Deux livres pris à Angoulême et édités par l’Employé du Moi, maison de Bruxelles plutôt intéressante et ludique. Le premier livre est du dessinateur Frédéric Fleury et fait suite à un précédent ouvrage du même nom, mêlant dans une veine autobiographique, des anecdotes intimes et des vignettes quotidiennes, plutôt drôles et incisives, souvent sans effet de manche, parfois tombant à plat, parfois touchant au coeur. Un peu comme dans la vraie vie. Ici, le plus étonnant, c’est le sens du rythme, le découpage, le montage de ces pages, qui défilent comme des instantanés que l’on soupçonne à peine liés entre eux, mais qui se découvrent au fil de la lecture de vraies affinités, d’indicibles échos. Mêle si je préfère le travail de dessin de Frédéric Fleury, que je trouve plus immédiatement fou, il y a quelque chose de tout à fait saisissant dans les deux volumes de C’est Triste, qui pointe un peu de la condition humaine, de l’absurde et du banal. Un peu ce que soulève aussi le Phase 7 de l’Américain Alec Longstreth, qui faisait figure dans les couloirs d’Angoulême de bûcheron barbu perdu, cousin de Will Oldham ou Neil Young. Son livre est issu d’une série de comics auto-édités et autobiographiques. On y suit, notamment dans une histoire centrale assez prenante, les pérégrinations de l’auteur dans sa quête pour devenir, justement, un auteur de comics. Drôle, modeste, pointilleux, le livre offre une vision de l’esprit humain pris dans son travail, dans son désir de se sublimer, de dépasser sa condition pour atteindre un statut à part. Hanté par son art et sa pratique, Longstreth nous renvoie à nos propres angoisses, à nos peurs de ne pas parvenir à être nous-mêmes.