La page 12 de l’album L’Affaire Tournesol vient d’être donné par veuve d’Hergé au Centre Pompidou, en remerciement de l’exposition qui y avait eu lieu l’an dernier pour le centenaire de l’auteur. Cette donation constitue une nouvelle étape dans l’historiographie d’Hergé, que ses héritiers imposent de plus en plus comme un artiste pop, à la manière d’un Warhol - ce qui a pour effet d’oublier les questions les plus intéressantes liées à son travail et relatives à la pratique même de la bande dessinée. Hergé au musée, par l’intermédiaire de ses originaux, c’est un peu le glas de la BD, qui en devient un objet figé. Mais, la chose n’est pas aussi simple : le site du9.org estime que la présence d’une planche (assez inestimable) d’Hergé à Beaubourg faciliterait l’ouverture dans ce musée d’un département consacré à la bande dessinée dont on espère qu’il soit fait avec intelligence, c’est à dire avec une ouverture sur le genre incluant à la fois un regard sur son histoire et une perspective sur son présent, une prise en compte de la diversité de ses sous-genres et une réflexion sur la manière dont on peut exposer, montrer, dévoiler, la bande dessinée au-delà de son support initial imprimé.
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4 comments
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17 mai, 2008 à 12:27
olivier
Intéressant, sauf qu’effectivement à considérer la BD comme un “genre” (je te cite) on n’avancera pas beaucoup. A mon sens la BD est un art, pas un genre. Elle n’appartient ni à la littérature, ni aux arts plastiques, ni au cinéma dont elle n’est pas un genre particulier. Elle est un art à part entière avec toute une série de genres (autobio, aventure, roman…
qu’elle a su s’approprier avec ses propres moyens.
olivier
17 mai, 2008 à 1:25
joseph
Je n’aime pas tellement la notion d’art, qui sacralise et met sur un piédestal, éloigne du réel. On ne dirait jamais du rock qu’il est un art, non ? Mais sans doute aussi, le terme de genre est-il un peu inapproprié (quoi que je l’aime bien, puisqu’il a quelque chose de très peu noble, assez banal presque). En tout cas, tout au long de mes diverses chroniques sur des oeuvres, des objets ou des pratiques (artistiques / culturelles : quel est le meilleur mot ?), j’essaie de toujours traiter les choses avec le même regard, le même sérieux, qu’il s’agisse d’un disque, d’un essai, d’un film, d’une bande dessinée, d’un recueil de dessins, d’un jeu. Je crois qu’en ce qui concerne la bande dessinée, l’idée essentielle est de la considérer comme une pratique accouchant d’oeuvres tout aussi complexes et intéressantes que le cinéma et la littérature (ce qui est peut-être une définition de l’art ?) - Peu de gens le font vraiment ainsi.
17 mai, 2008 à 3:23
olivier
Tu dis “l’idée essentielle est de la considérer comme une pratique accouchant d’oeuvres tout aussi complexes et intéressantes que le cinéma et la littérature” et je suis bien évidemment d’accord. Mais je reste étonné de te voir écrire “genre” plutôt que “art”. Tout ce que j’ai pu lire de toi depuis si longtemps contredit l’emploi du mot “genre”. J’ai toujours eu le sentiment que tu me parlais d’un art.
D’ailleurs, même dans ce billet tu compares la BD au cinéma et à la littérature, mais ces derniers sont des arts! Pour le Rock, je ne sais si c’est un art, mais c’est assurément un “genre” (ou une esthétique) qui appartient à un art que l’on appelle la musique. Un genre qui parfois produit de vraies merveilles (qui n’ont rien de mineures). Je m’avance peut-être mais tes réticences me semblent liées à un certain complexe d’infériorité que l’on retrouve souvent chez les BDphiles. Pour ma part je n’ai pas ces réticences: la BD est au moins un “média” à part, avec son langage propre et qui peut très bien se passer d’une comparaison avec un art dit plus noble. Je n’ai pas ces réticences aussi parce que l’art à mon sens n’est pas sacré (je laisse ça aux curés et aux commissaires d’expos) c’est juste une lecture du monde. “L’art est là où je suis” disais je ne sais plus qui. C’est une définition qui me plaît bien.
17 mai, 2008 à 8:30
joseph
Je crois qu’on est d’accord, au-delà de la question des termes.
Je précise que je n’ai jamais eu de complexe par rapport à la BD, jamais. J’ai au contraire tout fait pour l’imposer en tant que telle, pour ce qu’elle est et ne jamais la rattacher à un autre art (voilà, j’ai utilisé le mot). Tu as raison et, évidemment, j’ai tout fait pour que l’on considère la bande dessinée comme un art en tant que tel, avec ses codes et son histoire.
Quant aux histoires de “mineures”, on pourrait en parler pendant plus longtemps encore et je crois avoir souvent eu un faible pour des gens considérés comme mineurs, mais que j’ai toujours trouvé tout à fait majeurs et merveilleux.