Depuis sa sortie, il y a deux ans, j’écoute sans relâche l’album Giant d’Herman Düne. Avant ce disque, j’aimais bien les enregistrements de ce groupe, mais sans jamais éprouver le même attachement que pour celui-ci. Peut-être était-ce simplement une question de contexte, de moment de vie ? A moins que ce ne soit la production, qui me paraît plus luxuriante, plus claire et vive sur Giant qu’auparavant. A moins, encore, que ce ne soit, l’immense sincérité qui coule de chacune des chansons de l’album, de chaque petite histoire qui s’y dissimule. Il y a là comme une immense carte personnelle qui se dresse dans les oreilles, une sorte de joie qui s’installe, de sentiments inhabituels qui se font entendre. Pas un morceau à oublier, pas un instant inutile. Un disque tellement chargé, qu’il semble comme autobiographique à la manière de Daniel Clowes, peut-être, avec un même ton indolent mais renversant, distancié mais hanté, qui habite les meilleurs comics américains. Depuis, les deux frères Herman Düne se sont séparés : l’un des deux est parti à Berlin s’est rebaptisé Stanley Brinks et écrit toujours de belles chansons qui frappent l’esprit – celle qui porte le titre même de Stanley Brinks est une merveille… L’autre frère continue le groupe et sort à la rentrée un nouvel album, Next Year in Zion. Mis à part le titre, qui fait penser à un t-shirt de touriste pas très inspiré, cet album est très réjouissant. Je n’y décèle pas encore la même fracture que dans Giant, les mêmes chansons mi-fragiles mi-alertes, mais ce même sentiment d’être au coeur d’un grand disque de chansons émouvantes commence à me saisir. Finalement, c’est en faisant des chansons qui parlent de l’Amérique, sous influence de Gram Parsons et Will Oldham, qu’Herman Dune s’impose comme un groupe français d’envergure, qui parle bien de notre état présent, ici et là. Un groupe qui agit avec ses influences et ses amours comme le faisaient les Stones avec le Blues : en le réinventant, ils ont rajeuni l’Angleterre. En réécrivant l’Amérique, c’est nous, notre présent, notre présence au monde et à la musique, qu’Herman Düne ravive.