
Depuis sa sortie, il y a deux ans, j’écoute sans relâche l’album Giant d’Herman Düne. Avant ce disque, j’aimais bien les enregistrements de ce groupe, mais sans jamais éprouver le même attachement que pour celui-ci. Peut-être était-ce simplement une question de contexte, de moment de vie ? A moins que ce ne soit la production, qui me paraît plus luxuriante, plus claire et vive sur Giant qu’auparavant. A moins, encore, que ce ne soit, l’immense sincérité qui coule de chacune des chansons de l’album, de chaque petite histoire qui s’y dissimule. Il y a là comme une immense carte personnelle qui se dresse dans les oreilles, une sorte de joie qui s’installe, de sentiments inhabituels qui se font entendre. Pas un morceau à oublier, pas un instant inutile. Un disque tellement chargé, qu’il semble comme autobiographique à la manière de Daniel Clowes, peut-être, avec un même ton indolent mais renversant, distancié mais hanté, qui habite les meilleurs comics américains. Depuis, les deux frères Herman Düne se sont séparés : l’un des deux est parti à Berlin s’est rebaptisé Stanley Brinks et écrit toujours de belles chansons qui frappent l’esprit – celle qui porte le titre même de Stanley Brinks est une merveille… L’autre frère continue le groupe et sort à la rentrée un nouvel album, Next Year in Zion. Mis à part le titre, qui fait penser à un t-shirt de touriste pas très inspiré, cet album est très réjouissant. Je n’y décèle pas encore la même fracture que dans Giant, les mêmes chansons mi-fragiles mi-alertes, mais ce même sentiment d’être au coeur d’un grand disque de chansons émouvantes commence à me saisir. Finalement, c’est en faisant des chansons qui parlent de l’Amérique, sous influence de Gram Parsons et Will Oldham, qu’Herman Dune s’impose comme un groupe français d’envergure, qui parle bien de notre état présent, ici et là. Un groupe qui agit avec ses influences et ses amours comme le faisaient les Stones avec le Blues : en le réinventant, ils ont rajeuni l’Angleterre. En réécrivant l’Amérique, c’est nous, notre présent, notre présence au monde et à la musique, qu’Herman Düne ravive.

4 comments
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29 juillet, 2008 à 6:16
Francky 01
La production et les arrangements de Giant sont beaucoup plus élaborés, le son moins lo-fi ! Très grand disque de folk teinté de groove. Un disque remplit de sinçérité, de joie, un disque d’été sous influence Cat Power/Will Oldham/Lou Barlow. A +
30 juillet, 2008 à 10:41
lunA.Lee
Ma préférence va à Not On Top, apogée de leur période lo-fi, et notamment Had I Not Know, morceau qui me transporte haut. Giant perdra (avec André, en esprit déjà parti) cette tension inquiète, ce bout de nerf rongé comme un os malingre. Giant est lumineux, un peu baba cheveux au vent (que l’on sent au travers de la musique, c’est rare), un peu béat, un peu bêta aussi, parfois. Ok cependant sur la sincérité et la fragilité ; Herman Düne demeure un groupe atypique, vrai, cool et attachant, en cette époque kleenex fluo.
Au passage, dans la même famille UFO, A Place Where I Could Go, de Jeremy Jay ; pochette top classe, belle voix claire et habitée, lyrisme cuit à l’étouffé par la production sèche de Calvin Johnson, pas loin des fantômes insulaires que sont Verlaines et Go-Betweens (des débuts). Album sans âge, court et marquant, et la certitude que J.Jay va devenir important ; il l’est déjà pour moi.
1 août, 2008 à 6:00
Francky 01
O.K « Not on top » est leur meilleur période lo-fi. Mais « Giant » est plus étoffé, orchestré, les arrangements y sont travaillés, raffinés et le son luxuriant et joyeux ! Des effluves de musique cubaine ou hawaïenne s’en dégagent comme sur « I wish i could see you », titre à la coolitude absolue !!!Percus, sax et flûtes enrichissent l’ensemble. Un très très bon disque (d’été!?)
6 août, 2008 à 12:31
ajar
moi aussi mon favori est Not On Top un de mes disque préféré. J’ai très hate d’entendre Next Year in Zion