
En démarrant mon blog sur le site des inrocks il y a de cela presque un an, j’avais fait un post sur mes morceaux préférés de fin d’albums. Je remets ici cette liste (en rajoutant quelques commentaires), parce qu’elle continue à me parler et que c’est une bonne manière de parler de certains de mes disques favoris.
Panda Bear - Pony Tails (termine Person Pitch)
Mon album préféré de 2007, qui continue à étrangement résonner, m’évoque en creux Lisbonne où habite Panda Bear. Pony Tails est une vignette délicate, comme une capsule de soleil couchant.
Kris Kristofferson - Why Me (termine Jesus was a Capricorn)
Découvert ce morceau par une reprise de Johnny Cash. Puis, entendu l’original, qui est tout aussi beau, tout aussi intimement fracassé et déconfit.
Map Of Africa - Here come the heads (termine Map of Africa)
Sur cet album, j’adore les morceaux lents, très chaloupés, et celui-ci est un peu pareil à un état de somnolence artificielle, une vieille fatigue alcoolisée.
Mojave 3 - To whom should I write (termine Out of Tune)
Terminer un album sur un morceau comme celui-là, c’est un peu avouer que tout ce qui s’est passé avant était comme inutile parce qu’en quelques minutes tristes, le chanteur Neil Halstead avoue sa détresse face à la solitude.
Nick Drake - Saturday Sun (termine Five Leaves Left)
Pas un morceau inutile sur cet album et son dernier vaut le monde entier.
Palace Songs - The Weaker Soldier (termine Arise Therefore)
Un album en formation réduite, avec une boite à rythmes, sur lequel Will Oldham écrit de manière quasi littéraire - ce qu’il ne fera presque plus jamais par la suite, ou en tout cas avec moins de saveur. Ici, il y a un aveu presque autobiographique (ou plutôt autofictionnel) de l’invalidité de soi (je crois).
Papa M - London homesick Blues (termine Papa M sings)
sur ce mini album, David Pajo reprend des morceaux d’autres et termine par celui-ci, dont j’ignore l’original (à moins que ce soit Pajo qui l’ait écrit ?) et qui, très régulièrement, vient se mettre en boucle dans ma tête.
Neil Young - through my sails (termine Zuma)
Ce morceau devrait figurer en tête de liste, en tête de toutes les listes : il est aérien et volatile, mas incroyable d’évocations quasi célestes.
Joy Division - Decades (termine Closer)
Les deux albums de Joy Division sont d’une grâce éternelle et je vois ce morceau comme la conclusion des deux disques, une manière inavouable de s’envoler tout en restant proche de la terre.
Boards of Canada - Farewell Fire (termine The Campfire headcase)
Parce qu’il semble interminable, comme une boucle dont on ne peut s’échapper sinon en s’endormant progressivement.
Bonnie Prince billy - raining in darling (termine I see a darkness)
Un autre morceau qui s’incruste souvent dans ma tête, en boucle. Court, élégiaque, il résume parfaitement l’album dont in est tiré et duquel s’échappent des sentiments de bonheur triste, de lumière noircie, en pleine campagne tranquille, isolée.
Grizzly Bear - colorado (termine Yellow House)
J’ai une affection particulière pour ce morceau, mais j’ignore pourquoi. J’aime son envol, sa magnitude, son esprit américain qui communie avec quelques grands disques esseulés des années70.
Judee Sill - the donor (termine Heart Food)
Et en parlant de grand disque des années 70, celui-ci en est l’un des plus beaux. Son morceau de fermeture est un long mantra halluciné, pour se perdre sans trouver de rédemption.
Kevin Drumm - cloudy (termine Sheer Hellish Miasma)
Un des musiciens noise les plus intéressants de ces dernières années. Mais ce morceau qui clôt la version originale de l’album (réédité différemment depuis) est d’un calme splendide, planant et presque voluptueux.
Scott Walker - a lover loves (termine The Drift)
Tandis que tout le reste de ce grand disque mêlait abstraction et sons abrasifs, ce morceau est d’une simplicité mordante, comme joué à un enfant, ou un animal. Une rengaine d’éternité suspendue.
Slowdive - Dagger (termine Souvlaki)
J’ai écouté ce morceau des mois durant pour m’endormir, et je ne faisais pas que de beaux rêves de bonheur ensuite, malgré la beauté délicate de sa mélodie.
Sonic Youth - Or (termine Rather Ripped)
Rather Ripped est un grand disque de Sonic Youth, sur lequel le groupe se renouvelle thématiquement et soniquement, sans jamais chercher à piocher dans son passé (ne pas croire ceux qui disent que ce disque évoque Goo ou Dirty, beaucoup plus grunge et datés). Or est une expérimentation lente, de paroles collées entre elles, comme au temps des beatniks. Thurston Moore y évoque des impressions antinomiques que son chant rassemble. Une vignette rare.
Jim O’Rourke - and a 1,2,3,4 (termine I’m happy, and I’m singing and a 1,2,3,4)
Difficile de dire que ce morceau termine cet album, puisqu’en longueur il doit bien en constituer la moitié. Mais une moitié qui n’arrête pas de s’enfoncer dans une matière poreuse, une matière qui confisque le bruit pour en faire une boucle d’apaisement, de tranquillité fragile. Le contraire du new age, de l’ambient, de l’illustration.
Sun Ra - the conversion of J.P. (termine Space Probe)
J’adore Sun Ra mais aucun autre de ses morceaux ne m’a jamais autant bouleversé. Une rythmique africaine, qui voque aussi Steve Reich, hypnotise durant de longues minutes celui qui s’y perd avant le surgissement d’un piano qui arrive à point pour tout élever.

8 comments
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16 juin, 2008 à 3:29
Janjan
Drôle d’exercice. Bon choix (comme d’hab’). Les deux titres qui me viennent spontanément à l’esprit (et c’est loin d’être de l’expérimental) :
The Land Between Solar Systems de Mum (de “finally we are no one”)
Nightcap des Mabuses (de “the mabuses”)
Maintenant, pour faire dans le cliché / classique (j’ose vu que tu as mis Nick Drake) :
How Can We Hang on to a Dream de Tim Hardin (de “1″)
16 juin, 2008 à 3:30
Janjan
EDIT : les smileys n’ont rien à faire dans le message venant d’être posté.
16 juin, 2008 à 4:38
ludovic
j’ai toujours eu l’impression que le signe d’un bon album, c’est quand a la fin des dernieres notes du dernier morceau, dans le silence, on a comme l’impression d’entendre les premieres notes du premier morceau de l’album.
pour moi, ca le fait a chaque fois sur bloodsugarsexmagik des red hot chili peppers (je sais, pas trop la classe la…) et sur A Thousand Leaves de Sonic youth.
16 juin, 2008 à 6:25
arbobo
bel exercice en effet et quelle illustration joseph
j’ai l’impression que nous avons nos judee sill d’aujourd’hui, mais est-ce alela diane, est-ce joan wasser, ou kelly de martino….
en totu cas on n’est pas près de se lasser de ce heart food (ni de son autre album d’ailleurs)
16 juin, 2008 à 6:38
Ben
y’a un côté Nick Hornby là-dedans. Et puis on finit par se prendre au jeu et y réfléchir sérieusement. Spontanément moi c’est “wolf at the door” de Radiohead sur Hail to the thief, “speedway” de Morrissey sur Vauxhall and I, “caroline no” sur le Pet sounds, “Blank page” sur Adore des Pumpkins…
16 juin, 2008 à 8:00
graffica
moi j’aime bien les morceaux cachés à la fin des disques ; her majesty sur ABBEY ROAD ; sur l’album de PLACEBO without i’m nothing il en a un aussi mais je ne me rappelle pas du titre; sur le premier album solo de PAUL WELLER le morceau kosmos ; et sur les créatures de KATERINE il y en a un caché en rewind 08.12.2008 .
17 juin, 2008 à 9:34
eyeless
Super idée.
Ca me fait plaisir de voir Slowdive dans ta liste qui est un goupe que j’adore, en particulier le dernier qui est à mon sens un pur chef d’oeuvre.
Le premier truc qui me serait venu à l’idée serait le dernier morceau d’un album de Cocteau Twins par exemple celui de Treasure, Blue Bell Knoll ou Heaven or Las Vegas, ils ont toujours soignés leur dernier morceau.
De Sonic Youth j’aurai plutôt choisi la fameuse trilogie sur Daydream Nation, le dernier morceau de In the Afternoon de l’Altra est complètement apaisant et le termine à merveille, comme une synthèse de ce disque.
Quoi d’autre Clean sur Violator, Moon occults the sun sur Espers II, 7 sur out of time de Myagar Posse, the great valerio sur i want to see the bright light toninght de Richard Thompson (mais avec End of a rainbow). Pornography sur Pornography. Earlies sur le deuxième Trash Can Sinatras, … j’arrête là, c’est infini ton truc. Il faudrait faire la même chose sur les premiers morceaux
17 juin, 2008 à 2:43
arbobo
Margaret on the guillotine, termine Viva hate de Morrisey
Gay sons of lesbian mothers, termine ’till we felt red de Kaki King
Caspia, termine Keren Ann de Keren ann
After hours, termine The velvet underground