mat brinkman

Stéphane Prigent

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L’expo consacrée au troisième numéro de de Frédéric Magazine vient de s’ouvrir. On y voit la matière du livre, mise en scène et orchestrée comme pour disloquer, démembrer, déconstruire le livre même : ici, on se promène dans les dessins, entre les traces du livre plutôt que dans le livre lui-même et l’on se frotte à quelques-uns des dessinateurs les plus intéressants des années récentes, de Blutch à Mat Brinkman – un horizon très vaste. Et surtout, on peut y acheter le livre qui est sans doute le plus impressionnant de tous ceux sortis par cette petite bande (on compte 3 numéros de FM et deux catalogues d’exposition).

Là où le premier FM était une sorte de condensé brut (évoquant en cela d’autres tentatives du genre, comme Nazi Knife), celui-ci est une construction quasi architecturale. Là où le second réservait toute la place et les formes aux seuls 5 membres du collectif, ce numéro 3 ouvre des perspectives vers d’autres dessinateurs mais tous mis en relation avec l’un des dessinateurs originels de FM. Une organisation quasi géologique, et qui en elle-même la question centrale de ce nouveau volume, au-delà du thème fantôme donné à l’ensemble des dessinateurs comme piste de travail (mais non dévoilé dans le livre publié, histoire de brouiller les pistes – ou de les laisser ouvertes ?). Une organisation en cinq temps, cinq territoires qui se répondent, se traversent parfois, s’invectiveraient presque, et dans lesquels on décèle une multiplicité de mises en réseaux. On est là, dans une section donnée, dans des échos de bande dessinée dont on se détache progressivement (la présence de Blutch n’est pas fortuite et donne un indice quant aux déplacements opérés ici). Ailleurs, on se retrouve pratiquement dans un renouveau de matières : Isabelle Boinot, par exemple, ne dessine plus avec des crayons mais tricote ses personnages sur du tissu. Le déplacement est là, le dépliage aussi, entre les dessins, les matières, les couleurs, les dessinateurs. Comme une succession de strates s’appelant les unes les autres. Autant le premier FM était un livre de jeunes punks du dessin, donnant à lire des narrations subliminales et jetées presque violemment, autant celui-ci est autre chose : un livre de dessins, comme on dirait un livre de photos, qui est un agencement extrêmement pensé, conçu non plus pour raconter des histoires imaginaires en repensant l’idée même du dessin, mais pour refléter un monde de plaques : celles de la tectonique, celles de la sclérose, mêlées. On est ici au-delà du dessin, dans un projet quasiment politique de mise à nu des perceptions et de l’emmêlement quasi psychédélique des visions. Il y a de la poésie et de la précision, de l’humour et de l’implosion dans ce FM3 assez grandiose, plus encore que prévu, surtout dans sa forme imprimée.