un personnage aussi iconique, qui s’impose d’emblée à l’auteur, à la fois par son histoire chargée et par le cahier des charges de son éditeur. Floc’h, par exemple, m’avait dit lors d’un entretien, avoir refusé plusieurs fois de reprendre la série des Blake et Mortimer de Jacobs. Pour son futur Spirou, Serge Clerc dit que l’éditeur lui a proposé de faire ce livre après avoir vu quelques dessins inédits de lui refaisant le personnage et lui laisse toute latitude. Tant mieux. Quelque chose me dit que son Spirou pourrait avoir un air de Bauhaus. Ou pas. Je suis en tout cas impatient de le découvrir et j’espère qu’il ne mettra ni autant de temps ni autant de souffrances que pour faire son récent et fabuleux Journal. Et même si ce livre ne sortait pas avant deux ans, il serait une des plus belles façons, sûrement, de terminer les années 2000 et d’entamer les suivantes. Hâte, hâte, hâte.

Difficile de résister à cet album, qui demeure un vrai disque de chevet. Ou plutôt, qui demeure un disque d’accompagnement lorsqu’à peu près tous les autres ont été épuisés. Kid A possède peut-être cette grâce parce qu’il est justement un amalgame de plusieurs autres choses que j’aime tant (Aphex Twin, Autechre, Boards of Canada, John Cage, LaMonte Young, etc.) et que, comme un roman policier un peu pervers, il parvient à les vulgariser, mais en les habillant toutes de nouveaux habits plutôt luminescents.
Il y a là quelques morceaux de choix, bien sûr, et j’adore le titre même de How To Disappear Completely, qui ouvre l’album comme un programme quasi politique : voici notre nouvelle vie tandis que l’ancienne disparaît, semblent-ils dire là. Et puis, il y a un morceau, collé au bout de la face B du premier disque en vinyle (il y en a deux dans cette édition, au format court de 25 cm) : Treefingers, qui évoque un moment d’apesanteur, entre mélodie et bourdon, sensiblement menu et frissonnant. Comme un instant de déraison annoncée. Voilà. Avec les années qui avancent, j’aime de mieux en mieux ce disque et ses airs glacés qui font dormir doucement, rêver lentement.
Il n’y avait pas meilleur candidat pour cette reprise (même si le Spirou d’Emile Bravo, qui sort ce mois-ci, est une grande réussite) : Serge Clerc m’a appris il y a quelques jours qu’il allait dessiner une histoire de Spirou, écrite par Jean-Luc Fromental. L’éditeur, Dupuis, lui aurait confié la mission après avoir vu quelques-uns de ses croquis mettant en scène le personnage. J’ai hâte de lire cela, même si l’entreprise peut être périlleuse et prendre du temps.

Nine me parle de ce livre depuis quelques mois déjà, quelques années peut-être et l’autre matin, j’ai souri en la voyant sur l’antenne de la Matinale de Canal +. Heureux pour elle et son éditeur.
Je lis son livre, en y trouvant des indices sur sa vie, puisqu’il s’agit d’une autobiographie (comme tous ce qu’édite Ego Comme X). Mais, en le lisant, ce qui me passionne surtout, ce sont les interstices qu’elle laisse comme vides, les absences et les manques, qui creusent son récit et en font autre chose qu’une narration égotiste où elle ne raconterait que sa vie, agrémentée de références d’époque (NTM, Téléchat, etc.).
Il y a bien sûr là-dedans un sentiment d’appartenance à une génération et un autre, aussi, de partage des mêmes expériences - et cela même si j’ai 10 ans (au moins) de plus qu’elle : je comprends ce qu’elle vit parce que je l’ai sans doute vécu aussi. Il y a aussi, surtout, l’idée furtive que l’on n’est jamais complètement soi, que l’on est toujours en recherche d’un lendemain idéal et d’une meilleure compagnie que celle de l’instant présent. C’est l’ailleurs qui compte et cela se reflète bien dans ses compositions, son rythme, sa mise en scène : on a hâte de tourner les pages, de deviner ce qui arrive, d’être déjà au bout du récit pour en imaginer la suite. Ce sont ses non-dits, ses jeux de devinettes, et tout ce que ce livre permet d’imaginer de sa vie, qui donnent à son Paradis tout son goût.

J’aime bien cette photo et ce qu’elle dit sur le temps qui passe, l’apesanteur de certains moments furtifs, la lumière et les zones d’ombre qui emplissent parfois les regards des photographes. Elle est visible sur le blog de Delphine (Quartet), qui aime bien avoir du rouge dans ses photos. http://www.bureaurecords.com/quartetblog/
BLEU HOLOCAUSTE
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une exposition de dessins de
HENDRIK HEGRAY
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du 12 au 27 avril 2008
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à FRANCE FICTION
6bis rue du Forez 75003 Paris
www.france-fiction.com
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vernissage vendredi 11 avril 18h-21h
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Depuis une année ou deux, je guette les livres et documents qui viennent de Providence, aux Etats-Unis. Notamment tout ce qui concerne un mystérieux dessinateur, connu sous les initiales C.F. et dont voici, ci-dessus, un dessin atypique, empli de couleurs psychédéliques. Il enregistre aussi des disques plutôt noise sous le nom de Kites et ses concerts sont, paraît-il, extrêmement physiques.
Récemment, après avoir sorti plusieurs fanzines, pas mal de sérigraphies, publié des dessins ou des historiettes dans diverses revues, C.F. a sorti son premier vrai livre de bande dessinée : Powr Masters, publié par la maison d’éditions Picturebox. Celle-ci avait sorti il y a un an déjà, un beau catalogue regroupant la plupart des artistes de Providence. Intitulé Wundergound, en voici la couverture :
Ce catalogue s’intéresse aux scènes artistiques de Providence, depuis 1995. Il inclut une multitude d’affiches de concert, de documents rares, de photos de groupes, de dessins. J’ignore pourquoi, mais l’ensemble des affiches mises bout à bout me procure un sentiment d’énergie et d’urgence rarement ressentis. Plus encore que les livres récents qui retraçaient l’histoire du punk à travers ses affiches et flyers, ce livre montre une histoire récente et toujours en cours. Pas de taxidermie, pas d’effet de nostalgie, ni de mausolée virtuel : tout semble encore très vivant - et cela même si je ne connais pas la plupart des groupes et des dessinateurs répertoriés. C’est peut-être ça, d’ailleurs, qui procure cette étrange dynamique : ne pas connaître les noms que l’on lit, c’est déjà se familiariser un peu avec eux et imaginer ce qu’ils recouvrent.
Plus récemment, je me suis plongé dans le premier livre de C.F. qui est une impeccable narration tourmentée, en noir et blanc, souverainement minimaliste (le blanc y est omniprésent qui disqualifie les décors), mais aussi très complexe (les personnages, notamment, sont éminemment sophistiqués, détaillés). Il y a là un esprit surréaliste et ludique, comme un jeu de Dongeons et Dragons détourné de ses racines pour devenir subrepticement punk. Plusieurs volumes sont prévus, mais aucune traduction en VF pour le moment. Dommage, car on se dit que sans les pionniers français de l’Association, ce livre n’aurait peut-être pas la même signification, ni le même lectorat.
Parmi les autres livres issus de cette petite scène, il y a ceux de Brian Chippendale, batteur du duo Lightning Bolt : Ninja et Maggots.
Il y aussi l’anthologie Free Radicals, qui demeure exemplaire d’une liberté de dessiner, d’amalgamer et de mettre côte à côte des dessinateurs sans retenue. Et parfois un peu stupides aussi…
En France, toute cette scène correspond avec les dessinateurs tournant autour de Frédéric Magazine ou Nazi Knife. Mais c’est une autre histoire. En attendant, tous les livres dont j’ai parlé ci-dessus sont trouvables au Regard Moderne à Paris (rue Gît-Le-Coeur) ou sur www.pictureboxinc.com/
Trouvée sur ebay en cherchant des disques de Sun Ra. Un petit malin en vend mais ne montre pas les objets : il colle cette image, qui est tout de même bien éloignée de l’imaginaire de Sun Ra. Du coup, je l’ai copiée et mise ici. Et je me demande si les gens qui s’intéressent aux disques de Sun Ra sont aussi attirés par ce genre de photos. C’est-à-dire des images extraites de magazines de cul des années 60 et 70, qui abondent d’un charme suranné, de couleurs devenues comme étrangères et de corps qui pourraient être extra-terrestres tant ils ont l’air dépendants d’une époque et d’un moment résolument proches et irrémédiablement révolus. Ces deux filles qui s’enlacent ne disent rien, mais j’aime bien leur bronzage, leurs cheveux et ce que je devine de leur ossature. Elles ne sont ni belles, ni sexuelles - juste issues d’un autre monde. Exactement comme Sun Ra ?

Toujours difficile de bien juger un livre (ou un disque) qui n’existe qu’en édition très limitée : ici, 100 exemplaires photocopiés, numérotés, signés. La rareté même de l’objet lui donne un premier attrait qui le rend presque irrésistible. Une qualité qui filtre le jugement, sape le goût : pourquoi faudrait-il acheter ce livre plutôt qu’un autre, plus facilement trouvable, de Shrigley ? Parfois, la rareté et la marque font office de prescriptions obligatoires : comme le faisait remarquer un ami la semaine dernière : “tu ne regarderais même pas cette chemise si elle n’avait pas une étiquette Maison Martin Margiela”.
Pour ce livre, je ne sais quoi penser, sinon que j’aime bien Shrigley, que je l’aime de mieux en mieux, en fait, et que cette reliure faite à la main et composée de dessins que d’autres prendraient pour de sombres gribouillis, lui va bien.



Vus chez un ami de Chaland. Selon lui, ces deux dessins, magnifiques (malgré mes photos et mon flash trop fort), ne sont répertoriés nulle part. Je le crois volontiers.



