
C’était il y a 6 ans, dans un hôtel du côté d’Old Street, assez anonyme et sans charme, pas loin du magasin de disques défunt Smallfish. Le label Mute était sur le point de sortir le coffret TG 24 en CD (en fait une réédition luxueuse d’un coffret de cassettes sorti par le groupe dans les années 80, durant la première phase de son existence). Mute m’avait gentiment convié, ainsi qu’une poignée d’autres journalistes européens, à interviewer les quatre musiciens de Throbbing Gristle qui se revoyaient ensemble dans la même pièce pour la première fois depuis à peu près vingt ans. L’idée de les rencontrer me rendait tout à fait nerveux, mais presque pas plus que pour n’importe quel autre artiste. Avant d’aller à l’interview, à dix minutes de notre lieu de rendez-vous, je me suis rendu dans une galerie qui exposait quelques artefacts originaux de Throbbing Gristle, histoire de communier un peu avec l’ambiance de leur époque. Une époque en fait inconnue pour moi : j’étais trop jeune, trop loin et TG était un mythe, perçu plutôt de loin, mais dont quelques indices m’avaient profondément affecté. Par exemple : la face B de leur premier album (sans parler de sa pochette, minimale), le disque 20 Jazz Funk Greats, le vrai faux greatest hits américain, la dialectique tendue entre les faces A et B de leurs différents singles, le fait qu’ils connaissaient William Burroughs, etc. Plus tard, en lisant Wreckers of Civilisation, je découvrais toute l’étendue de leur art, de leur toile. Mais ce jour-là, je me retrouvais enfermé avec eux quatre dans une salle de conférence d’un hôtel comme aveugle et nous aurions tout aussi bien pu être des gens ordinaires en réunion de travail. A ceci près que nous discutions de leur reformation, et de leur histoire aussi. Je me souviens de leur gentillesse, de l’incroyable regard de Cosey, de la voix et de la bouche de Genesis, de la stature tranquille de Sleazy et Chris. Je les entends encore parler d’exotica, d’ambient, de machines électroniques, de vrai-fausse stratégie de guerre, de choses à venir ou non. Après cela, Genesis me prendrait à part pour m’évoquer autre chose encore, plus directement lié à son propre travail. Et je n’ai toujours pas eu l’occasion de les interviewer à nouveau.

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