L’excellent DJ et producteur Ricardo Villalobos joue ce soir à Paris, dans le festival Villette Sonique. Ce sera de toute manière toujours mieux que Devo (qui passait il y a quelques jours, que je n’aime pas et dont plusieurs personnes m’ont dit du mal). Mais je ne serai pas à Paris pour le voir. Pour me rattraper, voici une liste de sept de ses disques qui me tiennent à coeur - un pour chaque jour de la semaine.

1. Bredow

C’est le premier maxi de Villalobos que j’ai acheté, en 2001. C’était la première fois que j’allais au magasin
Katapult, qui était encore vers le boulevard de la république, dans une petite rue (ensuite, il déménagera dans le troisième arrondissement, avant de fermer il y a deux ans). Le magasin était étroit, mais ses propriétaires, accueillants. J’y ai écouté plusieurs disques au hasard et celui-ci m’a tout de suite interpellé. Je ne savais pas qui était ce producteur, mais sa musique, qui prenait un temps infini, me plaisait absolument. Quelques semaines ou mois plus tard, je retrouvais son nom sur un disque de remixes de Two Lone Swordsmen et Andrew Weatherall, en interview, me dirait quelques mots sur lui dans sa loge du Batofar.

2. The Contempt

Ce morceau est plus vieux que le précédent. Il date de 1995 mais je l’ai découvert vers 2004 lors d’un dîner chez Michel qui venait d’en acheter la réédition. J’ai tout de suite adoré ses deux versions et son côté brinquebalant, mais extrêmement ferme. Il y a toujours de la fantaisie (militaire ?) chez Villalobos et ici, elle s’exprime tout en filigrane.

3. Easy Lee

Morceau extrait de son album Alcachofa, pour lequel je l’avais rencontré et interviewé. Il m’avait raconté tout son parcours, expliqué comment il avait fait un morceau comme “808 The Bassqueen” (que je recommande aussi) à Ibiza et s’était montré très délectable, charmant et drôle. Il faudrait que je déterre ma cassette de l’entretien et que j’en fasse quelque chose, un jour.

4. What You Say is more than I can say

Un maxi, mais pas vraiment comme les autres : ici, la mélancolie et la folie sont entremêlées et il y a comme une tristesse profonde qui, d’un coup, grâce au chant hanté, jaillit en surface. Je me souviens d’un moment où ce disque tournait en boucle à la maison et en regardant sur ses crédits, je me rends compte qu’il est sorti en 2002 : il y aa une éternité déjà.

5. Blood on my hands

Villalobos signe ici un remix somptueusement sombre d’un morceau déjà très percutant de l’anglais Shackleton. Mais il en fait une odyssée de vingt minutes, tout en éclatements intérieurs, en implosions intimes qui offrent du monde une vision dont on ne sait jamais démêler le festif du désemparé, le fou du simplement joyeux. Et il y a quelques jours, Villalobos a sorti un nouveau double maxi sur lequel Shackleton le remixe : une autre petite perle, complexe et étrangement planante, qui vient ponctuer une série de disques sortis avec une belle régularité depuis un an ou deux.

6. live à Fabric,

Sur ce CD, Villalobos ne mixe que ses propres morceaux inédits, mettant à mal l’idée même de l’album de mixes fait de tubes (et renvoyant implicitement l’idée stupide de Justice de mixer un disque pour Fabric avec des idioties françaises ringardes des années 80 aux orties où elle appartenait - et où Fabric l’a aussi reléguée puisque le duo français n’a jamais sorti ce disque - il a préféré sans doute consacrer son énergie à une vidéo encore plus bête).

7. Enfants (Chants),

Ici, il reprend un morceau, une ritournelle, de Christian Vander, la faisant comme tournoyer sur elle-même, plus grasse que gracieuse, mais néanmoins très élévatrice. Peu de gens autour de moi aiment vraiment ce maxi, mais je le trouve assez enchanteur et très deleuzien, dans son idée de remettre le sample venu d’ailleurs au coeur de la composition, qui en devient comme un drôle de rhizome mouvant, ne faisant jamais racine, mais menant l’audition vers un ailleurs inouïe. C’est peut-être cela la force de Villalobos pour le moment : il n’a jamais fait racine, tout en faisant semblant de toujours faire la même chose.