
Avant de le savoir disparu, j’ignorais que Jacno avait un vrai nom. Heureusement, toutes les nécrologies qui surgissent pour le célébrer soudainement me l’apprennent. Mais aucune ne me dit pourquoi j’aime tant sa musique, pourquoi elle m’évoque des amitiés et des amours qui ne sont qu’à moi. Je revois Philippe me donnant un album d’Elli & Jacno, Sarah m’en offrant un autre pour mon plus récent anniversaire, JD me disant il y a plusieurs années déjà qu’il possède Rectangle en maxi 45 tours (je ne l’ai qu’en 45 tours simple), Emmanuel évoquant régulièrement la beauté des Nuits de la Pleine Lune et sa BO trouvée en vinyle dans un vieux magasin de Lille, Frédéric et Sylvie aussi parlant de lui.
Les disques de Jacno, avec Elli, sortaient sur Celluloid et ils étaient donc voisins de ceux de Suicide, Cabaret Voltaire, James Chance, Mathématiques Modernes : ils portaient en eux ce virus rétro-futuriste qui habitait aussi les livres de Chaland et Serge Clerc, emplis d’un dandysme qui nous faisait fantasmer, nous faisait croire qu’il suffisait d’être comme lui, le cheveu raide, la chemise droite, le regard nocturne, une Rickenbaker et un Korg MS20, pour qu’Elli tombe amoureuse de nous, pour qu’on nous laisse entrer au Palace ou ailleurs et vivre dans le 9ème arrondissement qui n’était pas encore bobo, pour que Loulou Picasso nous dessine un portrait, comme si l’on résidait éternellement en 1981.

7 comments
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7 novembre, 2009 à 5:43
Graziella
merci Joseph, toi, Kill Me Sarah, d’autres, qui ont été écrit ces jolis articles, tout purs, sur leurs blogs,ça équilibre, ces brèves froides,ces reprises AFP, copié-collées à la va-vite, alors que nous étions des dizaines, des centaines, tout tristes et tout perdus hier à la tombée de la nuit…mais que manifestement Jacno, le D’nis, ben Libé, le Monde etc …ça ne les a pas émus plus que ça …
7 novembre, 2009 à 9:04
Laurent
Gamin, j’enviais Jacno. Ses pompes, son synthé, sa Rickenbacker et sa pop ovni tout près de la plus belle fille du monde…
8 novembre, 2009 à 2:38
Joachim
Très bel hommage qui change effectivement des copier-coller de dépêches. Les Inrocks seraient bien inspirés de remettre sur leur site son interview du numéro « Made in France » du siècle dernier (96,97,98 ?) où éclataient son dandysme et son verbe, aussi minimal et acéré que sa musique. (Peut-être étais-tu d’ailleurs l’intervieweur)…
8 novembre, 2009 à 2:44
Jeff
Aujourd’hui, nous sommes tous solitaires.
Amoureux, mais solitaires…
8 novembre, 2009 à 4:18
Peladan
Le problème avec les nécros, c’est qu’elles ne diront jamais à quel point c’était bon d’écouter Jacno, que ce soit en groupe ou en duo. Il y avait dans ses disques quelque chose d’essentiel, d’innocent, de presque enfantin qui laissait entrevoir un monde peut être moins moche qu’il n’en a l’air. Penser que le type qui jouait ces notes est mort, franchement on a du mal à y croire.
9 novembre, 2009 à 9:21
la fleur
Oui, ça fait plaisir de voir des papiers sur jacno écrit par ceux qui ont aimé sa musique, et pas seulement de mauvaise dépêche AFP… Je ré-écoute l’album jacno en boucle, avec bohneur et tristesse (parce qu’il y a une mélancolie terrible dans « triangle » ou cercle)…
3 février, 2010 à 12:36
Jb
Ce n’est peut-être pas le lieu d’une telle requête… Cependant en cherchant désespérément depuis plusieurs mois maintenant la BO des « Nuits de la pleine lune », je suis tombé sur votre blog ! Par le plus grand des hasards, vous n’auriez pas une idée pour que je la trouve ?
Merci