Parfois, dès la première note, on sait qu’on est face à quelque chose de simplement envahissant, de pleinement revigorant et dont on sait exactement ce qu’il va nous faire : nous désorienter pour nous mener vers un ailleurs tout à fait inattendu. Et puis, avec Stanley Brinks, ce qui est rassurant et désorientant à la fois, c’est qu’il y a d’emblée une entité familière dans son chant : cette voix, l’accent un peu vascillant, le chant qui monte doucement pour former une mélodie fragile, comme d’éther,  appartiennent à André Herman Dune, qui est parti vivre à Berlin après avoir laissé son ancien groupe à Paris. Je suis tombé sur son myspace après avoir échangé quelques mails avec lui à propos de Berlin. Et j’avoue que j’adore ses morceaux qui sont une suite logique (comme un feuilleton familier) de celles qu’il écrivait auparavant. Mais elles ont ici un supplément d’étrangeté - à moins que ce ne soit simplement ma manière de dire que je les trouve extrêmement bien arrangées, avec une délicatesse sourde et un instinct narratif rare. Et tout ce que je peux raconter ne parviendra jamais à décrire l’émotion inattendue qui me prend quand je l’entends chanter cette phrase pourtant très simple : “when I was a younger man I drank a lot of coffee”. En fait, je crois savoir : ses chansons sont l’équivalent des livres que j’aime le plus, ceux qui parlent d’autobiographie, de soi, de jeunesse et d’années passées, mais pas entièrement perdues puisqu’elles forment le coeur et le creux des oeuvres les plus mémorables.

http://www.myspace.com/therealstanleybrinks