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“Mon pauvre ami. Paul Newman est mort. Tu vois, j’espérai bêtement ne pas avoir à écrire ces mots avant longtemps” - reçu par sms hier.

Le 31 octobre et le 1er novembre prochains, les Instants Chavirés accueilleront un festival organisé par le musicien Sylvain Chauveau sous le nom de Onement. Plus précisément, Onement est le nom d’un label qu’il a créé pour sortir des albums en vinyle à un seul exemplaire - une méthode assez radicale pour redonner de la valeur à la musique, ou en tout cas pour lui redonner son identité originelle : celle d’oeuvre d’art. Le festival accueillera quatre concerts : Hauschka, Stetchandrelax, 0 et Robert Hampson (Loop, Main). Onement démarre d’ailleurs par une oeuvre de ce dernier, qui sera jouée pour la première et dernière fois ce soir-là. On ne pourra la réécouter que si on achète le disque : pour cela, il faudra soit se battre, soit se ruiner…
Plus d’infos par là :
www.myspace.com/onement /www.onementlabel.com

Bobby Darin est mort à 37 ans, quelques mois après ce concert.

Schizophrenia - Sonic Youth
Cotton crown - Sonic Youth
Wichita Lineman - Glen Campbell
Late September in May - Native
Reminissin’ - Geiom
Don’t Ask Why - My Bloody Valentine
Roll With The Punches - Peverelist
Samurai - Kode 9
Abraham, Martin & John - Dion
If You see her say hello - Bob Dylan
Crying in my sleep - Art Garfunkel
I’m not moving (Idjut Boys edit) - Phil Collins
Aberdeen - Felicia Atkinson & Sylvain Chauveau
Blue Ridge Mountains - Fleet Foxes
Liquid Reflective (Kling Klang) - Main
Oliver James - Fleet Foxes
Call it a ritual - Wolf Parade
La saison des pluies - Gainsbourg
Angel - Sonic Boom



Les plaisirs sont simples, parfois. Acheter Ange de Lubitsch en DVD après l’avoir attendu des années, en priant que la VHS NTSC ne se détériore pas trop vite. J’aime ce film, sans doute parce que je l’ai vu la première fois au Mac Mahon ou à l’Action Ecoles, il y a vingt ou vingt-cinq ans quand aller au cinéma signifiait encore quelque chose de l’ordre du choix de vie, comme acheter un disque chez New Rose. Je n’aime pas tant Ange parce qu’il serait représentatif d’une quelconque Lubitsch touch - Laissons les autres raconter cela.
J’aime ce film parce qu’il me fait rire et surtout parce qu’il parle de ce moment étrange durant lequel la vie se dédouble, les amours se multiplient, et l’on ne sait plus où l’on est, avec qui l’on va et ce qui relie l’un à l’autre. Un moment d’angoisse et d’excitation. Et comme souvent chez Lubitsch, cette excitation passe par l’absence de noms, l’anonymat forcé, l’incertitude des identités.
Ange se résorbe en un des plus beaux plans, des plus élégants. Il faut rester jusqu’au bout et comprendre pourquoi la vie est faite de tant de lois d’airain. Une autre fois, je parlerai des acteurs, du trio splendide qui aurait pu servir de modèle à tous les livres de Floc’h.






Les fans de Sunn O))) et de tout ce qui touche de près ou de loin aux drones, de Brian Eno à Miles Davis et Root Strata, devraient trouver leur compte dans les disques du groupe japonais Corrupted. Formé en 1994, Corrupted a sorti des disques plutôt abrasifs avant de ralentir le rythme et de construire des morceaux d’une lenteur cosmique, sombres et beaux, avançant au rythme d’un escargot fatigué. Difficilement trouvables, les albums sortent dans des éditions limitées, toujours belles, et le groupe refuse de se laisser photographier. Petit événement (au moins pour moi, et sans doute aussi pour Shinju Gumi) : Corrupted joue à Paris le 17 octobre prochain, au Point Ephémère, dans le cadre du festival In Famous Carousel, dont la thématique est intitulée “Effets Mythologiques”. On y sera, au premier rang, le noir de rigueur, la tête couverte.


Je ne connais pas (ce soir) de disque aussi élégiaque et beau que Get Up With it de Miles Davis. Double album, sorti en 1974, on pourrait n’en retenir, comme le font certains, que le morceau post-funk Rated X et sa construction psychotique, assez démente. Pour ma part, je n’écoute de cet album, depuis 15 ans que je le fréquente, que la première face qui dure une bonne demie-heure. Un seul morceau, He Loved Him Madly, dédié à Duke Ellington et incroyablement planant, sur lequel résonnent une wah-wah nostalgique, un drone d’orgue morbide, des échos de guitare céleste, quelques percussions délicaement entêtantes. Il y a de la mort, de l’héroïne, des rêves qui passent par là et Miles Davis y est présent par l’absence tonale de sa trompette. Celle-ci subiste via des suspensions d’effet, à moins que Miles ne l’ait abandonnée au profit du clavier. Parfois, une crevasse. Puis un état à nouveau suspendu, comme en lévitation, entre deux cosmos. il y a de la tristesse, de la lévitation, peut-être, au bout, de l’apaisement. Tout est en délicatesse, pour évoquer un fantôme disparu, avec une électricité rentrée, jouée au plus près de l’économie. Ce disque, je l’ai prêté, perdu, écouté, j’étais jeune, puis vieux, puis jeune à nouveau. Une rousse ne me l’a jamais rendu, mais je n’ai jamais non plus cherché à la revoir. Quelqu’un en a passé un extrait à la radio, mais c’était évidemment Rated X. Seuls les vrais amis savent que c’est la demie-heure de He Loved Him Madly qui compte plus que tout, au-delà du jazz, du rock et de tout autre chose. Seuls les amis, les vrais, savent ce qui se joue là-dedans, ce qui y est perdu, ce qui y est retrouvé l’espace d’un instant. Trente minutes d’éternité, qui disent qu’il faut aimer à la folie, doucement, sereinement. Parfois les amis, les amies, vous manquent. Parfois, il suffit d’écouter ce morceau.

Je n’ai pas de souvenir plus précis que les moments où nous chantions ce morceau à tue-tête en traversant la rue de Charonne, espérant qu’elle toucherait la fille en face ou le garçon de l’autre côté. C’était peut-être vers 1997 ou 98, avant de savoir que tout se déverserait doucement, mais que cette chanson et ces paroles décapées de sens commun demeureraient inlassablement parmi les maigres notes de ma mémoire. “J’ai dans les bottes des montagnes de questions où subsiste encore ton écho”. Je ne me souviens pas avoir entendu une phrase plus justement limpide, mais aussi immédiatement absconse, presque ridicule tant elle est naïve. “J’ai fait l’amour, j’ai fait le mort”. Quoi de plus réaliste que cela ? “Je prends des trains à travers la plaine”, “la nuit, je mens, je m’en lave les mains” - toutes ces phrases ressuscitent soudain mon envie de musique qui mène ailleurs, toujours. Il ne faut pas se moquer. Cette chanson, nous la fredonnions donc rue de Charonne, en sortant de la rue de Lappe, pas loin de la rue Keller. “On m’a vu dans le Vercors sauter à l’élastique”. Et elle fait jaillir d’un coup les strophes de TS Eliot au lycée Pasteur, un matin d’hiver puis une soirée entre parenthèses devant Joe Orton à la fête foraine.

Je découvre en ce moment ce disque, dont les strates et les couches m’étonnent, au-delà du rock, et me donnent envie d’y plonger plus avant. Et j’aime bien sa pochette, conçue par Michel Granger, qui avait été dans les années 70 l’auteur de celles de Jean-Michel Jarre. Ce qui donne envie d’aller voir dans les bacs à soldes (mais en reste-t-il ?) pour comparer…









Cannonball Adderley a sorti quelques disques, dont celui-ci, produits par l’excellent David Axelrod qui a insufflé dans son jazz classique des orchestrations et arrangements assez mirifiques, post-psychédéliques. Dans cette série de LP sortis vers le début des seventies, il y a le très cosmique Soul Zodiac et l’immense Soul of the Bible. Le premier s’empare des signes du zodiaque pour créer une odyssée spirituelle intense, et l’autre s’immerge dans la Bible pour inventer une sorte de gospel futuriste, funky et électrique. Les deux incluent des voix qui lisent des textes, mais ont, au fond, l’air engourdie par trop de drogues. il y a là-dedans de la démesure et, surtout, de l’élévation.







Du 14 septembre au 5 octobre, exposition Japon Parano avec Daisuke Ichiba et quatre autres dessinateurs japonais sélectionnés par lui, à la librairie Le Monte En l’Air, Paris.





Je suis impressionné par la force des dessins de Namio Harukawa, qui ont quelque chose d’extrêmement malsain et laid, kitsch et drôle, à la limite du moche, du dessin de brocante. Le dessinateur Stéphane Blanquet vient d’en sortir un impressionnant volume via sa maison d’édition United Dead Artists, dans le même format que son précédent et très beau Burns. Son titre: Callipyge. On y voit une succession de femmes assez rondes et voluptueuses assises sur la face d’hommes qui paraissent lilliputien en comparaison. Des scènes qui sont tirées de la vie quotidienne (une conversation entre copines) ou de moments plus intenses (en prison, un étron dans la bouche ?) et donnent une vision des rapports humains violents mais désopilants tant le dessinateur accumule d’incongruités gratuites. Son monde est bien fondé sur un érotisme acide, qui use de clichés SM pour aboutir à une succession d’images qui sont entre la vivisection porno proto chic d’Eric Stanton et les comics bruts et brutaux des années 50, avant la censure. Les hommes, en tout cas, y ont toujours, à chaque image, la tête dans le cul.









La première fois que j’ai entendu Karen Dalton chanter, c’était il y a huit ans. J’étais malade comme un chien, je cultivais un drôle de truc qui m’a suivi quelques semaines, ne voulait pas me lâcher. J’écoutais en boucle les chansons de son premier album, je ne revenais pas de ce qui s’y trouvait, de ce que j’y entendais. J’y percevais une forme d’euphorie triste, de remède qui relâche la tension et la fièvre, de nerfs rompus et finalement endigués dans une camisole douce. Karen Dalton représentait alors tout ce qu’il y avait de beau d’ascétique à la fois, un monde différent, à des milliers de lieux de moi, qui me faisait changer doucement. J’aimais la musique, l’impression irréelle de descente dans je ne sais quel pénombre infernale qui se faisait à chaque fois plus, au fur et à mesure que le disque avançait. Il y avait comme quelque chose que l’on s’enfonce doucement et vous fait glisser du bord jusqu’au fin fond de la vallée, sous la lune.

Ce festival a l’air assez passionnant : beaucoup de noms inconnus et deux ou trois autres que j’aime plutôt bien. Je pense à Religious Knives et Fear Falls Burning. Les premiers sont new yorkais et font une sorte de rock psychédélique incantatoire et le second est belge, fabrique d’immenses drones assez miraculeux.
Il y a vingt ans ou un peu plus, Momus était mon héros. Parce que la pop que j’aimais était forcément bien écrite, emplie de références littéraires ou rock, parlait du monde mais aussi de livres et Momus était maître dans cet art de mixer la culture et les sentiments, les références cultivées et l’autobiographie. J’adorais plus que tout son album The Poison Boyfriend, notamment sa chanson introductive The Gatecrasher. Je me souviens qu’on rigolait sur une autre chanson, Violets, sublime d’un bout à l’autre jusqu’à l’apparition en bout de course d’un refrain qu’on aurait dit emprunté à Enrico Macias. Ensuite, sur ses disques suivants, sa musique s’est faite plus synthétique, se rapprochant d’une version folk de New Order et elle a été, le temps de deux albums et un maxi, assez réussie. Le maxi, c’est celui-là : Hairstyle of the Devil, qui cite les Stones et parle d’amour ou plutôt raconte une histoire de couple à trois, de jalousie, de nuits qui n’en finissent pas, d’épuisement dans ce que l’on aime ou ce que l’on n’aime plus. Autant d’histoires qui faisaient d’ailleurs déjà la matière des premiers maxis de Momus, bien plus acoustiques mais incroyablement attachant, notamment celui où il reprend trois morceaux de Brel et celui qui porte l’un des plus beaux titres de toue l’histoire de la pop cachée : Murderers, the Hope of Women - si quelqu’un possède la vidéo de ce titre, si elle existe, j’aimerais la voir.


Aaron Cometbus édite son magazine rock Cometbus depuis le début des années 80. Et comme dans beaucoup d’autres magazines américains, il y publie de la fiction, des récits courts. Déviations rassemble quelques-uns de ces récits écrits par lui. Courts, parfois intimistes, souvent très perturbés.
J’aime bien cet enchevêtrement de matières. J’ai dû voir Mauvais Sang au même moment où je découvrais l’album de Daniel Darc et Bill Pritchard.
Trouvé ça sur Youtube, comme deux mélancolies qui se rencontrent.

Je n’avais vu ce film qu’une seule fois, il y a 20 ans. Mais il m’avait marqué, et j’y avais retrouvé le roman de Drieu la rochelle dont il est une adaptation et que j’aimais tant. La scène d’ouverture est sublime, Maurice Ronet est idéal. On y entend cet échange parfait : “Vous savez, je vous aime d’une façon très particulière” / “Merci d’être venue”. J’aime bien ce moment, cette période, quand les amants se vouvoient même au creux du lit, la cigarette à portée de main, là, sur la table de nuit. Il y a là quelque chose de parfait, parce que tout à fait fugitif. Le feu follet, je ne sais pas, mais c’est le renoncement à ce qui succède au premier moment, à la folie.
C’était quand même mieux que Jon Spencer tout seul, non ? Mais pas aussi bien que Royal Trux (ou que les quatre premiers albums de Royal Trux, au moins).
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My brother where do you intend to go tonight?
I heard that you missed your connecting flight,
to the blue ridge mountains, over near Tennessee.
(Fleet Foxes, Blue Ridge Mountains)


Sunroof! est l’un des multiples projets du guitariste Mathew Bower, dont on connaît surtout le groupe Skullflower, à la violence tendue et liminale. Bower est aussi dans le duo Hototogisu, auteur de plusieurs albums de guitares bruyantes, lacérées, enfilées comme des tornades, des angines blanches. Parmi les albums de cette formation, il faut surtout écouter l’impeccable, très tendu et néanmoins plutôt calme, Floating Japanese Oof! Gardens of the 21st Century. Ce triple album est l’un des plus beaux disques de toute la scène drone / noise / freak des années récentes. Bower est aussi à la tête de Sunroof! Ce groupe est supposé être une variation entre le krautrock et le noise. Disons qu’il produit une forme de bruit assez métronome, peut-être plus disciplinée que dans les autres projets de Bower. Ou pas. A écouter, à découvrir.
J’avais vu un concert acoustique du Jazz Butcher dans les années 80 à Paris, dans la cave d’un bar, le Troupeau, où il jouait deux sets par soir, deux soirs de suite. J’ai toujours la cassette de l’un des concerts, écoutée pendant des années. Les deux plus beaux morceaux de Jazz Butcher sont Angels, magnifique morceau de bout de nuit qui a dû influencer Sonic Boom dans son sommeil, et Mersey, une reprise mélancolique, en bout du maxi d’Angels, que l’on peut entendre sur le myspace du chanteur.
Les derniers disques édités par Raster Noton m’ont redonné envie de me plonger à nouveau dans ce label, sa musique, ses errements, son minimalisme.

Je n’ai jamais voulu voir les Stooges, dont j’adore les disques. De manière générale, je me fous un peu des reformations, surtout lorsqu’il s’agit de groupes que je n’aurais pas pu voir de leur temps, trop vieux pour moi. Mais là, l’occasion était belle : les Stooges a priori en petit comité dans une soirée privée pour les 100 ans d’une marque de chaussures (que j’adore par ailleurs).
Malheureusement, c’était un drôle de cirque, avec une troupe de danseurs caricaturaux, faisant un show sur une sorte collage “plunderphonics” de tubes rock, qui m’a hérissé jusqu’au bout, jusqu’à l’extrait de Smells like teen spirit, qui n’avait rien à faire là (même si Kurt portait bien ces mêmes chaussures). Les Stooges sont arrivés ensuite, après que la foule ait hué Phil Manoeuvre (le pauvre : sans lui, la plupart des gens dans la salle n’aurait jamais entendu parler des Stooges, non ?). Je n’ai pas résisté plus loin que deux morceaux. Le son était pourri, donnait l’impression de voir là une caricature des Stooges, engoncés dans un rituel poseur. Mieux valait partir en plein I wanna be your dog pour ne pas détruire les images des deux premiers albums du groupe. Deux consolations : sortir au même moment que Patrick Eudeline et avoir tout de même entendu Phil Manoeuvre évoquer Métal Hurlant, tel un contrebandier brandissant subrepticement le drapeau noir du vrai souvenir qui tue, qui ne s’est jamais laissé faner.










