


Depuis un an, les éditions du FRMK donnent l’impression de redéployer leurs activités de manière plus radicale. Leurs livres sont toujours aussi beaux et intrigants, mais se déplacent de plus en plus vers un ailleurs singulier et semblent presque plastiques, établissant un rapport très intéressant entre le dessin, l’art contemporain, le spectacle vivant, la bande dessinée. Dans le même mouvement, qui implique de sortir des ouvrages d’artistes assez précieux (comme un récent de Paz Boira, très beau, intitulé Ces leurres et autres nourritures), ils éditent une série de petits livres dont le format évoque celui de quelques revues de BD des années 70, mais dont le contenu est autrement plus subversif, intrigant et stimulant. L’un des plus notables de la série s’attaque justement à une figure très répandue dans les années 70 : celle de l’anti-héros masqué à la Fantômas et qui, notamment en Italie sous le nom de Diabolik, a été beaucoup déclinée, servant de support à une pléthore d’histoires mêlant sexe et violence, se lisant souvent comme des négatifs européens exagérés des récits sombres mais bien plus cadrés de Batman ou du Fantôme du Bengale. Chez le FRMK, ce personnage s’appelle Demoniak. Il est d’abord apparu sous la forme de tout petits récits envoyés par la poste à une poignée d’abonnés. C’était il y a un an et les missives (j’en ai reçu deux) étaient très intéressantes, mettant en scène un langage familier de la BD de super héros et s’affirmant aussi implicitement comme un détournement de celle-ci, à la façon des situationnistes. Depuis le début de cette année, Demoniak se décline différemment, dans une série disponible en librairie. Et sans nom d’auteur : ici, pas de signature, comme pour signifier que l’on est dans un palimpseste permanent : on fait de la bande dessinée sur les pages d’anciennes BD, on reformate en bandes dessinées des figures classiques de la BD, on dit en bandes dessinées tout ce que la BD charriait inconsciemment de contenu politique. Dans le premier volume sorti, tout n’est pas clairement explicité et la lecture avance par rebonds, renvois, ellipses, digressions, fantasmes mis en quinconce. Mais c’est bien là ce qui frappe et happe : la capacité de provoquer des questionnements tout en renvoyant à des réminiscences de lectures, comme si d’un coup, l’on se rendait compte de milliers de discours sous-tendant les milliers de BD lues et relues, et auxquels l’on ne prêtait guère attention. En pointant les codes, en brouillant les pistes, Demoniak confirme bien que la BD est d’abord un système de représentations, éminemment politiques.

3 comments
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25 mars, 2009 à 10:16
Joseph Ghosn a peur de Démoniak « almanak frmk
[...] pour lire l’article [...]
26 mars, 2009 à 1:02
Suspiria
Pourrait-on suggérer à la jeune fille qu’elle se trompe d’orifice quant à l’introduction de la banane et qu’il est d’ailleurs préférable d’enlever la peau pour en goûter toute la saveur et profiter ainsi de l’apport de vitamines qui s’ensuit ? Que lui est-il passé par la tête ?
30 mars, 2009 à 7:48
u
Hail to FRMK.