Pour avoir des nouvelles, j’appelle mes parents. A Beyrouth, ils ont plusieurs téléphones. Mais il leur arrive de ne pas répondre, parfois. Ce matin, ils ne répondaient pas et j’ai compris, vite, pourquoi j’avais si mal au ventre, si peu dormi. Mon coeur bat très vite en ce moment, comme s’il se battait pour dégorger quelque chose de coincé.

Je vais voir le blog de Mazen Kerbaj et ses dessins qui nous avaient donné des nouvelles quotidiennes il y a deux ans pendant la guerre entre Israël et le Hezbollah. Je regarde aussi Libération.fr qui a déjà consacré plusieurs sujets au Liban, aujourd’hui. Je n’en trouve pas d’autres ailleurs et même s’ils m’attristent, s’ils sont durs à lire, si j’ai envie d’y lire autre chose, je ne vais pas vraiment chercher ailleurs. Je me souviens d’un coup, de la guerre il y a deux ans et de ce qu’on avait tenté d’écrire dans les Inrocks. Je n’y suis plus, et je ne sais plus où écrire sur Beyrouth, sinon ici.

Ce qui me déroute, ce sont les images d’armes dans Beyrouth. La dernière fois, il y a deux ans, la guerre était quasiment hors de la ville. Mais cette fois-ci, tout cela se passe à côté de chez moi. Et le plus troublant, comme d’habitude, c’est de ne pas y être tout en étant replongé dans la familiarité des événements, comme si ces armes et ces cagoules avaient toujours appartenu à ces rues.

Un sms à ma mère, qui me répond : “ça va… un peu de tirs au loin… biz” qui ne peut que me rappeler sa phrase d’il y a deux ans “on a entendu quelques coups au loin”, après la guerre.

Philippe répond ce mot : “tétanisé”. Je ne sais presque pas lui répondre. Khalil au téléphone a l’air aussi perdu que moi. “Qu’est-ce qu’on fait ?”. Sandra dit “ça peut aller”.

Je n’ai rien à dire, rien à commenter, plus rien à partager.