Les dessins de Sammy Stein me touchent particulièrement, grâce à leur minimalisme presque enfantin et leur sens, aussi, d’une grande animalité. Après avoir longtemps regardé ses petites créatures sur internet, j’avais préfacé son premier livre, sorti par En Marge. Ces jours-ci, il sort un nouveau livre, qui est une vraie bande dessinée, mais sans aucun des atours classiques d’une BD. Je lui ai posé quelques questions, voici ses réponses.
Comment est né le projet de ce livre ?
Depuis le 30 avril, j’expose à la galerie 5 à Angers (un immense espace au sein de la Bibliothèque universitaire d’Angers, un couloir de plus de 70 mètres de long), la galerie m’a proposé un budget pour éditer un livre. Comme cela faisait longtemps que je voulais faire une bande dessinée, ça a été l’occasion de travailler là-dessus. L’exposition au nom très pompeux « les Couloirs du Temps » a servi de base à ce livre. Les thèmes du voyage dans le temps, de la transformation des êtres, y étaient déjà présents. Mais le livre n’a rien à voir avec ce qui est montré à l’exposition, il va dans la même direction, c’est tout. L’histoire est celle d’un homme qui perd la mémoire et parcourt les couloirs du temps à sa recherche.
Comment expliques-tu la différence entre la couve et l’intérieur, qui montrent deux esthétiques différentes ?
L’intérieur noir et blanc au trait fin contraste évidemment avec la couverture, tout en motif et dégradé. Il me semblait logique d’enrober cette histoire de temps dans une couverture qui présente des images d’éclairs, de galaxies, de trous noirs, de cellules. C’est l’image que je me fais du voyage dans le temps, un gros mélange de toutes les époques. Il y a aussi un renvoi aux livres scientifiques regardés enfant, définissant la création et l’évolution de la vie sur terre par des schemas compliqués.
Comment l’as-tu travaillé ?
J’ai commencé la bande dessinée en improvisant, avec une histoire pas complètement définie en tête, puis les éléments et les scènes sont naturellement apparues au fur et à mesure. Beaucoup de choses ont changées en cours de route. Mais je suis resté sur la même ligne directrice en m’accordant des digressions, alternant scènes parlées ou racontées et séquences muettes…
Pourquoi y avoir adjoint un fanzine et un CD ?
Il y a un an, j’avais fait la pochette d’un disque du label Angevin Ego Twister, le label m’avait par la suite invité à faire une première exposition à Angers. J’avais envie de retravailler avec eux. Comme l’exposition tournait autour d’un mélange de différentes époque, j’ai donné à des musiciens (pour une moitié des artistes du label, et pour l’autre de mon réseau) quelques dessins, des phrases mystérieuses et une époque plus ou moins précise (le big bang ,le moyen-âge, le futur…) afin qu’ils produisent une chanson. Je ne voulais pas faire une énième compilation de musique électronique mais essayer de donner un sens, et un ordre logique au disque. J’ai demandé au Chevalier Derinchy de créer des jingles pour chaque époque pour structurer le tout. Cela donne un disque plutôt énergique qui va du big bang à la fin du monde, avec des genres différents. Mais le cd et la bande dessinée sont bien dissociés, ils n’ont comme rapport que le fond (le temps, toujours), il ne faut surtout pas lire la bande dessinée en écoutant le disque ! J’ai du mal à trouver que ce genre d’objet fonctionne en général (un livre à lire en écoutant un disque). Mais il nous a paru néanmoins intéressant d’associer les deux (+ le fanzine et un poster avec les paroles des chansons) puisqu’ils allaient dans le même sens, dans la même « thématique ». le disque sert aussi de B.O. à l’exposition puisque il est proposé à l’écoute avec des casques sans fil au début à l’entrée de la galerie.
Le fanzine fait écho à la fois à l’exposition et à la bande dessinée, il en reprend des éléments, mais reste plus énigmatique. Malheureusement, l’impression à été complètement ratée. En même temps l’opposition cheap du fanzine à la qualité d’impression du livre ou du poster a quelque chose d’assez drôle.
Quels sont tes autres projets de livre ou autre en ce moment ?
La revue COLLECTION sur laquelle nous travaillons depuis plus d’un an (avec Jean-Philippe Bretin, Vanessa Dziuba, Julien Kedryna, Marine Le Saout, Jean-Pierre Soares et Antoine Stevenot ) sort enfin ces jours-ci. C’est une revue qui tourne autour du dessin contemporain, de la bande dessinée, du graphzine… Le gros de la revue se compose d’entretiens avec des dessinateurs ou des éditeurs, avec l’idée de laisser beaucoup de place à la discussion, sans se placer en critiques. On voulait en savoir un peu plus sur les auteurs et ne pas faire une nouvelle compilation d’images muettes (que nous apprécions aussi pleinement. ) On y trouve des artistes confirmés, comme des jeunes auteurs ou dessinateurs. Au sommaire : Mathias Schweizer, Ludovic Boulard Le Fur, Christian Aubrun, Stéphane Prigent, Petra Mryzk et Jean-François Moriceau, Fanny Michaëlis, Charles Burns, Corentin Grossmann, Pimp My Life, Gerard Herman, Ricardo Lanzarini, Ruppert & Mulot…



1 commentaire
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19 mai, 2010 à 1:52
Francky 01
Interview très sympa. Sammy Stein : ces dessins, par leurs simplicités quasi naïves, leurs minimalismes, trouvent une force émotionnelles étonnante. Et j’aime bien cette tendance actuelle qui fait que les dessinateurs et les musiciens collaborent. Sorte d’œuvre d’art total, la musique et le visuel !
Moi qui suis grand amateur de pochettes de disques et de bd (rock’n'roll), je suis aux anges.
A + +