
Je suis un fidèle lecteur des livres de Menu, dont j’adore le Livret de Phamille (chaque foyer devrait en posséder un exemplaire…). Et la parcimonie de ses publications rend chaque nouveau livre plus précieux encore. Lock Groove Comix me parle plus encore que le reste de son oeuvre, parce qu’il y est question de disques et de musique. A partir d’un début plutôt mince, qui se résume à son obsession pour les disques (vinyles) ayant un sillon fermé à la fin d’une de leur face (ou même ailleurs dans le disque), Menu dissèque son rapport à la musique. Et il le fait à la façon presque d’un ethnologue, pratiquant l’observation participante : il se décrit par exemple en train de passer des disques (faire le DJ), d’assister à des concerts, d’écouter un album. Il se remémore aussi sa découverte des Beatles, son apprentissage de la musique, son identification à certains disques plutôt que d’autres tout au long de sa construction adolescente. Par moments, il place de vraies chroniques impressionnistes de disques et dévoile, tout au long de la lecture (rapide, le fascicule est dense mais court) un aspect de sa personnalité qui fait bien écho à un autre, plus connu, d’amoureux de la bande dessinée. Plus que tout, ce qui touche ici, c’est sa manière de ne pas placer, finalement, de hiérarchies musicales : il évoque autant un obscur album de Lee Ranaldo que les Beatles, cite Killdozer et Kraftwerk, Neil Young et Pere Ubu sur le même pied d’égalité (ou presque). Pour résumer, ce premier Lock Groove comix est une lecture très enthousiasmante, qui donne envie de confronter pleinement à sa propre fascination pour la musique, histoire de mieux la comprendre.
PS : Dans la catégorie « sillons fermés », je recommande la série des Endless Loop Editions de Carsten Nicolai, que Menu ne cite pas, mais qui pourraient bien lui plaire (malgré leur raideur électronique) : des vinyles transparents où ne sont gravés que des sillons fermés. Et pour les obsédés du vinyle différent, il ne faut pas oublier ceux qui s’écoutent depuis le centre du disque jusqu’à son début, à l’envers des habitudes, comme la Face B du Dreamweapon de Spacemen 3.

10 commentaires
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4 juillet, 2008 à 10:02
P
J’aime bien ce nouveau comix, qui m’a aussi donner envie de relire « Mister Nostalgia » de Crumb, avec lequel il a la proximité du thème. Pour faire quelques critiques: tout ce qui concerne sa relation avec son père dans les débuts de son adolescence est ce que j’ai préféré. Par contre je trouve qu’il va trop vite dans la partie intitulée « les plaies des concerts ». J’aurais préféré le développement d’anecdotes à un classement des « plaies » qui est forcément banal et qui débouche presque naturellement sur l’ »épilogue, la bande catharsis de couille-molle » qui est typiquement throndeimienne. (heureusement chez Menu c’est marginal, alors que chez Trondheim on croirait presque qu’on touche là, la plus haute aspiration de l’auteur)
Du coup je trouve que ce comix est à la fois très riche, plein de fatras, en même temps que cette richesse, quand elle est articulée entre un mise en scène de soi et la représentation de comportements courants chez les amateurs de bon rock, force un peu trop sur une mise en scène stéréotypée.
Observation participante je suis d’accord mais sans vraiment que Menu objective sa position d’auditeurs et sans qu’il ne développe non plus sur l’agacement personnel qu’il ressent à telle ou telle occasion (même si j’aime beaucoup l’épisode de Père Ubu avec Frigo). Rahh, je n’arrive pas à l’exprimer correctement… D’un coté je trouve qu’il stéréotype comme on peut le faire classiquement en bande dessinée, ce qui ne me gêne qu’à moitié; par contre de l’autre, je trouve qu’il n’emplit pas vraiment ces stéréotypes…
Bon mais j’attends la suite avec impatiente, ce ne sont que des impressions vagues pour le moment. Et une autre impression est que l’auteur va se nourrir des effets que provoque l’objectivation de soi sur le papier. j’attends surtout qu’il traduise son amour de la musique, car ce premier volume s’adresse surtout aux amateurs qui y reconnaitront leur propre catégorie de jugement. Il y est plus question de savoir ce qui craint et ce qu’on peut être fier de laisser résonner dans son âme que de dire, en style, cette résonance de l’âme.
Dernière impression: ce comix me laisse une impression de dissonance que j’adore. Le dessin de Menu avec ses variations me donne toujours cette impression, mais là, elle est renforcée par l’organisation entière du comix.
Bref mon reproche est que le ton reste un peu trop en surface. Il est un peu trop celui que rendrait l’un ou l’autre amateur de cette musique, formé par les cadres sociaux génériques qui organisent la perception, l’intelligibilité et les possibilités d’expressions que portent les amateurs de bon rock. Là encore je m’exprime très mal, je veux seulement dire que la richesse de cette bande est alléchante et laisse espérer une claque pour la suite.
Pour finir j’oublie que ce comix entend d’abord parler de Lock Groove (j’aime bien ce coté pédagogique sur un truc que j’ignorais complètement),
j’attends la suite avec impatience, persuadé que la bande dessinée qui aime à la fois expérimenter et s’appuyer sur l’héritage des classiques, trouve ici un sujet de prédilection.
15 juillet, 2008 à 8:06
Romain
Lu hier soir, très bon!
Petite précision cepandant: Neil Young n’est pas américain puisqu’il est canadien.
merci Mr Ghosn pour le blog,
portez bous bien!
1 août, 2008 à 6:54
Je découvre l’anti-single de l’été : Behind the radiators de Mika Vaino «
[...] grooves (JC Menu pourrait bien s’y retrouver, il a consacré une BD récente au sujet, voir : http://josephghosn.com/2008/05/23/je-recommande-la-lecure-du-lock-groove-comix-de-menu/) que Vaino a utilisé pour composer ses deux titres en strates superposées de boucles infinies, [...]
4 août, 2008 à 8:15
le lézard noir
il y a aussi les premiers Boyd Rice, le PTV qui avait un double sillon parallèle etc… killdozer c’était un groupe très rigolo
10 septembre, 2008 à 1:56
Etienne
Je ne connais rien à la BD et encore moins à JC Menu mais on m’a offert ce petit volume hier et j’ai trouvé ça vachement bien foutu et hyper marrant. Le principe de faire ça comme un fanzine est chanmé, ça rend la lecture du truc très attrayante. Et puis le côté music nerd est parfaitement dosé. Bravo Menu.
10 septembre, 2008 à 2:02
Etienne
Sinon mon lock groove préféré c’est Cycle 30 de Jeff Mills sur Axis.
21 octobre, 2008 à 9:52
Slut Music… | Rock’n Robot
[...] c’est bon d’être réac’ à quelques jours de la sortie du second tome de Lock Groove comics PS : J’attends le range slot music d’Ikea avec [...]
20 janvier, 2009 à 5:15
Francky 01
Je réagis seulement à ce post datant pourtant de mai 2008. J’ai dernièrement acheté le « Lock Groove Comix Volume I et II ». Les deux sont aussi bon.
J’aime le concept original d’essaie d’apparence futile afin de mieux parler de soi, sorte de fausse autobiographie. Le passage sur Neil Young et Pere Ubu est excellent, ainsi que son souvenir boueux de le Route Du Rock. Et ces petites chroniques de Lock Groove mis en page de façon anarchique. Un pur régal pour tous ceux, comme moi, aime la b.d et le rock’n'roll !
A + !!!!!!!
6 mai, 2009 à 4:39
Discoglosse
Hey Joseph : on a reçu Menu à Songs of Praise avant-hier lundi, c’était top : va voir là et télécharge l’émission : http://songsofpraise.hautetfort.com/
7 mai, 2009 à 7:29
joseph
cool, merci !