Quelqu’un m’a demandé une liste de morceaux qui m’ont marqué. Ce qui est impossible. Ne serait-ce que parce qu’une telle liste ne pourrait se faire sans les livres qui vont avec : à chaque chanson correspond un roman ou un texte, et ensemblent ils décrivent leur époque. En tout cas, voici en vrac 30 morceaux ou disques dont je suis certain, de mémoire, qu’ils m’ont marqué. Il y en a à peu près 30 000 autres susceptibles de figurer ici comme n’importe lequel des 6 ou 7 premiers disques de Will Oldham dont je considère le Gulf Shores / West Palm Beach comme un des plus beaux singles de tous les temps - tellement beau que je n’ose le mettre dans une liste. Cela dit, je pourrais toujours m’atteler à des listes plus précises, si un intérêt dans ce sens était soulevé ici ou là.

1.Tex Ritter “High noon”

Le morceau d’ouverture du film du même nom (le train sifflera trois fois en VF), que je regardais gamin plusieurs fois par jour. D’où mon goût pour lescrooners et les arrangements minimalistes ?

2.The Smiths “William, it was really nothing”

J’ai acheté mon premier disque des Smiths tout seul : Hatful of hollow, à la Fnac de l’avenue Wagram. Et cette chanson était la plus immédiate. Je n’avais jamais entendu quelqu’un chanter ainsi, de telles paroles.

3.The Jesus and Mary Chain “Just like Honey”

Ou plutôt tout le premier album, Psychocandy. Incroyable à quel point ce groupe était différent, comme d’une autre planète. Au milieu des années 80, personne ne leur arrivait à la cheville.

4. The Velvet Underground “Venus in furs”

Découvert assez tard le Velvet, en achetant au hasard le premier album et immédiatement fasciné par la noirceur de ce morceau et la violence du violon de John Cale.

5. My Bloody Valentine “You made me realise”

Acheté ce maxi au hasard, pour sa pochette, que je trouvais mystérieuse et comme sortie d’un film. Mais lequel ? A l’intérieur, des morceaux inépuisables, que je redécouvre inlassablement, soniquement, narrativement, humainement.

6. The Orb “A Huge Ever Pulsating Brain That Rules from the Center of the Ultraworld

C’est en passant l’aspirateur que j’ai compris la puissance de ce maxi interminable, sorte de collage onirique qui se fond dans le décor, mais pour mieux le déstructurer. Aujourd’hui, je n’ose plus l’écouter.

7. Throbbing Gristle “after cease to exist”

La face B de leurpremier album m’a ouvert les oreilles vers un monde insoupçonnable. Je l’avais acheté un peu au hasard, dans un magasin d’occasion et j’ai tout de suite plongé dans ce magma sonique, qui était en plus lié aux films de Derek Jarman.

8. The Telescopes “Cease to exist”

une face B, écoutée mille fois, qui est en fait une reprise de Charles Manson.

9. Sun Ra “Disco 3000″

Acheté vite à Londres, en vinyle. Ce disque est monumental, tournoie sans cesse, et, comme je l’ai lu quelque part, arrête vraiment le temps. Il a été récemment réédité et je ne sais jamais s’il faut que je le recommande ou non. En tout cas, il m’a entièrement réorganisé l’esprit.

10. Photek “UFO”

Je me souviens d’une conversation avec Julien qui disait en substance que ce n’était plus la peine d’acheter autre chose que des disques de Photek et Tortoise. Evidemment, on n’a pas tenu plus d’une heure ou deux. Mais ce morceau (ou plutôt ce maxi) de Photek est resté scotché dans mes oreilles. On y entend des samples effrayants et des fragments d’un piano électrique pris chez Pharoah Sanders et Lonnie Liston Smith. Une merveille.

11. Television Personalities “Sense of Belonging”

Une chanson indie pop qui pourrai être la plus belle du monde. Mais je ne sais pas pourquoi exactement.

12. The Pastels “Baby Honey”

Voir les Pastels au premier festival des Inrocks était une révolution en soi. Et découvrir ce morceau mastodonte était tout aussu bouleversant, sur scène que sur disque.

13. Field Mice “Sensitive”

Celui-ci et sa face B : un single indie pop juste parfait.

14. Spacemen 3 “Rollercoaster” & “Transparent Radiation”

Tout Spacemen 3 m’a chamboulé. Mais ces deux maxis ont été mes portes d’entrée dans leur univers psychédélique et torturé. L’album Playing With Fire est encore plus beau.

15. Loop “Burning world”

Comme Spacemen, mais avec un son encore plus lourd et abstrait. Et puis, j’ai vu Loop sur scène et ça, ça ne se raconte pas.

16. Stereolab “Super 45″

Le premier 25cm de Stereolab m’a ouvert les oreilles et mené vers des disques de Neu, Can, puis Nurse With Wound.

17. Neu!

Peu de choses valent le premier album de ce duo allemand et je n’ai toujours pas compris, malgré mes écoutes répétées, comment ce disque est fait, de quelle matière il est composé.

18. Can “Monster Movie”

Ou alors Soundtracks. Ou n’importe quel autre disque de Can.

19. Tortoise “Djed”

Ou alors le maxi sorti sur Duophonic. Djed, premier morceau du deuxième album du groupe est une longue odyssée, un collage qui embarque en lui des réminiscences de Neu et des fragments d’Aphex Twin. Le genre de morceau qui change la vie, littéralement - à moins d’être sourd, bête et méchant.

20. Basic Channel CD

Je me souviens de Michel chez Rough Trade disant que son frère lui avait piqué ce CD et s’endormait dessus. Moi aussi j’adorerais m’endormir sur ce disque, mais il est tellement dense qu’il est impossible de somnoler avec.

21. Aphex Twin “Selected Ambient Works 2

Le disque ultime, qui mène les explorations d’Eno à leur extrême, vers leurs limites sonores et s’arrête aux bords de l’abstraction.

22. Sonic Youth “Kotton Krown”

Le premier morceau que j’ai eu envie de reprendre. Et sur le même album, il y a le fabuleux Sister / Schizophrenia dont Frédéric Poincelet a fait une bande dessinée frappante dans un de ses périodiques.

23. Nancy & Lee “Some Velvet Morning”

Le plus beau morceau de tous les temps, dont ne ne sais jamais s’il faut en pleurer de bonheur ou de peine ou des deux à la fois.

24. Public Enemy “Don’t Believe the Hype”

Parce que c’est par là que j’ai découvert le hip-hop. Et que le premier et le second albums de Public Enemy sont parfaits.

25. Moodymann “I can’t kick this feeling when it hits”

Un sample de Chic par un produteur américain majeur, qui manie comme personne le temps long, la répétition, la déliquescence des rythmes, des nappes, des sons, de l’écoute. La House de Moodymann m’a mené vers tout le reste, à commencer par Carl Craig et Theo Parrish.

26. Jim O’Rourke “Eureka”

Tous les disques de Jim valent le détour, mais celui-ci manie bien son amour pour la pop et Burt Bacharach tout en étant aux bords de l’expérimentation. Un moment d’apesanteur, surtout dans les derniers morceaux, déchirants.

27. Pita “Get Out”

Le disque électronique parfait, tout en bruits d’ordinateur, et en fragments de souvenirs presque pop. On y entend des échos de My Bloody Valentine, des mémoires de musique concrète.

28. Labradford “Mi Media Naranja”

29. Syd Barrett “Golden Hair”

La seule chanson que je sais jouer à la guitare. Et les paroles sont de James Joyce. Une vignette de bout de nuit, rien d’autre.

30. LaMonte Young “Black Record”

Une face de gongs frappés au ralenti qui s’écoute comme un disque de métal contemporain. Sunn O))) et tous les autres sont nés là-dedans, mais ils ne le savent sans doute pas.