



Pas facile de trouver des choses à écouter, qui restent auprès de soi ces jours-ci. Mais, par un heureux coup du hasard, quelques disques glanés dans un bac de soldes, en état un peu piteux mais plutôt écoutables, restent bien ancrés sur la platine. D’abord, il y a l’album sur Saravah de Nana Vasconcelos, Nelson Angelo et Novelli , acheté presque sur la seule foi de la pochette dessinée par Folon. On y entend une musique assez brute, répétitive, parfois chantée, souvent comme cramée par un peu trop de soleil – une musique d’un été qui passe lentement, presque imprudemment. Dans le même bac, il y avait d’autres disques, dont un album de musique iranienne sorti sur Folkways. Il est beau et minimal, de la musique arabe sans le pathos, tout désossée, arrimée à des échos d’elle-même, des fragments de cordes, des voix dissimulées dans leur propre tristesse.
Sorti d’ailleurs, pas de ce bac à soldes où il y avait pas mal d’autres choses à écouter pour plus tard,
l’album de Sun Ra, Disco 3000 revient dans mes oreilles, plus de dix ans après la première écoute et il demeure toujours aussi inouï. Enregistré en petite formation vers 1978 en Italie, il est assez singulier dans la discographie de Sun Ra : tout à la fois électronique, porté par un orgue synthétique, une boîte à rythmes salis, et acoustique, porté par des cuivres cosmiques, des voix surgissant soudain, Disco 3000 est une inlassable tournerie, un hypnotisme physique, un moment de bénédiction en apesanteur, qui fait sentir la moindre veine de n’importe quel corps, même le plus fatigué, le plus dérapé.
Enfin, un mois après sa sortie, je n’arrête plus de remettre n’importe laquelle des six faces du nouvel album de Vibert / Simmonds, le deuxième après un premiers, Weirs, sorti il y a quinze ans. Le nouveau, Rodulate, ne dit pas quand il a été composé : aujourd’hui, hier, demain ? Tout y est sorti d’un rêve électronique, un peu bâti sur des rythmes, un peu porté par des nappes, souvent habité par des voix cassées, coupées, flagellées. Christian, qui m’en parlait l’autre jour, disait qu’il y avait là une sorte de gamelan moderne, je crois, et il avait raison. Rodulate, c’est un peu Bali remise en musique par des types qui fument sans doute beaucoup de joints en oscillant de la tête au-dessus de leurs machines. C’est juste un bon disque, un bon disque pour ce milieu d’été.

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