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Le jour où j’ai rencontré Robert Frank, ma vie a vraiment basculé. J’y allais le coeur battant, je ne sais plus pourquoi, bien plus que pour n’importe quelle autre interview ou entretien ou rencontre. J’y allais avec Renaud Monfourny, dans un café de Saint Germain. Je ne connaissais guère Robert Frank et depuis les quelques minutes passées avec lui, je ne connais personne d’autre, je ne mets personne plus haut que lui, je ne mets personne à son niveau ou dans sa catégorie, mais sans non plus en faire une divinité : il est à part, quelque part dans ma tête. Dans ces photos, dans ces films, dans les idées mêmes qui s’en dégagent, il y a quelque chose de familier et lointain, comme un écho d’oeuvres réalisables, mais toujours à construire. Ce jour-là, il nous a dit deux ou trois choses extrêmement marquantes, comme cette phrase presque banale dans sa bouche : “je ne fais plus qu’une ou deux photos par an”. Voilà sans doute ce vers quoi il faudrait à tout prix tendre : une ou deux photos par an. Rien de plus.

Depuis sa sortie, il y a deux ans, j’écoute sans relâche l’album Giant d’Herman Düne. Avant ce disque, j’aimais bien les enregistrements de ce groupe, mais sans jamais éprouver le même attachement que pour celui-ci. Peut-être était-ce simplement une question de contexte, de moment de vie ? A moins que ce ne soit la production, qui me paraît plus luxuriante, plus claire et vive sur Giant qu’auparavant. A moins, encore, que ce ne soit, l’immense sincérité qui coule de chacune des chansons de l’album, de chaque petite histoire qui s’y dissimule. Il y a là comme une immense carte personnelle qui se dresse dans les oreilles, une sorte de joie qui s’installe, de sentiments inhabituels qui se font entendre. Pas un morceau à oublier, pas un instant inutile. Un disque tellement chargé, qu’il semble comme autobiographique à la manière de Daniel Clowes, peut-être, avec un même ton indolent mais renversant, distancié mais hanté, qui habite les meilleurs comics américains. Depuis, les deux frères Herman Düne se sont séparés : l’un des deux est parti à Berlin s’est rebaptisé Stanley Brinks et écrit toujours de belles chansons qui frappent l’esprit - celle qui porte le titre même de Stanley Brinks est une merveille… L’autre frère continue le groupe et sort à la rentrée un nouvel album, Next Year in Zion. Mis à part le titre, qui fait penser à un t-shirt de touriste pas très inspiré, cet album est très réjouissant. Je n’y décèle pas encore la même fracture que dans Giant, les mêmes chansons mi-fragiles mi-alertes, mais ce même sentiment d’être au coeur d’un grand disque de chansons émouvantes commence à me saisir. Finalement, c’est en faisant des chansons qui parlent de l’Amérique, sous influence de Gram Parsons et Will Oldham, qu’Herman Dune s’impose comme un groupe français d’envergure, qui parle bien de notre état présent, ici et là. Un groupe qui agit avec ses influences et ses amours comme le faisaient les Stones avec le Blues : en le réinventant, ils ont rajeuni l’Angleterre. En réécrivant l’Amérique, c’est nous, notre présent, notre présence au monde et à la musique, qu’Herman Düne ravive.

Difficile de faire moins estival, moins festif, moins ensoleillée que ce disque. Difficile aussi d’écouter autre chose - en tout cas dans cette catégorie-là, minimale, drone. Kevin Drumm est un musicien américain, qui réside à Chicago. Ses disques récents étaient tous plutôt très noise et l’un d’entre eux, Sheer Hellish Miasma (sorti sur Mégo) est l’un des parangons du genre, incroyablement guttural et fort, encore plus intense que du Merzbow. Ce disque se clôturait néanmoins sur un morceau tout en douceur, très calme et ambient. Titré Cloudy, on y entendait des nappes et des fréquences de synthétiseur, venant rêveusement conclure un disque de nervosité, d’acharnement physique. Depuis, il y avait comme l’espoir d’entendre tout un album de Kevin Drumm dans la même veine que Cloudy. C’est à peu près, mais aussi plus encore, qu’offre son Imperial Distortion. Ce double CD est une exploration des possibilités du drone, comme du LaMonte Young lo-fi, sans théorie ou discours pour habiller l’ensemble, mais avec une incroyable intensité musicale qui fait que, d’un bout à l’autre des deux disques, l’attention ne faiblit jamais. Ici, les morceaux sont titrés Snow, More Blood and Guts, We All Get it in the End, Guillain-Barre, Romantic Sores. Autant de titres qui donnent des pistes sur l’état d’esprit de l’auteur, qui permettent de saisir, peut-être, des nuances, des données insidieuses, implicites qui auraient pu échapper aux oreilles distraites. A moins qu’ils ne soient là pour donner de fausses pistes, des indices à ne surtout pas suivre ? Quoi qu’il en soit, Imperial Distortion est l’un des rares disques de minimalisme contemporain à pouvoir prétendre à la même puissance, à la même morgue, que les grandes compositions de LaMonte Young et Charlemagne Palestine. Avec peut-être en plus quelque chose de plus rock, de plus organiquement tourné vers des mélodies fantomatiques qui semblent naître entre les nappes, fébriles.  Pour faire bref, on n’avait pas entendu, dans cette veine profonde et monomaniaque, un disque aussi fort et renversant qu’Earth 2, il y a bientôt 20 ans.

http://hospitalproductions.com/

De loin, on dirait du Massive Attack. De près, c’est juste un single entêtant, chanté d’une voix de fer mélancolique, tout en rondeurs mais insidieusement tranchante, prête à pleurer.

Après avoir vu le portrait de Burroughs sur ce blog, Charles Burns m’en a renvoyé une version remixée avec un dessin de Gary Panter, saisissant.

C’est Philippe qui a envoyé le lien et après quelques recherches je me suis retrouvé en train d’écouter les morceaux de ce trio américain (que Rough Trade décrit dans ses listes comme le plus “hot” du moment) et commander leur premier disque, YesI Smoke Crack, tout juste sorti en vinyle blanc à 500 exemplaires. La musique, sur leurs deux pages myspace, m’a immédiatement chamboulé : dès les premières notes, je ressentais cette chose impalpable qui traverse le corps, hérisse les poils et indique qu’il y a là quelque chose d’inouï, de tout à fait neuf et revigorant. Les ingrédients sont connus : je perçois quelque chose de Cocteau Twins, de MBV, de Sunn ou d’Animal Collective et Sonic Youth, quelque chose qui aurait pu sortir sur Warp ou plutôt Hyperdub. Mais, l’ensemble est tout singulier, niant toute racine, toute influence pour se tenir seul, droit et fier, sombrement, maladivement, dépressivement fier. Sur l’un de leur myspace, il y a une reprise de Bruce Springsteen (Streets of Philadelphia) méconnaissable, réinventée entièrement. Voilà, je ne sais pas quoi dire d’autre, sinon que je n’ose pas réécouter tout cela, de peur d’être déçu ou, plutôt, par peur d’être définitivement happé dans ce nouvel univers brûlé.

http://www.myspace.com/salemhm

http://www.myspace.com/jjhhmm

L’un des plus passionnants groupes de krautrock, Cluster (alias le duo Moebisu et Roedelius), a connu une genèse sous le nom de Kluster. Ce premier groupe était alors un trio incluant Conrad Schnitzler, musicien que l’on retrouve sur le premier album de Tangerine Dream puis sur une multitude d’albums solo, tout au long des années 70, 80, 90 et 2000. Ensemble, ils ont enregistré deux albums dont les éditions originales sont rarissimes : édités à 300 exemplaires, dans des pochettes assez singulières, ils sont une sorte de Graal pour les collectionneurs de krautrock. Mais aussi pour tous ceux que la musique électronique intéresse. Ces deux disques contiennent des compositions bourdonnantes, électriques, assez dévastatrices, très sombres. Elles le sont d’autant plus que sur chaque disque, la face A inclut des textes monocordes en allemand qui récite des paroles religieuses. L’explication est presque drôle : les deux disques avaient été subventionnés par un label religieux qui voyait dans cette musique  le moyen de faire du prosélytisme… Tout récemment, deux labels ont réédité les albums : l’américain Water en a fait un triple CD (plutôt moche, mais contenant un livret bien fourni ainsi qu’un disque bonus du groupe Eruption mené par Schnitzler sans Moebius et Roedelius), les japonais Captain Trip ont réédité à l’identique et de façon assez sublime les deux albums (l’un est oir et l’autre est rose, avec à chaque fois des bonus signés Kluster-Eruption). Pour corser le tout, le label Important a sorti deux live de 1971 signés Kluster, mais enregistrés après le départ de Moebius et Roedelius. On y entend un groupe encore plus déterminé à construire des paysages sonores bourdonnants, délaissant les mélodies pour des textures décaties, extrêmement modernes.

Tout à fait méconnu, cet album n’en est pas moins l’un des plus inspirés (et inspirants) des années 70 allemandes et de la famille (plutôt vaste et pléthorique) krautrock. Sorti en 1972, sur le label Pilz (un champignon psyché pop en guise de logo central), Saat est un album assez singulier, mené par un duo de voix anglaises, masculine et féminine, construit sur des fondations folk, mais tout à fait illuminé par des instruments et des arrangements électriques. Guitares, orgues, basses, effets sous-jacents : tout le disque bourdonne, envoûte, part souvent dans d’inattendues vrilles sonores, superpose les textures, enchaîne les compositions complexes, mais jamais compliquées ou  techniques. Il y a là quelque chose d’assez cosmique, comme un rêve  à demi-éveillé.  Le même label a sorti au moins deux autres albums de folk allemand acide et rageusement rêveurs : Traum par Hoelderlin et le premier disque de Broselmaschine.

En recevant l’album de Koushik, qui sort en septembre (www.stonesthrow.com/koushik/), je pensais entendre un disque électronique dans la veine de Four Tet (les deux musiciens sont proches, je crois), en plus hip-hop peut-être. Rien de tout cela. Au contraire, Out My Window est plutôt un disque de blues dénudé, mélancolique comme du Spiritualized amaigri, mené par un chant léthargique. Son label en parle comme d’un disque des années 60, aux arrangements malins, comme en sortait le label Capitol. Pas faux, mais il y a là surtout quelque chose de cosmique et céleste qui n’est pas uniquement nostalgique mais très contemporain. Et résonne bien en contraste avec l’album de Lindstrom (qui sort mi-août), composé de trois longs morceaux dont le premier, le meilleur, dure 28 minutes - le temps d’une vie ou encore le temps d’un album de Tangerine Dream de la bonne époque. Il y a là des envolées et des spasmes, des rotations hypnotiques, des tournantes synthétiques qui élèvent et forcent le sourire. L’album a un titre beau comme un roman d’adolescent ; Where You Go I Go Too - Où que tu ailles, je te suivrai. Ce qui est un peu le résumé de mon histoire avec Wire : depuis la première écoute, je les suis et ça fait un bout de temps que ça dure puisqu’ils n’oublient jamais de donner des nouvelles régulières comme sur ce nouvel album (déjà sorti), étrangement insolent pour son âge.

J’évoquais il y a deux semaines le livre fabuleux du photographe Pieter Hugo, The Hyena and Other Men - série de photos prises au Nigéria où l’on voit des hommes poser avec leurs animaux domestiques : des hyènes, des babouins habillés en survêtement de sport. Une des photos du livre a été utilisée pour servir de couverture au dernier album de Tony Allen et Hugo est exposé en ce moment dans les Rencontres de la Photographie d’Arles. Voir ses images en grand format, même si elles n’occupent qu’un espace réduit dans l’ensemble nommé “Découvertes”, est bien l’une des plus fortes expériences photographiques de l’année.

En plus de quelques photos extraites de Hyena, on peut voir des images d’une autre série tout aussi impressionnante intitulée Collecteurs de Miel Sauvage : une série de portraits d’hommes dans les forêts du Ghana. Pas encore vu de livre ou trouvé d’images sur le net de cette série. J’ai en tout cas hâte d’en voir plus. D’autres travaux sont visibles sur son site www.pieterhugo.com dont une série faite au Rwanda, sur les lieux des charniers. Un travail assez destabilisant, tout aussi fort que Hyena.

La bonne nouvelle est que Pieter Hugo vient de remporter le prix Découverte des Rencontres d’Arles. Bientôt, on ne verra plus que lui.

L’été est toujours un moment pour retrouver des livres familiers, des univers à habiter, qui font implicitement réfléchir et permettent de voir le monde différemment, même s’il est sous un soleil de plomb. Souvent, je me retrouve lisant des livres de Simenon, parce qu’ils ont en eux quelque chose d’orageux, de tendu, qui rend l’atmosphère électrique. Et puis, plus récemment, je me suis mis à lire des livres de Duras, comme si le soleil venant, il y avait quelque chose qui se dégageait soudain de ses phrases. Et j’adore son recueil de textes publiés par Libération durant tout un été. Cet “été 80″ est une suite d’articles comme on n’en lit plus jamais nulle part : de la littérature qui crée sa propre actualité mais qui résonne de concert avec le monde et la politique de son époque. Personne ne fait plus ce genre de texte, et aucun journal n’ose le proposer à un auteur. Peut-être parce que Duras n’avait pas son égal dans cet exercice d’écriture du monde, qui parvient à mêler en une même phrase toutes les histoires, de la pluie en Normandie aux grévistes de Gdansk.


Les photos du concert avaient été prises par Marco. A un moment, Kevin Shields jouait avec une guitare acoustique et à la fin, Bez des Happy Mondays était revenu danser avec MBV.

Je pourrais raconter longuement que j’avais déjà vu le groupe il y a vingt ans au New Morning, dire à quel point il avait alors déterminé tout ce que je ferais par la suite. Je pourrais m’énerver parce qu’il n’y avait rien sur My Bloody Valentine ce matin dans Libé sinon un pauvre article minable et incompréhensible et qu’il n’y avait quasiment rien dans les Inrocks, sinon une misère. Tant pis.

L’essentiel demeure le concert, la chair de poule d’un bout à l’autre, les larmes souvent, vraies et incontrôlables, comme celles qui surgissent à l’instant où l’on retrouve l’air violent d’un pays enfoui loin dans la tête. L’envie aussi de tomber à l’instant où la salle a tout coupé, laissant le groupe coi, stupéfait. Et cet inconnu venu me remercier dès la fin du concert pour ce blog - il se reconnaîtra.

Et je ne sais qu’une seule chose au moment de m’endormir : mes oreilles bourdonnent comme rarement et elles résonnent de joie, tandis que je vois encore l’écho dans ma rétine de la silhouette de Belinda exactement comme il y a vingt ans. Elle n’a pas vieilli, je suis toujours amoureux d’elle, sa voix est un bourdon qui me dit que je sais exactement ce que j’ai fait des vingt dernières années et ce que je ferai aussi des vingt prochaines, peut-être.

Leur prochaine exposition aura lieu à L.A.

C’est sans doute le seul album de la période seventies de Brigitte Fontaine que je n’avais jamais vraiment eu l’occasion d’écouter. L’autre jour, en trouvant une réédition récente, je me suis dit qu’il fallait y jeter une oreille, pour savoir. Et dès les premières notes, j’ais u que ce serait là mon disque préféré de Brigitte, avec Comme à la Radio et Vous & Nous. Il y a dans ces morceaux, et leurs arrangements tout en enluminures discrètes, contenues en elles-mêmes, quelque chose d’étrangement et élégamment tendu. Parfois, des notes de piano électrique donnent à l’ensemble un air de modernité céleste, qui catapulte cet album de folk minimal vers un ailleurs imperceptiblement électrique. A l’écoute, se dévoile une sorte de déchirure temporelle, un moment tout à la fois ancré dans les années 70 et tout à fait ailleurs. Un moment de rémission calme. Quelques heures auparavant, je ressentais cette même idée de temps qui se déchire en écoutant l’album Y de The Pop Group. Voilà un disque riche, tout en fragmentations et en déflagrations. Issu du punk, du post-punk, Y (1979) est nourri de milliers d’influences mais demeure abrasif, d’un bout à l’autre. Parfois surgissent, là aussi, des notes de piano mais qui sonnent comme des éclairs déchirant la bande magnétique pour mieux mener au morceau final. Celui-ci, We Are Time, est un morceau de bravoure qui tournoie, se réverbère, se laisse noyer dans des échos déchirés, retombe se fracasser contre un sol rugueux avant de s’expulser à nouveau, mené par la voix cathartique de Mark Stewart, démoniaque et touchant en diable. Difficilement trouvable, j’ai réussi à en dénicher un exemplaire en vinyle, en attendant de tomber sur l’intégralité des rééditions CD de Pop Group : vu les pochettes abyssales du groupe, mieux vaut avoir ses disques plutôt que les télécharger - on apprend beaucoup en les scrutant.

Le livre d’où sont tirées ces images s’intitule Monstres et il vient d’être publié, en sérigraphie, par le Dernier Cri. 200 exemplaires seulement. Ce qui est peu pour un américain de la trempe de Mat Brinkman : son univers peuplé de monstre est idéal pour les livres remplis de feedaback colorés du Dernier Cri, tout en plis, comme en rhizomes même. Livre de l’année ? En tout cas, livre de dessins de l’été, forcément caniculaire.

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Difficile d’écouter autre chose une fois que l’on a mis ce disque sur la platine. Tout en lui organise un transport vers un ailleurs, géographique et musical, qui donne instantanément envie de ne pas vraiment revenir en arrière, de ne plus se contenter d’écouter autre chose. Pourtant, au départ, la teneur du propos semblait faible : une compilation de quelques groupes thaïlandais des années 60 influencés par le son des Shadows, groupe sixties phare, mais tellement oublié qu’il en est devenu kitsch. D’ailleurs, la première écoute de ce disque, dans une boutique de Londres, n’avait guère convaincu. Pourtant, quelque chose demeurait au fond des oreilles, ou de la tête, qui poussait à y revenir, à se l’approprier finalement. Une fois retrouve, le disque, qui n’existe qu’en vinyle, se dévoile bien plus à l’aise à la maison qu’à l’extérieur. On y entend des instruments, des arrangements, des compositions, surtout instrumentales, qui ont tout de leur époque : des effets proto-psyché sur les guitares, un orgue qu’on jurerait filtré par une vieille pédale fuzz, etc. Et par-delà les gimmicks, il y a comme une organisation différente du temps qui se fait en écoutant couler tous ses morceaux : tout s’écoule plus lentement, mais aussi avec davantage d’assurance, comme si, au fond, tout cela se jouait au sein d’un temple en train de s’effondrer. Comme portés par l’ombre du rock occidental, ces groupes thaïlandais jouent au plus près de leur fantasme et c’est ce qui donne sans doute quarante ans plus tard à leur musique une improbable mais très enthousiasmante qualité rêvée.

Depuis que j’ai découvert son premier CD l’an dernier à Marseille, sous une pochette sérigraphiée par le Dernier Cri, je guette les tentatives discographiques de Bex. Et là, je suis très heureux de découvrir que son nouveau disque, tout en bruits et en fureurs lentes, est enveloppé du plus bel écrin : un livre de ses dessins sérigraphiés, édité à 200 exemplaires et trouvé en même temps que celui, encore plus éblouissant, de Mat Brinkman. Il y a là comme une parenté dans la monstruosité, les mutations, les dessins devenus comme radioactifs - je reparlerai de celui de Brinkman dans un prochain post. En attendant, la musique de Bex est
un idéal négatif pour la saison : tout en boucles de guitares, oraisons rauques, échos distants, instincts caverneux. Installé à Marseille (tout comme l’excellent shoegazer Alcest est situé quelque part vers Avignon je crois), Bex donne envie, tout comme le Dernier Cri, de retourner se frotter à cette ville, tout contre, tout contre.

Et je recommande d’aller voir l’exposition que lui consacre la fondation Cartier-Bresson à Paris, dans le quartier de Montparnasse. On y voit l’évolution de ce dessinateur remarquable, son attention aux détails, aux textures, aux matières, son sens parcimonieux du détail, de l’expression comme instinctive. Le plus beau, là-dedans, c’est sa manière de représenter la vie sous des instincts de caricaturiste : on ne fait pas mieux, question dessin vivant.

Sur le site de Stephen O’Malley : www.ideologic.org