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Le dernier livre en date de Moebius est excessivement beau, une merveille dessinée comme dans un rêve et sans doute écrite au fil de la plume. Même pas besoin de lire, l’histoire coule et les planches les plus imposantes suffisent à emplir une vie. Seuls points faibles : une maquette de couverture assez décevante, notamment en quatrième de couverture, et une suite plutôt embarrassante de fautes de frappes et d’édition dans la préface de Jean-Pierre Dionnet (dont on se doutait bien qu’il était copain avec Moebius - ceux qui l’ignoraient l’apprendront dans son texte… ).


J’ai mis du temps avant de lire ce livre, mais il ne faut pas passer à côté. L’histoire est simple, tiendrait en deux lignes, mais son exécution qui emporte l’adhésion : un garçon nage et rencontre une fille dans la piscine, qui devient leur lieu de rencontre hebdomadaire. A partir de cette trame, Bastien Vivès décompose tout : les lieux (qui ressemblent à la piscine de la rue Pontoise à Paris), les gestes du nageur, la présence des corps dans l’eau, la naissance des sentiments amoureux. On est là dans une bande dessinée aux apparences minimalistes, qui dispose d’un temps long pour construire son récit, au sein duquel surgissent de légères harmoniques. Ce livre est pareil à une petite mélopée, un moment de grâce, qui laisse, tout à la fin, perplexe, l’oeil aux aguets, l’esprit ouvert.






Une nouvelle série américaine, dont les dessins, ou plutôt la méticulosité de la construction graphique, évoquent l’influence de Chris Ware. Mais il y a aussi autre chose, quelque chose de plus chaleureux peut-être. A vous de le découvrir.






C’est Frédéric qui me l’a conseillé et j’en ai trouvé un exemplaire quelques jours plus tard. Un livre comme on n’en sort plus vraiment : l’histoire est insaisissable, qui mêle des hermaphrodites, des corps adolescents transsexuels, un prêcheur délétère, des monstres absurdes, des viols au colt, des décors de science-fiction et de western spaghetti. Impossible et incroyablement têtu.

L’univers du Japonais Suehiro Maruo est assez envoûtant, souvent aux limites du trouble et des représentations plutôt extrêmes. Plusieurs de ses livres sont disponibles en français, édités dans la première moitié des années 2000, mais plus rien depuis deux ans, je crois. Il faut au moins lire ceux qui ont été édités par le Lezard Noir : www.lezardnoir.org


http://editionskaugummi.free.fr/gunk.html
Comme un comics entièrement passé à l’acide, idéal pour écouter Wolf Eyes en même temps.


Les éditions Delcourt ressortent The Poor Bastard de Joe Matt en VF, sous le titre Le Pauvre Type. Une lecture plus que recommandée, surtout si l’on s’intéresse à une catégorie assez particulière de mecs : ceux qui préfèrent être vaches avec leur copine, histoire de se faire larguer et pouvoir enfin profiter de leur collection de pornos difficilement amassée. Je plaisante, mais c’est à peu près cela qui se trame superficiellement ici. Mais aussi beaucoup plus : Joe Matt, en se scrutant le nombril, déploie des vérités sociales rarement dites et fait, surtout, beaucoup rire à la manière d’un Woody Allen graphique et obsédé par le porno.












Steve Ditko est un autre de mes héros, le créateur et dessinateur originel de Spider Man : les premiers épisodes, qui définissent entièrement le personnage sont de lui. Il est aussi, surtout, l’auteur d’autres comics, encore plus beaux, notamment des histoires de monstres ou de SF dans les années 50 ou encore des histoires de super héros torturés dans les années 70 et 80. Chacun de ses livres est sublimé par son sens graphique, alliant souplesse et démesure, débordement coloré et tenue impeccable. Ses personnages ne sont pas dessinés, ils dansent et opèrent des chorégraphies inédites ailleurs.


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On se remet difficilement de certaines lectures, même lorsqu’on n’est plus adolescent. Tomber sur un récit de Tatsumi, sans avoir été prévenu, peut induire des changements dans la manière même de percevoir le réel et le monde. Ses histoires, dessinées et écrites d’une main qui ne laisse jamais la place au superflu ni même au semblant d’explication, peuvent dérouter par la manière dont elles sont souvent construites. Elliptiques, elle frôlent le muet, mettent en scène des personnages démunis de toute joie de vivre, en plene lutte, souvent avec eux-mêmes, contre eux-mêmes. Tatsumi ne montre pas tant la société japonaise, que des êtres pris dans les stratifications de cette société-là, mais auraient tout aussi bien pu être ailleurs, souffrir ailleurs, mais souffrir néanmoins, toujours. Il y a quelques années, trois recueils assez beaux de ses histoires (Les larmes de la bête, coups d’éclat, chez Vertige Graphic) avaient été publiés en France, suivis aux Etats-Unis par trois autres livres, présentés chronologiquement (à partir de 1969) par le dessinateur Adrian Tomine et édités par Drawn & Quarterly. Dès fin août, un nouveau recueil sort en France publié par les éditions Cornélius, sous le titre l’Enfer. On y lit des histoires datant des années 70 (sauf une, plus récente - Tatsumi n’a jamais arrêté de publier) empreintes d’une extrême misère, d’un désespoir plus que saillant. Galerie de portraits d’êtres qui ne sont même plus en errance ni en attente, mais plutôt au seuil d’une disparition qui s’accomplit à mesure que l’histoire se déroule, l’Enfer est un de ces livres qui s’incrustent durablement dans les yeux et la tête et donne à penser le monde et sa propre position de lecteur tout à fait différemment. Les abandons et la folie qui s’y dévoilent ne sont rien d’autre qu’une proposition de changer vite de vie, ou alors de disparaître aussi comme les personnages de Tatsumi. Une postface de ce dernier éclaire en peu de mots tout ce qui se déroule dans le livre et pour quelles raisons l’oeuvre de Tatsumi est si empreinte de misère, de renoncement aux apparats d’un monde d’Apocalypse intime.


Chaque nouveau volume de la série Nécron, rééditée depuis 2006 par Cornelius, est une occasion de pleurer et rire de joie devant autant de liberté éditoriale, de liberté de ton, de liberté de parole et de mauvais goût. Le Tome 5, prévu pour fin août ne déroge pas à cette belle règle.
Petit rappel : Nécron est l’oeuvre de l’italien Magnus et la série avait été éditée une première fois, dans une version remontée, peu conforme à l’originale italienne, par Albin Michel - on avait pu en lire des passages dans l’Echo des Savanes vers le milieu des années 80. La version de Cornelius reprend le découpage italien typique des fumetti trash de l’Italie seventies : deux cases rectagulaires par page, un minimum de décors, beaucoup d’action, et pas mal de sexe. Nécron est peut-être l’expression ultime de ce genre un peu perdu (ou réservé aux taxidermistes passionnés). Magnus y pousse tous les curseurs à bout. Ses scénarios sont quasiment inexistants, ses intrigues tout à fait légères, ses personnages entretiennent toujours les mêmes rapports de violence et de domination, tournant autour d’une vision tout à fait sombre de la sexualité, toujours raccordée à un moment de douleur. Pas d’acte sexuel fécond ici : tout se fait dans la tension, le déni, le renoncement, le viol, le combat. Le tome 5 est exemplaire de tout cela. On n’y voit même plus Nécron, mort vivant monstrueux, copuler avec sa maîtresse démiurge et nécrophile. Ils n’en ont plus le temps, tellement ils sont pris dans un dédale d’aventures saugrenues, qui font rire tant elles semblent des pastiches de milliers d’autres situations classiques de la BD. Pour autant, au fil de la lecture, se noue une sorte de passion douce amère pour cette débauche de pornographie grotesque. On se prend d’affection pour le monstre, d’intérêt pour sa maîtresse comme s’ils étaient, après tout, les deux seules créatures admirables dans cet univers qui déborde de monstruosités en tous genres, souvent dissimulée derrière des apparences très humaines. Personne n’est épargné, le ton acide de Magnus renvoie directement aux critiques sociales acerbes des années 70, fait songer ici à la fois à Massacre à la Tronçonneuse et Idi Amin Dada. au-delà du rire, de la dérision, de la pornographie, Magnus dévoile un monde expressément oblique, dénué de sens et dans lequel la sensualité est inexistante. Le sexe s’y dévoile rugueux, une arme contre le monde.

Et relire surtout les histoires de Batman par Frank Miller (The Dark Knight Returns, Year One), Alan Moore (The Killing Joke - qui sous-tend tout le scénario du film), celles dessinées par Neal Adams (il y en a un paquet) et surtout la poignée dessinée par Marshall Rogers (RIP) dans les années 70 et écrite par Steve Englehart. Leurs histoires sont parues dans Detective Comics 471-478 en 1978 et ont été republiées quelques fois. Parmi elles, une des meilleures histoires de Joker : The Laughing Fish / The Sign of the Joker. Indispensable si le film vous a plu.



Difficile de faire plus lugubre et glauque que cette histoire d’un tueur dissimulé derrière l’identité d’un étudiant sage et dont la mission consiste à éliminer celui qui le loge. Ce qui est happant dans le récit, c’et la manière dont ce personnage central est peu à peu désinvesti de son rôle, de son identité même et asse d’un statut de tueur tout-puissant à celui de paumé total, qui se laisse avoir par toutes les filles qui couchent avec lui. La noirceur du trait, l’épaisseur de la matière dessinée, le rendu sec du récit sont d’impeccables hommages à Jim Thompson, l’auteur du roman original, et évoquent aussi l’atmosphère sombre de quelques grands livres publiés par les éditions Futuropolis dans les années 80, notamment ceux de Götting. Ce livre est paru chez Casterman, dans une collection commune avec Rivages Noir, qui adapte quelques classiques du roman noir.

Trouvé ce livre, récent, à Berlin avant-hier. Il a été dessiné par Atak, qui est une sorte de correspondant berlinois de Blexbolex, et dont on peut lire quelques très beaux livres en France via les éditions du FRMK. Récemment, d’ailleurs, Atak avait adapté pour eux un texte de Gertrude Stein (après avoir mis à mal Alice…). Kub est un joli livre court, tout en sérigraphie, qui donne l’impression, une fois en main, d’être unique et incroyablement fragile. Tout en sérigraphie, il a été dessiné dans le Jura (c’est loin pour un berlinois, ça, non ?) et décrit les objets d’une petite boutique surannée, tenue par une jeune fille tout aussi jolie et intemporelle que ce qu’elle vend. Il y a là beaucoup de délicatesse, de mélancolie, de temps qui passe.


Avant de publier son premier livre, sorti récemment, Nine avait fait plusieurs fanzines dont un où elle reprenait la figure de Linda Lovelace, célèbre actrice de porno qui avait contribué à populariser le genre dans les années 70 en jouant le rôle principal de Gorge Profonde / Deep Throat. Nine a repris Linda dans une bande dessinée en cours d’élaboration et dont les planches ci-dessus sont extraites.

En juin, trois dessinateurs américains, Jeffrey Brown, Anders Nilsen et Paul Hornschemeier, seront exposés à Paris dans la galerie Anne Barault. J’ai posé trois questions à Félicia Atkinson qui est la commissaire à l’origine du projet.
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> Comment avez-vous découvert ces trois auteurs et qu’est-ce qui vous a plu dans leurs univers ?
j’ai decouvert leur travail à la librairie Quimby’s dans le quartier de wicker park à chicago lors de mon premier voyage là-bas en 2005 c’est sans doute une des meilleures librairies du monde concernant la bande dessinée, il y a des nouveaux fanzines qui arrivent toutes les semaines, du plus élaboré au plus lo fi
le travail de chacun des trois chicagoans m’a d’abord interpellé personnellement:
jeffrey brown pour la simplicité des petites histoires qu’il raconte, leur aspect à la fois si intime et pourtant jamais vulgaire ni niais, anders nilsen, pour cette quête philosophique et sentimentale dans les béances du paysage et de la disparition de l’être aimé, paul horneschemeir dans l’espèce de dynastie qu’il continue post daniel clowes-chris ware-charles burns, où l’animalité et l’humain se confrontent à la recherche de leur identité et histoire
puis j’ai découvert qu’ils s’étaient regroupé sur un site sous le nom de The Holy Consumption, ce qui a confirmé mes intuitions qu’ils avaient quelque chose en commun
anne barrault, très gentiment, m’avait proposé de réaliser une exposition sur des artistes de chicago au retour de mon deuxième voyage qui avait duré six mois. Sa galerie s’interesse particulierement au dessin et à la bande dessinee, puisqu’elle represente des gens comme killofer, david b, ou jochen gerner. Je sais qu’elle est une vraie passionnée, qu’il ne s’agit pas d’un opportunisme d’époque mais d’un vrai amour du trait et de la bd
suite à cette proposition, j’ ai donc donné rendez vous dans le café Earwax aux trois dessinateurs, un “diner” à côé de quimby’ s, à Chicago, qui est aussi un excellent loueur de dvds, et on a commencé a parler du projet ensemble.
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> Pourquoi avoir voulu les exposer alors qu’ils sont avant tout des auteurs de livres et de comics ?
tout d abord car la question du passage d’une dimension à l’autre me préoccupe beaucoup autant comme artiste que comme “curatrice”
comme une boutade aussi: est ce que le vrai super héros ne serait pas justement celui qui passe de la 2eme dimension de papier à la 3eme dimension qui comprend l espace, surtout en ces temps de tout virtuel?
plus sérieusement, j’adore les livres tout court et tout autant les livres de bande dessinée, mais je ne crois pas que cette exposition les annule, au contraire elle permet de les mettre en valeur, de montrer la vraie qualité graphique de chacun d ‘eux, hors de toute narration jeffrey, anders et paul ont travaillé exprès pour l’expo et il y aura des dessins qu’ils n’auraient pas pu montrer autrement, notamment les grands formats d’Anders.
plus simplement, car je trouve que les dessinateurs de comics de chicago ne sont pas assez connus en france alors que leur travail est extraodinaire
> Quelles correspondances trouvez-vous entre leurs œuvres, qui semblent très distinctes et différentes ?
avant tout la question de l’identité, de la quête existentielle, pragmatique ou plus poétique, voire métaphorique; et puis celle du midwest : chacun, à travers ses personnages se met en scène dans des questions initiatiques, même si à chaque fois l’angle est différent:
comme les relations sentimentales (jeffrey)ou la filiation (paul), et comme l’ absence, l ‘errance (anders)
et puis chacun d’ entre eux avoue son attachement à la culture du midwest et à chicago, une ville au climat très rude et à l’architecture parfaite pour batman, mais aussi entourée de petites maisons et de suburbs, qui a sa propre histoire, faite de culture underground et de mouvements politiques, et en même temps, c’est une ville pétrie d’une mentalité assez paysanne, celle du midwest et des champs immenses qui l’entourent.
http://www.galerieannebarrault.com/midwest/midwest_fr.html

Je ne peux pas dire grand chose à propos de l’oeuvre de Dupuy-Berberian, qui ne soit pas biaisé par l’amitié que j’ai pour eux. Cela dit, je sais reconnaitre un bon livre d’un mauvais, quel qu’en soit l’auteur - les mauvais tombent lourdement des mains et les autres filent trop vite alors que l’on voudrait qu’ils s’attachent éternellement à nous.
En ce sens, les livres du duo m’ont toujours marqué et servi même de repères, très souvent stylistiques, et plus souvent encore humainement. Ce qu’ils racontent, c’est bien des bribes de vie, des bouts d’instants et de moments comme capturés sur le vif. Mais un vif très bouillant, qui fait incroyablement écho au réel.
Leur Boboland est un vrai bijou d’observation participante (comme on dit en sciences sociales) : ils regardent, s’immiscent, observent, font partie du paysage à la manière d’un ethnologue, et en restituent les contours, les apparats, les jeux, les interactions. Je lis Boboland ainsi : un précis d’observation des années récentes, des populations parisiennes des années 2000, et j’y entends un écho tendu vers leur série en suspension Monsieur Jean. Ou plus exactement, comme Monsieur Jean explorait des parties de la ville, mises en rapport avec des personnages et des émotions (notamment dans le très beau Vivons heureux sans en avoir l’air), Boboland dissèque un Paris anomique dans lequel les repères sont perturbés, disloqués, dans lequel la politique semble avoir perdu sa place et où l’individu ne veut rien d’autre que primer, être seul au monde.
Tout cela était en filigrane dans d’autres de leurs livres, mais ressort ici avec une force et une violence sourde rarement vus dans un livre récent et sans doute permis par le fait qu’il n’y a plus ici de personnage central, ou même de flopée de personnages auxquels il faudrait s’attacher. Ni les auteurs, ni le lecteur ne s’attachent dans Boboland aux personnages qui y passent, et du coup, le livre se dévoile étonnant de tension, d’énervement, presque de poings levés à la face du monde. Et témoigne aussi par moments, dans certaines cases, d’une immense tristesse contemporaine : celle des gens seuls. dont Dupuy-Berberian ne montrent plus la théorie mais bien la pratique. Et ils triomphent réellement ici, parce qu’ils parviennent à montrer toute l’ambiguïté d’une époque, toute la cruauté d’un monde qu’on ne peut plus, qu’on ne veut plus, imaginer autrement que finissant.

Il y a là-dedans beaucoup de choses sur le rock et l’adolescence, comme un mélange entre Gus Van Sant et un slasher mou. Ou quelque chose dans le genre. Publié par Buenaventura Press.





Plusieurs livres ces jours-ci, encore plus enthousiasmants que d’habitude (si possible).
Dans le désordre, il y a deux incroyables livres dessins. Celui, juste parfait,
de Charles Burns, édité par Stéphane Blanquet. On y retrouve des dessins rares de Burns, jamais rassemblés ainsi. Le grand format, le noir et blanc, la profondeur de l’encre : tout contribue à recréer l’atmosphère typique des livres de Burns, tout en ayant l’air d’être ailleurs aussi. Il y a ici des travaux de commande qui lorgnent vers un univers plus pop, et surtout quelques hommages assez poignants, comme le dessin de couverture, inédit, qui est une relecture de Tintin. Sa puissance quasi psychanalytique, son détournement de l’univers d’Hergé, méticuleusement reproduit mais aussi savamment piraté dans ses détails mêmes, donne juste envie de lire le plus vite possible la prochaine bande dessinée de Charles Burns.
L’autre livre de dessins, c’est le Lucifer Rising d’Hendrik Hegray, tout à fait à l’opposé des manières de Burns, puisqu’il n’y a, apparemment, presque pas de représentation narrative chez HH. En tout cas, ce livre-ci est une collection de dessins récents (vus à son exposition Bleu Holocauste à la galerie France Fictions il y a quelques semaines à Paris), qui témoignent d’une abstraction résolument tenu, mais qui laisse par moments entrevoir des comme des apparitions du réel, en plein psychédélisme. Il y ainsi, au milieu de figures faussement géométriques mais vraiment perturbantes, en couleurs de feutres bruts, des surgissements soudains de visages, de bouts de sexe, d’images reconnaissables. Lucifer Rising : le titre évoque le cinéaste Kenneth Anger, mais aussi la musique du film du même nom, faite par Bobby Beausoleil (tandis qu’il était, je crois, en prison : on ne s’acoquine pas avec Charles Manson impunément…). Sans préciser s’il s’agit d’une relecture de l’une et / ou de l’autre oeuvre, le livre de HH produit le même effet de confusion des sens, de célébration instantanée du dérèglement du réel.
Plus classiques, quelques autres livres, tout à fait aussi beaux et importants. Celui de Thomas Ott, d’abord. Muet, mais d’une étonnante clarté de lecture, il évoque l’univers des polars désenchantés des annes 40 et 50. L’Amérique qui y est dépeinte est celle des hommes sans avenir, sans horizon et qui se perdent au détour d’un égarement. Et sans doute est-ce cela qui intéresse dans la lecture de ce livre : la manière dont Ott montre comment l’intérêt d’une vie réside dans les rares moments de folie obligatoire. Tout est écrit, semble-t-il dire. Mais, ce qui est écrit, aussi tragique qu’il soit, n’est jamais que le résultat de moments de dérèglement, d’illusions sur soi, sur le monde. Car, même dans un ordonnancement parfait, il reste de la place pour un grain de folie.
Eric Veillé, ensuite, est une découverte : ce petit livre est une succession d’historiettes, qui ne sont ni des gags, ni des récits de vie, mais une étonnante synthèse des deux. Veillé est symptomatique d’une nouvelle génération d’auteurs, très inspirés par les manières géniales de Pierre La Police. Mais sa force, au-delà de l’humour, réside ailleurs : dans le fond de mélancolie que l’on sent bien poindre chez lui, dans chacun de ses récits. Un vrai talent qu’il faudra bien suivre tout en guettant les autres enfants de Pierre la Police.
Il y a aussi le beau livre du jeune Manuel, que quelqu’un a déjà qualifié de musique concrète en BD : c’est exactement cela et c’est juste parfait. Je ne saurais en dire plus.
Enfin, les Ruminations de Frederik Peeters : compilation imposante en 150 pages d’histoires publiées dans des revues ou des magazines. On y voit bien l’évolution de Peeters, l’épaississement progressif de son trait, son hésitation entre le noir et la couleur, son aisance graphique et narrative, sa propension naturelle à se mettre en scène dans des situations assez désopilantes, à la limite de l’embarras, mais toujours, finalement, bien tournées. Rien que pour la couverture, parfaitement frappante, ce livre vaut le détour.
La page 12 de l’album L’Affaire Tournesol vient d’être donné par veuve d’Hergé au Centre Pompidou, en remerciement de l’exposition qui y avait eu lieu l’an dernier pour le centenaire de l’auteur. Cette donation constitue une nouvelle étape dans l’historiographie d’Hergé, que ses héritiers imposent de plus en plus comme un artiste pop, à la manière d’un Warhol - ce qui a pour effet d’oublier les questions les plus intéressantes liées à son travail et relatives à la pratique même de la bande dessinée. Hergé au musée, par l’intermédiaire de ses originaux, c’est un peu le glas de la BD, qui en devient un objet figé. Mais, la chose n’est pas aussi simple : le site du9.org estime que la présence d’une planche (assez inestimable) d’Hergé à Beaubourg faciliterait l’ouverture dans ce musée d’un département consacré à la bande dessinée dont on espère qu’il soit fait avec intelligence, c’est à dire avec une ouverture sur le genre incluant à la fois un regard sur son histoire et une perspective sur son présent, une prise en compte de la diversité de ses sous-genres et une réflexion sur la manière dont on peut exposer, montrer, dévoiler, la bande dessinée au-delà de son support initial imprimé.

Une biographie de wilhelm Reich, par un américain encore méconnu, Elijah Brubaker. Trois numéros déjà parus, mais je n’en ai lu que deux pour le moment, incisifs, drôles, acides, précis, sensibles. De quoi se passionner pour ce personnage controversé et auquel William Burroughs, déjà, avait consacré du temps.
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Massimo Mattioli - B Stories (L’Association)
Incroyable compilation d’historiettes de la fin des années 80, parues à l’origine dans le mensuel italien Corto Maltese. Mattioli est aux limites entre le pop art, la ligne claire, l’abstraction narrative. Les peintures de David Hockney, qu’il cite par moments, ne sont pas loin. L’esprit de Charles Burns non plus. Celui de Brian De PAlma (époque Body Double) est un peu partout, tout comme celui des EC Comics des années 50. Rien à jeter, tout à apprendre de ce livre qui est une réussite graphique, narrative, esthétique. Encore sous le choc de cette lecture essentielle : plus on avance dans le livre, plus les histoires se dévoilent fortes, incisives, délirantes.

Art Spiegelman - Breakdowns (Casterman)
En anglais, Breakdowns veut dire aussi bien “dépressions” que “crayonnés”. Et ces deux sens disent tout de ce livre, réédition augmentée d’un ouvrage de jeunesse paru en 1978 dans lequel Spiegelman compilait déjà des premières BD de recherche narrative et graphique. Mais ce qui passionne surtout ici, c’est la préface et la postface, qui sont des formes d’autobiographie : la première en BD et la seconde en texte illustré. Spiegelman s’y dévole et montre bien aussi qu’il est, depuis sa revue RAW, un passionnant théoricien de la bande dessinée contemporaine.

Emmanuel Guibert - La Guerre d’Alan (L’Association)
Troisième volume de cette biographie d’un homme ordinaire, qui, entre l’Amérique et l’Europe, se lit à la manière d’un témoignage sur ce qu’était la vie dans les années 50, 60, 70. Entièrement différente de celle des années 2000 : ne serait-ce que par le rythme, bien plus lent, bien moins frénétique. Et Guibert, rappelons-le, dessine et conçoit ses pages comme personne d’autre : on est ici entre la ligne claire, la photo et la gravure. Absolument indispensable à lire, si l’on est un minimum intéressé par la bande dessinée.

Gary Panter (Picturebox)
Pas de la BD, mais juste le plus beau livre que j’ai eu entre les mains ces dernières années : deux volumes qui reprennent plus de trente ans de carrière de Gary Panter. Qui est Gary Panter ? Juste un des plus importants dessinateurs américains, copain de Matt Groening (il a été une influence majeure pour les Simpsons), de Charles Burns, auteur d’un personnage archétypal du punk, Jimbo, directeur artistique de la série Pee Wee Herman, créateur de pochettes de disques, etc. Cette anthologie est double : un premier volume remet en scèe tout son parcours, depuis les affiches punk des années 70 jusqu’aux dessins et peintures plus récents. Une merveille visuelle. Le second est plus intime encore puisqu’il reproduit de manière magistrale des pages
des carnets de dessins de Gary Panter : on y voit l’évolution du dessinateur, ses obsessions se forger, se construire, disparaitre, réapparaitre. Un travail de titan, orchestré par Dan Nadel (et sa maison PictureBox), devenu en peu de temps l’un des éditeurs les plus intéressants et motivants depuis des lustres.

Nine Antico - le Goût du Paradis (Ego comme X)
Autobiographie d’une jeune fille, dont j’ai déjà parlé par ici. Etonnant, volubile, évidemment scabreux et insidieusement freudien.

Miles O’Shea & Olivier Deprez - Black Book Black (FRMK)
Court livre de gravures noires, qui récapitule une performance des auteurs, qui se déroule toujours dans une biliothèque et durant laquelle ils réalisent et impriment un livre noir aux pages noires. Ici, ils ont laissé échapper de la lumière au milieu de leur encre sombre et le livre est un petit trésor légèrement saturé, qui se regarde comme une collection d’images soudain surgies de la mémoire - mais d’une mémoire dont on ignorait l’existence même.
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Doublebob - le chat n’a pas de bouche vous aime beaucoup (FRMK)
Autre petit livre du FRMK, au titre assez taré, qui sortirait presque de Duchamp. Cette petite bande dessinée muette évoque le travail de Dominique Goblet et, surtout, se regarde et se lit comme un précis de décomposition de soi : comme une drogue douce qui devient subrepticement plus dure, rocailleuse presque.
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François Ayroles - Les Amis (L’association)
Mort de rire : le ton acide d’Ayroles sied à merveille à ces petits fragments de vie qui naviguent entre le réalisme et l’absurde : toutes ces choses qu’on n’ose pas dire à ses amis et qui relèvent de la psychanalyse sont là, décryptées, déclinées, utilisées comme autant d’éléments destinés à réinventer le monde, à dénouer les fils tordus des relations non sexuelles.

Cyril Pedrosa - Autobio (Fluide Glacial)
Après son troublant et sombre Trois Ombres, Cyril Pedrosa livre ici une série de vignettes autobiographiques, colorées et plutôt drôles, qui mettent en scène les penchants écolo de l’auteur : le “green” est à la mode, mais il y a chez Pedrosa beaucoup de sincérité et un questionnement personnel, notamment autour de son identité.


Kazuo Kamimura & Hideo Okazaki - Le Fleuve Shinano (Asuka)
Excellente série japonaise, belle à pleurer, qui mêle habilement contemplation, rêverie et tensions.

En attendant celui de Sege Clerc, revoici le Spirou de Chaland : l’éditeur belge Champaka, qui avait édité en 1990 la belle version double de Coeurs d’acier (l’aventure de Spirou par Chaland, inachevée), réédite cette histoire assez sublime dans une version nouvelle, en un seul volume. Et profite aussi de l’occasion pour sortir un livre en hommage à Chaland, rempli de témoignages d’auteurs et personnalités l’ayant connu ou lui étant redevables d’une manière ou d’une autre. Nous sommes tous des enfants de Chaland. Et de Spirou.
L’autre bonne nouvelle, c’est la réédition de trois livres de Chaland en un seul : Freddy Lombard 1, qui reprend le testament de Godefroid de Bouillon, le cimetière des éléphants et le sublime Comète de Carthage. Tout cela, pour coïncider avec Les Rencontres Chaland qui auront lieu en septembre à Nerac, ville natale du dessinateur disparu.


J’étais sur le plateau de l’émission Tout Arrive de France Culture pour parler de bande dessinée. Dans la première partie de l’émission, nous étions trois critiques, Laure Garcia, Pascal Ory et moi, autour d’Antoine Guillot, pour évoquer La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert, Breakdowns d’Art Spiegelman et Filles Perdues d’Alan Moore & Melinda Gebbie. Ensuite, discussion avec Jochen Gerner pour son revigorant Contre la Bande Dessinée et Emile Bravo qui vient de sortir un assez génial Spirou - dont il nous a dit après l’émission qu’il aurait peut-être une suite.
Vu la tenue du premier, impeccable d’intelligence, j’ai hâte de voir comment il pourrait en faire une suite. Jochen Gerner a lui aussi quelques projets en cours, dont un carnet de dessins faits dans le TGV, intitulé A Grande Vitesse et prévu chez l’Association.
L’émission peut être écoutée là :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutarrive/fiche.php?diffusion_id=62144


Quatrième volume de la réédition de cette fabuleuse série italienne, qui met en scène un Frankenstein moderne et crétin, doté d’un sexe démesuré et d’envies bestiales, créé sur mesure par une maîtresse nécrophile, qui ne prend son pied qu’avec des cadavres. Décrit ainsi, c’est presque glauque. Mais à lire, c’est incroyablement déjanté, fou, vaguement crétin. Et le trait de l’auteur, Magnus, est impeccable, empli d’une clarté incisive. Surtout, toute cette série tourne autour de l’idée de transformation des corps, de sexualité déviante et de physiques métamorphosés : on ne reste pas longtemps vivant, on ne garde jamais sa forme originelle et seuls les corps de Nécron et sa maîtresse demeurent inchangés, traversant les histoires sans dommages corporels. En quelque sorte, il y a dans cette métamorphose perpétuelle comme des échos annonciateurs des oeuvres de Charles Burns, elles aussi obsédées par les modifications, les métamorphoses, les monstruosités en devenir.
Sur le site de l’éditeur, Cornéius, j’ai trouvé cette photo des volumes italiens originaux :

www.cornelius.fr


Gary Panter a dessiné les cinq premières pages du septième numéro de cette reprise d’une série seventies de la Marvel. Comme du Jack Kirby primitif, sous acide.


Emile Bravo est un auteur de bande dessinée plutôt discret mais dont la série “Les épatantes aventures de Jules” vaut le détour, par sa manière de conjuguer explicitement des questionnements modernes avec un ton résolument classique, emprunté à la bande dessinée des années 50 - comme un mélange de Jijé et Sfar : formule assez idéale. Le Spirou qu’il vient de faire (et qui sort dans quelques jours après avoir été pré-publié dans le journal du même nom) relève lui aussi de cette pratique dédoublée, entre le classicisme et le contemporain. Inscrit dans une suite de hors-séries, confiés à chaque fois à un auteur, son Spirou, le Journal d’un Ingénu donne envie d’en lire bien plus sur ce personnage. Et cela parce que Bravo est le premier, depuis Chaland (et donc depuis Franquin), à remettre de la complexité dans Spirou, qu’il inscrit dans une époque, celle des années 30 finissantes, et un lieu, la Belgique, qui attend la guerre et les nazis. Mais aussi la Belgique du Petit Vingtième, revue qui publie les aventures de Tintin - celles-là même que le jeune groom Spirou lit assidument comme n’importe quel autre petit belge de l’époque. Et la force de Bravo est bien là : il parvient à situer son personnage dans un continuum historique mais aussi littéraire et culturel, tout en fournissant une explication à son éternel habit de groom. Oui Spirou est un vrai groom, et il est tellement fauché qu’il ne peut s’habiller autrement. Et il devient plus réel que Tintin, puisque ce dernier est un personnage de BD. Tour de force : Bravo réussit même à habiller Spirou en Tintin, le temps d’une séquence assez drôle et méchante. Jouant avec les références et l’époque, son livre est aussi empli d’une touche très cinématographique qui évoque en creux quelques grandes comédies fines des années 30. Il y ainsi chez lui un peu de Lubitsch, dans la façon de saupoudrer les détails et de jouer avec les situations, les faisant osciller entre le drame et le rire, mais sans jamais les faire exploser dans un seul sens. Tout est question d’équilibre, de justesse de ton. Ce Spirou est le meilleur depuis des années : celui qui ne se fout pas de ses lecteurs, qu’il tient de bout en bout, et encore moins de son personnage - le groom n’a jamais été aussi bien (mal)traité.


Gamin, je lisais des bandes dessinées tous les jours. Et chaque semaine, je recevais le journal de Spirou. C’était au début des années 1980 et je garde un souvenir vif des numéros de ce magazine qui comportaient un strip dans ces premières pages mettant en scène un Spirou différent de celui que je connaissais, qui avait l’air à la fois très moderne et très suranné. Ce strip était dessiné par Chaland et je ne m’en suis jamais vraiment remis, admirant cette histoire à l’intrigue inachevée et qui est longtemps demeurée inédite en album. J’en avais même acheté, en arrivant à Paris, une édition pirate, photocopiée, que je garde encore et toujours. Depuis, l’histoire a été reprise dans des albums : dans une double édition officielle, posthume, de luxe, introuvable sinon à un prix prohibitif.
Et je viens d’apprendre quelque chose (un scoop !) d’assez réjouissant : Serge Clerc va, à son tour, faire une histoire de Spirou, scénarisée par Jean-Luc Fromental. Evidemment, je pense au Spirou de Chaland. Et immédiatement aussi, j’ai hâte de voir ce que Serge Clerc va faire du personnage, ce que Fromental, qui a merveilleusement mis en scène la vie d’Hergé dans son Les Aventures d’Hergé (avec Bocquet et Stanislas), va faire à l’histoire. Pas simple, bien sûr, de reprendre un personnage aussi iconique, qui s’impose d’emblée à l’auteur, à la fois par son histoire chargée et par le cahier des charges de son éditeur. Floc’h, par exemple, m’avait dit lors d’un entretien, avoir refusé plusieurs fois de reprendre la série des Blake et Mortimer de Jacobs. Pour son futur Spirou, Serge Clerc dit que l’éditeur lui a proposé de faire ce livre après avoir vu quelques dessins inédits de lui refaisant le personnage et lui laisse toute latitude. Tant mieux. Quelque chose me dit que son Spirou pourrait avoir un air de Bauhaus. Ou pas. Je suis en tout cas impatient de le découvrir et j’espère qu’il ne mettra ni autant de temps ni autant de souffrances que pour faire son récent et fabuleux Journal. Et même si ce livre ne sortait pas avant deux ans, il serait une des plus belles façons, sûrement, de terminer les années 2000 et d’entamer les suivantes. Hâte, hâte, hâte.
Il n’y avait pas meilleur candidat pour cette reprise (même si le Spirou d’Emile Bravo, qui sort ce mois-ci, est une grande réussite) : Serge Clerc m’a appris il y a quelques jours qu’il allait dessiner une histoire de Spirou, écrite par Jean-Luc Fromental. L’éditeur, Dupuis, lui aurait confié la mission après avoir vu quelques-uns de ses croquis mettant en scène le personnage. J’ai hâte de lire cela, même si l’entreprise peut être périlleuse et prendre du temps.

Nine me parle de ce livre depuis quelques mois déjà, quelques années peut-être et l’autre matin, j’ai souri en la voyant sur l’antenne de la Matinale de Canal +. Heureux pour elle et son éditeur.
Je lis son livre, en y trouvant des indices sur sa vie, puisqu’il s’agit d’une autobiographie (comme tous ce qu’édite Ego Comme X). Mais, en le lisant, ce qui me passionne surtout, ce sont les interstices qu’elle laisse comme vides, les absences et les manques, qui creusent son récit et en font autre chose qu’une narration égotiste où elle ne raconterait que sa vie, agrémentée de références d’époque (NTM, Téléchat, etc.).
Il y a bien sûr là-dedans un sentiment d’appartenance à une génération et un autre, aussi, de partage des mêmes expériences - et cela même si j’ai 10 ans (au moins) de plus qu’elle : je comprends ce qu’elle vit parce que je l’ai sans doute vécu aussi. Il y a aussi, surtout, l’idée furtive que l’on n’est jamais complètement soi, que l’on est toujours en recherche d’un lendemain idéal et d’une meilleure compagnie que celle de l’instant présent. C’est l’ailleurs qui compte et cela se reflète bien dans ses compositions, son rythme, sa mise en scène : on a hâte de tourner les pages, de deviner ce qui arrive, d’être déjà au bout du récit pour en imaginer la suite. Ce sont ses non-dits, ses jeux de devinettes, et tout ce que ce livre permet d’imaginer de sa vie, qui donnent à son Paradis tout son goût.





