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Difficile d’écouter autre chose une fois que l’on a mis ce disque sur la platine. Tout en lui organise un transport vers un ailleurs, géographique et musical, qui donne instantanément envie de ne pas vraiment revenir en arrière, de ne plus se contenter d’écouter autre chose. Pourtant, au départ, la teneur du propos semblait faible : une compilation de quelques groupes thaïlandais des années 60 influencés par le son des Shadows, groupe sixties phare, mais tellement oublié qu’il en est devenu kitsch. D’ailleurs, la première écoute de ce disque, dans une boutique de Londres, n’avait guère convaincu. Pourtant, quelque chose demeurait au fond des oreilles, ou de la tête, qui poussait à y revenir, à se l’approprier finalement. Une fois retrouve, le disque, qui n’existe qu’en vinyle, se dévoile bien plus à l’aise à la maison qu’à l’extérieur. On y entend des instruments, des arrangements, des compositions, surtout instrumentales, qui ont tout de leur époque : des effets proto-psyché sur les guitares, un orgue qu’on jurerait filtré par une vieille pédale fuzz, etc. Et par-delà les gimmicks, il y a comme une organisation différente du temps qui se fait en écoutant couler tous ses morceaux : tout s’écoule plus lentement, mais aussi avec davantage d’assurance, comme si, au fond, tout cela se jouait au sein d’un temple en train de s’effondrer. Comme portés par l’ombre du rock occidental, ces groupes thaïlandais jouent au plus près de leur fantasme et c’est ce qui donne sans doute quarante ans plus tard à leur musique une improbable mais très enthousiasmante qualité rêvée.

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