Difficile de résister à cet album, qui demeure un vrai disque de chevet. Ou plutôt, qui demeure un disque d’accompagnement lorsqu’à peu près tous les autres ont été épuisés. Kid A possède peut-être cette grâce parce qu’il est justement un amalgame de plusieurs autres choses que j’aime tant (Aphex Twin, Autechre, Boards of Canada, John Cage, LaMonte Young, etc.) et que, comme un roman policier un peu pervers, il parvient à les vulgariser, mais en les habillant toutes de nouveaux habits plutôt luminescents.

Il y a là quelques morceaux de choix, bien sûr, et j’adore le titre même de How To Disappear Completely, qui ouvre l’album comme un programme quasi politique : voici notre nouvelle vie tandis que l’ancienne disparaît, semblent-ils dire là. Et puis, il y a un morceau, collé au bout de la face B du premier disque en vinyle (il y en a deux dans cette édition, au format court de 25 cm) : Treefingers, qui évoque un moment d’apesanteur, entre mélodie et bourdon, sensiblement menu et frissonnant. Comme un instant de déraison annoncée. Voilà. Avec les années qui avancent, j’aime de mieux en mieux ce disque et ses airs glacés qui font dormir doucement, rêver lentement.