
Quand j’étais gamin, au début des années 90, Spiritualized était mon groupe préféré. Parce qu’il venait juste après Spacemen 3, mon groupe préféré de tous les temps dont j’avais raté l’unique concert parisien que j’aurais pu voir à cause d’une fille qui m’avait retenu trop longtemps. Je me souviens encore de la queue devant la station de taxis à Maubert Mutualité, un samedi soir. Trop d’attente et raté Spacemen 3. Heureusement, un an plus tard (ou deux), j’ai pu voir un des premiers concerts de Spiritualized à la Locomotive. C’était juste après les résultats du bac et le monde était ouvert. Spiritualized était tout à fait différent de tout ce que j’avais pu voir alors : Jason chantait assis, dans un nuage de fumée et tout ce qui se dégageait de ses chansons était d’une étrange beauté narcoleptique, psychédélique et doucement vagabonde, à la dérive. Plus tard, j’ai eu la chance de rencontrer Jason, grâce à un ami commun, Thierry, qui avait lui aussi un groupe, Reverberation, méconnu mais dont je me suis occupé un temps. Je me souviens même d’un coup de fil ou deux de Jason en pleine nutit pour me demander des nouvelles du groupe. Puis, les années passant, Reverberation s’est éteint et je n’ai plus revu Jason qu’à de maigres occasions, lors de venues pour des concerts ou de la promo. Mais quoi qu’il arrive, quelle que soit l’époque, j’ai toujours eu de la tendresse pour ses disques. Et le nouveau m’attire plus encore que les autres : là où les plus récents albums de Spiritualized le voyaient opter pour des chemins un peu grandiloquents, faisant du rock comme s’il tentait de trouver une juste voie entre les Stooges et Aretha Franklin, ce nouvel album est bien plus simple, presque plus lucide et immédiatement touchant. Son histoire est perturbante : Jason, récemment, a failli mourir et cet album est construit à partir de cela. Son titre se réfère aux urgences (A & E en anglais), mais aussi aux notes qui le dominent (A & E, toujours, c’est à dire La et Mi – corrigez-moi si je me trompe). Dès le premier morceau, le chant est bien plus heurté et meurtri, comme blessé, que par le passé – ou en tout cas, c’est bien l’impression que donne la voix de Jason à qui la fréquente un peu. Surtout, l’album ne sombre jamais dans des tentations de grandiloquence ou de jeu trop symphonique, trop dramatique. Jason semble avoir coupé systématiquement ses effets et les envolées trop planantes du passé pour construire un disque où résonnent par moments juste trois notes de piano qui, coincées entre deux morceaux, en disent long sur cet état d’esprit entre chien et loup, entre diurne et nocturne qui habite le disque. Il y a là comme un état de fièvre qui conduit le disque d’un bout à l’autre. Une fièvre étrangement solitaire. Après toutes ces années, Jason demeure bien encore le meilleur compagnon de nos solitudes les plus intimes.

6 commentaires
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27 mai, 2008 à 8:11
le lézard noir
j’étais à ce concert de Spiritualized. Presque par hasard à Paris ce jour là , il y avait des cartons pour ce concert gratuit à la danceteria. SP3 était aussi un de mes groupes préférés. Le split entre les deux mentors n’était pas encore vraiment consommé et Spiritualized avait fait pas mal de titres de Spacemen3 ce soir. j’ai les enregistrements des deux concerts quelque part. Le SP3 au Rex avait une version de 20mn de Suicide, un final apocalyptique de 12mn après que Kember ai dit « thank you good night »…
27 mai, 2008 à 9:41
jg
Ah, quelle chance. J’aimerais bien entendre ça un jour.
ça a l’air bien ThePirate Kids Adventure…
Des nouvelles de Maruo ?
27 mai, 2008 à 9:55
le lézard noir
j’ai les cassettes qq part, le spiritualized je l’avais enregistré personnellement. je vous ferai une copie si vous voulez.
Maruo vient de sortir une adaptation de l’Île panorama de Ranpo, à suivre, chut…
http://citiesonflamewithrockandroll.blogspot.com/2007/06/sons-of-sun-kaizoku-kid-no-boken-320.html
28 mai, 2008 à 8:05
zb
hier, spiritualized enregistrait, accompagné d’un quatuor à cordes, une session chez morning becomes eclectic
http://www.kcrw.com/music/programs/mb/mb080527spiritualized
3 juin, 2008 à 6:26
Ben
Songs in a and e est vraiment un des grands disques du moment. Magnifique de bout en bout. Les instrumentaux baptisés « harmony » et numérotés sont à pleurer. l’album sort dans quelques jours, j’espère qu’il sera reçu avec les éloges qu’il mérite, mais j’en doute…
30 juin, 2008 à 10:52
Ju
Bonjour,
Nous aussi avons accueilli ce disque comme il se doit:
http://www.desoreillesdansbabylone.com/2008/06/spiritualized-songs-in-and-e-2008.html
Bonne continuation.
Ju