Quelques notes sur le film vu ce soir :

Il y a dans Iron Man quelque chose de très beau qui est passé de la bande dessiné jusqu’au film : c’est la métamorphose graduelle du personnage, qui se couvre d’abord de fer gris grossier puis passe progressivement à une armure plus sophistiquée, plus fine.

Et dans toutes ses versions, l’armure filmée porte toujours un rictus énervé, un air renfrogné. Iron Man a cet air colérique des mauvais jours et il faut être sacrément de mauvais poil pour porter autant de poids sur soi.

Ou en tout cas avoir très envie de cacher, modifier son corps, le murer du reste du monde. Tony Stark, alias Iron Man, se cache tout le temps. Derrière des lunettes de soleil, derrière son assistante, dans son laboratoire, dans son armure. Se cacher pour ne pas affronter le monde. Ou alors, l’affronter en étant toujours soigneusement dissimulé

Se cacher pour être heureux ? Stark, on le sent bien, est un grand timide qui se soigne. D’abord en couchant avec autant de filles que possible. Ensuite , en s’inventant une deuxième peau, un autre coeur.

Tout dans ce film parle du corps et de ses ramifications fétichistes : le coeur qui lâche et qui est remplacé par un engin artificiel. L’opposition entre le corps de Stark et celui de son rival, entre leurs armures. Le corps, aussi, de son assistante toujours surélevée sur des talons comme s’il fallait être un peu plus haut que la terre pour parvenir à s’extraire du monde.

La plus jolie scène du film, c’est celle là qui montre la jeune femme plonger la main dans la poitrine de son patron pour lui changer son coeur artificiel. Sa main le pénètre, elle est en lui, entièrement. Et, dit-elle, ça suinte et ça pue. Normal, à l’intérieur, tout est mouvant, vivant, tourmenté, et c’est ça que capte bien ce film. Iron Man, héros adulte, qui n’avait jamais entièrement passionné en bande dessinée, prend tout sens sur l’écran, qui le montre tel qu’il est vraiment : une machine mais tout à fait organique.