Tout ce qui parle de Cannes aujourd’hui semble sous le charme de Waltz with Bashir, le film d’animation israélien qui relate les massacres de Sabra et Chatila, à l’époque où l’armée israélienne, Tsahal, était dans Beyrouth. Je n’ai pas vu le film et j’aimerais le voir parce que le fait d’en entendre parler ravive quelques souvenirs de cette époque, des années 82-83, lorsque j’avais 11 ans et que je découvrais que je vivais depuis quelques années déjà dans un pays en guerre. Non pas que je l’ignorais, mais c’est à ce moment-là que je l’ai clairement exprimé, que j’ai perçu que mon quotidien n’était pas le plus normal du monde. Il était juste le mien et celui de mes proches.
Je me souviens donc de mes parents qui sont venus me chercher à l’école, du départ de la maison, de la vie pendant quelques mois de l’autre côté de Beyrouth. Je ne me souviens pas du retour à la maison, et à peine des images de soldats israéliens dans les rues. Je me souviens davantage des miliciens libanais et, plus loin, de ceux de l’OLP, puis de leur absence. Je me souviens à peine aussi de Sabra et Chatila, de l’annonce des massacres, des premières images. Je me souviens de la mort de Bachir Gemayel et de tous les fantasmes qui en ont suivi. Je me souviens que je ne savais pas encore ce qu’était le fascisme et que je le regrette aujourd’hui.
Je ne me souviens, en fait, plus de grand chose, sinon qu’il faisait souvent noir, qu’il y avait souvent du bruit dehors et que les sons des obus qui partent sont tout à fait différents de ceux qui atteignent un impact. Mais je ne sais plus lequel des deux est le plus sourd, ni lequel est le plus métallique.

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