
Les plaisirs sont simples, parfois. Acheter Ange de Lubitsch en DVD après l’avoir attendu des années, en priant que la VHS NTSC ne se détériore pas trop vite. J’aime ce film, sans doute parce que je l’ai vu la première fois au Mac Mahon ou à l’Action Ecoles, il y a vingt ou vingt-cinq ans quand aller au cinéma signifiait encore quelque chose de l’ordre du choix de vie, comme acheter un disque chez New Rose. Je n’aime pas tant Ange parce qu’il serait représentatif d’une quelconque Lubitsch touch – Laissons les autres raconter cela.
J’aime ce film parce qu’il me fait rire et surtout parce qu’il parle de ce moment étrange durant lequel la vie se dédouble, les amours se multiplient, et l’on ne sait plus où l’on est, avec qui l’on va et ce qui relie l’un à l’autre. Un moment d’angoisse et d’excitation. Et comme souvent chez Lubitsch, cette excitation passe par l’absence de noms, l’anonymat forcé, l’incertitude des identités.
Ange se résorbe en un des plus beaux plans, des plus élégants. Il faut rester jusqu’au bout et comprendre pourquoi la vie est faite de tant de lois d’airain. Une autre fois, je parlerai des acteurs, du trio splendide qui aurait pu servir de modèle à tous les livres de Floc’h.

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