Vous n’avez pas encore 20 ans et puis, soudain, vous en avez presque 40 et l’on réédite les disques que vous pensiez encore à peine sortis, si neufs et vifs dans votre esprit qu’ils n’ont pas encore tout à fait atteint votre mémoire, vos souvenirs. Voir arriver un paquet de rééditions des trois albums de Galaxie 500 procure une étrange sensation, comme si je n’avais jamais cessé de goûter à la même madeleine de Proust depuis 20 ans et que d’un coup son goût érodé revenait, violent. La première fois que j’ai acheté un disque de Galaxie 500, c’était parce que ce groupe jouait calmement, tristement. C’était « du Sonic Youth en plus lent » m’avait-on affirmé et je n’en suis jamais tout à fait revenu. La cassette de leur deuxième album, On Fire, passait en boucle dans ma chambre et le moment du dernier morceau, Isn’t it a pity (reprise de George Harrison), était d’un effet magique. La face A de leur premier, Today, en vinyle, était la plus parfaite que j’avais jamais entendue, avec sa reprise de Jonathan Richman en plein milieu, Don’t Let Our Youth Go To Waste – un programme auquel nous nous sommes tenus, fidèlement. Le troisième album, This Is Our Music, était moins emballant, plus hivernal et fermé. Mais, revoir la pochette d’On Fire, avec la boucle d’oreille de Naomi en spirale hypnotique  me rappelle à quel point je portais fièrement le t-shirt où était reproduite la même image. Domino réédite les albums du groupe, avec quelques faces B en plus : cette musique, dans mes oreilles, est toujours, encore, céleste au possible.