
Difficile de faire moins estival, moins festif, moins ensoleillée que ce disque. Difficile aussi d’écouter autre chose – en tout cas dans cette catégorie-là, minimale, drone. Kevin Drumm est un musicien américain, qui réside à Chicago. Ses disques récents étaient tous plutôt très noise et l’un d’entre eux, Sheer Hellish Miasma (sorti sur Mégo) est l’un des parangons du genre, incroyablement guttural et fort, encore plus intense que du Merzbow. Ce disque se clôturait néanmoins sur un morceau tout en douceur, très calme et ambient. Titré Cloudy, on y entendait des nappes et des fréquences de synthétiseur, venant rêveusement conclure un disque de nervosité, d’acharnement physique. Depuis, il y avait comme l’espoir d’entendre tout un album de Kevin Drumm dans la même veine que Cloudy. C’est à peu près, mais aussi plus encore, qu’offre son Imperial Distortion. Ce double CD est une exploration des possibilités du drone, comme du LaMonte Young lo-fi, sans théorie ou discours pour habiller l’ensemble, mais avec une incroyable intensité musicale qui fait que, d’un bout à l’autre des deux disques, l’attention ne faiblit jamais. Ici, les morceaux sont titrés Snow, More Blood and Guts, We All Get it in the End, Guillain-Barre, Romantic Sores. Autant de titres qui donnent des pistes sur l’état d’esprit de l’auteur, qui permettent de saisir, peut-être, des nuances, des données insidieuses, implicites qui auraient pu échapper aux oreilles distraites. A moins qu’ils ne soient là pour donner de fausses pistes, des indices à ne surtout pas suivre ? Quoi qu’il en soit, Imperial Distortion est l’un des rares disques de minimalisme contemporain à pouvoir prétendre à la même puissance, à la même morgue, que les grandes compositions de LaMonte Young et Charlemagne Palestine. Avec peut-être en plus quelque chose de plus rock, de plus organiquement tourné vers des mélodies fantomatiques qui semblent naître entre les nappes, fébriles. Pour faire bref, on n’avait pas entendu, dans cette veine profonde et monomaniaque, un disque aussi fort et renversant qu’Earth 2, il y a bientôt 20 ans.
http://hospitalproductions.com/

2 commentaires
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28 juillet, 2008 à 1:32
ludo
joseph,
merci à toi de souligner l’importance ce monsieur drumm.
magnifique disque en effet. comme pas mal de choses sorties sur hospital récemment.
enfin, pourquoi n’écris-tu plus dans les inrocks ? bah pas si important que ça après tout : je ne les lis plus depuis un bon moment déjà…hihihi…
mais bon je me souviens d’une de tes chroniques de loren connors qui me fit le découvrir à l’époque. et depuis je stationne sous ses éclaircies. et celles aussi de hisato higuchi (mais c’est une autre histoire).
bref, tout ça pour demander : existe-t-il encore dans la presse française des chroniques qui nous invitent à faire autre chose que nous précipiter dans la fnac la plus proche ?
merci pour le boulot passé et à venir…
5 septembre, 2008 à 1:46
moesgaard
Salut,
Connais-tu « Triangles », sorti sur le label moikai (label de Jim O’rourke)?
C’est en fait un (magnifique) disque solo de drumm, dans une veine très mélancolique un peu comme celui-ci, mais avec des registres sonores plus variés. (synthé, guitare sèche, guitare preparée et bandes diverses).
Je trouve imperial distortion assez chouette, mais je ne peux pas pas m’empêcher de regretter ses travaux des années 90, plus surprenants (son premier , malheureusement introuvable, est une merveille).
Au plaisir