Difficile de faire moins estival, moins festif, moins ensoleillée que ce disque. Difficile aussi d’écouter autre chose – en tout cas dans cette catégorie-là, minimale, drone. Kevin Drumm est un musicien américain, qui réside à Chicago. Ses disques récents étaient tous plutôt très noise et l’un d’entre eux, Sheer Hellish Miasma (sorti sur Mégo) est l’un des parangons du genre, incroyablement guttural et fort, encore plus intense que du Merzbow. Ce disque se clôturait néanmoins sur un morceau tout en douceur, très calme et ambient. Titré Cloudy, on y entendait des nappes et des fréquences de synthétiseur, venant rêveusement conclure un disque de nervosité, d’acharnement physique. Depuis, il y avait comme l’espoir d’entendre tout un album de Kevin Drumm dans la même veine que Cloudy. C’est à peu près, mais aussi plus encore, qu’offre son Imperial Distortion. Ce double CD est une exploration des possibilités du drone, comme du LaMonte Young lo-fi, sans théorie ou discours pour habiller l’ensemble, mais avec une incroyable intensité musicale qui fait que, d’un bout à l’autre des deux disques, l’attention ne faiblit jamais. Ici, les morceaux sont titrés Snow, More Blood and Guts, We All Get it in the End, Guillain-Barre, Romantic Sores. Autant de titres qui donnent des pistes sur l’état d’esprit de l’auteur, qui permettent de saisir, peut-être, des nuances, des données insidieuses, implicites qui auraient pu échapper aux oreilles distraites. A moins qu’ils ne soient là pour donner de fausses pistes, des indices à ne surtout pas suivre ? Quoi qu’il en soit, Imperial Distortion est l’un des rares disques de minimalisme contemporain à pouvoir prétendre à la même puissance, à la même morgue, que les grandes compositions de LaMonte Young et Charlemagne Palestine. Avec peut-être en plus quelque chose de plus rock, de plus organiquement tourné vers des mélodies fantomatiques qui semblent naître entre les nappes, fébriles.  Pour faire bref, on n’avait pas entendu, dans cette veine profonde et monomaniaque, un disque aussi fort et renversant qu’Earth 2, il y a bientôt 20 ans.

http://hospitalproductions.com/