Il faudra bien qu’un autre groupe de rock se décide à s’appeler aussi ainsi : The Names. A moins qu’il ne faille forcément être Belge pour pouvoir arborer avec autant de classe et d’intelligence un tel nom, qui ne dit rien, mais qui, à l’écoute de ce grand disque oublié, dit aussi à peu près toute la beauté du monde - ou au moins toute celle qui pouvait habiter les productions de Martin Hannett vers 1980. Hannett chez les belges, donc, vaut mieux que n’importe où ailleurs après Manchester : il devait y avoir à Bruxelles un vieil air glacé et harassant qui a dû inspirer le producteur de Joy Division.

En un album, et trois singles, rassemblés en un seul CD, The Names (bien fagotés par leur producteur) rivalisaient, dans la catégorie cold wave, avec n’importe quel autre groupe de l’époque. Et possédaient en plus un vrai sens du drame cinématographique - ou plus précisément, semblaient faire des disques en regardant d’un oeil vers Cure et Joy Division, et de l’autre vers le cinéma classique hollywoodien auquel le groupe a emprunté des titres (Shanghai Gesture, Leave Her To Heaven - apparemment, en Belgique, la cold wave devait bien aimer Gene Tierney…) pour baptiser ses propres compositions.

Sur Swimming, tout est d’époque, à commencer par le fabuleux single Nighshift (sorti sur Factory Benelux, tandis que l’album était édité par les Disques du Crépuscule), mais il y aussi comme une inspiration prise dans les années 30 ou 40. Ecoutant tous ces morceaux aux airs de tourbillon intime, surgit un écho des livres de Chaland et Serge Clerc qui réinventaient au même moment le passé en le modernisant. Dans Swimming, il y a bien quelque chose de cet ordre : des jeunes gens modernes qui font de la musique de leur époque, mais résolument hantée par un ordre plus ancien et irrésolument habitée par un souffle difficilement oubliable.

(Merci à Philippe de m’en avoir retrouvé un exemplaire en CD : mes vinyles ne sont plus là où ils devraient être).