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Le livre est publié par En Marge. Rempli de dessins sauvages et minimalistes. J’ai écrit la préface, demandée par l’éditeur et l’auteur. Merci à eux, le livre est vraiment beau.

Le dernier livre en date de Moebius est excessivement beau, une merveille dessinée comme dans un rêve et sans doute écrite au fil de la plume. Même pas besoin de lire, l’histoire coule et les planches les plus imposantes suffisent à emplir une vie. Seuls points faibles : une maquette de couverture assez décevante, notamment en quatrième de couverture, et une suite plutôt embarrassante de fautes de frappes et d’édition dans la préface de Jean-Pierre Dionnet (dont on se doutait bien qu’il était copain avec Moebius - ceux qui l’ignoraient l’apprendront dans son texte… ).

Un nouveau petit livre de Stéphane Prigent, Kerozen, aux éditions du 57. Pas besoin d’en parler, il suffit de le regarder et de le confronter aux autres livres de l’auteur : voici une nouvelle pièce ajoutée au puzzle. Qui a la beauté et l’élégance d’être infini.

L’univers du Japonais Suehiro Maruo est assez envoûtant, souvent aux limites du trouble et des représentations plutôt extrêmes. Plusieurs de ses livres sont disponibles en français, édités dans la première moitié des années 2000, mais plus rien depuis deux ans, je crois. Il faut au moins lire ceux qui ont été édités par le Lezard Noir : www.lezardnoir.org

Deux nouveaux livres de Frédéric Fleury édités par Kaugummi : Capable du Pire (réédition d’un livre auto-publié) et L’Elégance, qui reprend une série de dessins récents. De l’un à l’autre, se joue un passage à l’ascèse, au retrait des éléments décoratifs pour aller vers l’essentiel du trait et du mouvement des corps. A y regarder de près, les personnages de Fleury ne sont ni des caricatures, ni des sketches. Ils sont une évolution un peu mutante (presque envie d’écrire : malade, mais ce n’est pas exactement ça) des cartoons les plus familiers. Il y a là comme une réécriture de Mickey et j’imagine bien Walt Disney s’essayant dans ses moments les plus fous à de tels dessins pour tout de suite se censurer lui-même. Il faudrait voir tout cela en dessins animés, imaginer l’univers de Fleury à la télévision. Nos enfants le mériteraient, non ?

http://editionskaugummi.free.fr/

Ces dernières semaines, l’éditeur Kaugummi a sorti quelques beaux petits livres. Il y avait celui d’Andy Bolus, fait de collages et détournements, déjà mentionné et montré ici. Dans la foulée, il y a aussi eu un livre assez démentiel de Kerozen, Geometric Pollution, et un autre, comme un split, entre Jonas Delaborde et Andres Ramirez, Condor Dust. Les deux livres font l’objet d’une exposition assez splendide et très fournie à la librairie Le Monte en l’Air, du côté de Ménilmontant. On y voit les originaux et ceux du livre de Kerozen sont assez fabuleux, comme tressés dans une encre noire tout en densité. Très complexes, contenant des fractures, des cases, des superpositions faites en une seule page, ces dessins de Kerozen évoquent une sorte de version démente des dessins psychédéliques de Steve Ditko, n’en retenant que les aspects les plus viscéraux et irréels comme un dub qui déshabille un morceau pour mieux le rhabiller.

Condor Dust est tout à fait différent. Il mêle des images de Jonas Delaborde avec celles d’Andres Ramirez. Confrontation, face à face, mélange et regards : il y a là aussi comme quelque chose de musical qui se joue, de très cinématographique aussi, qui met en scène une sorte de fascination pour les ruines, pour la géométrie décatie. Le titre semble le dire : Condor Dust, poussière de condor - comme une tentative de saisir la fin d’une civilisation, ou plutôt ce qui vient après le désastre.

L’exposition dure jusqu’au 26 octobre. www.myspace.com/lemontenlair

http://editionskaugummi.free.fr/
http://www.myspace.com/faisletoimeme
http://www.myspace.com/jonas_france

http://editionskaugummi.free.fr/gunk.html

Comme un comics entièrement passé à l’acide, idéal pour écouter Wolf Eyes en même temps.

Platement reproduite ici, cette couverture ne montre pas du tout la beauté réelle de ce livre. Fait pour les enfants (à partir de 3 ans), mais incroyablement adulte, il est empli de portraits tout en contrastes, en couleurs célestes, saisissant d’un bout à l’autre de sa confection, qui évoque la façon dont étaient conçus et fabriqués les livres de dessin américains, mais invoquant aussi les échos Hergé et Richard McGuire. Tout y est vivant, comme si chaque exemplaire était unique : on va adorer voir ce livre se patiner dans la bibliothèque et le manipuler, le regarder le plus souvent possible.

Plus d’infos par là : http://lesensfigure.fr/

Du 14 septembre au 5 octobre, exposition Japon Parano avec Daisuke Ichiba et quatre autres dessinateurs japonais sélectionnés par lui, à la librairie Le Monte En l’Air, Paris.

www.myspacecom/lemontenlair

Je suis impressionné par la force des dessins de Namio Harukawa, qui ont quelque chose d’extrêmement malsain et laid, kitsch et drôle, à la limite du moche, du dessin de brocante. Le dessinateur Stéphane Blanquet vient d’en sortir un impressionnant volume via sa maison d’édition United Dead Artists, dans le même format que son précédent et très beau Burns. Son titre: Callipyge. On y voit une succession de femmes assez rondes et voluptueuses assises sur la face d’hommes qui paraissent lilliputien en comparaison. Des scènes qui sont tirées de la vie quotidienne (une conversation entre copines) ou de moments plus intenses (en prison, un étron dans la bouche ?) et donnent une vision des rapports humains violents mais désopilants tant le dessinateur accumule d’incongruités gratuites. Son monde est bien fondé sur un érotisme acide, qui use de clichés SM pour aboutir à une succession d’images qui sont entre la vivisection porno proto chic d’Eric Stanton et les comics bruts et brutaux des années 50, avant la censure. Les hommes, en tout cas, y ont toujours, à chaque image, la tête dans le cul.

Steve Ditko est un autre de mes héros, le créateur et dessinateur originel de Spider Man : les premiers épisodes, qui définissent entièrement le personnage sont de lui. Il est aussi, surtout, l’auteur d’autres comics, encore plus beaux, notamment des histoires de monstres ou de SF dans les années 50 ou encore des histoires de super héros torturés dans les années 70 et 80. Chacun de ses livres est sublimé par son sens graphique, alliant souplesse et démesure, débordement coloré et tenue impeccable. Ses personnages ne sont pas dessinés, ils dansent et opèrent des chorégraphies inédites ailleurs.

Le livre s’intitule Wacky Packages, et il reprend l’intégralité de séries de cartes à échanger éditées par la marque Topps dans les années 60 et 70. Topps faisait surtout dans les cartes de baseball, mais cette série propose tout autre chose : des détournements de marques connues, dans un esprit plutôt taré, inspiré par ce que faisait le magazine Mad. D’ailleurs, certains dessinateurs de Mad sévissait chez Topps. C’est ce qui avait conduit le jeune Art Spiegelman à entrer en contact avec Topps, dès l’âge de 14 ans, pour commencer à y travailler vers 18 ans. Tout cela Spiegelman le raconte en préface à Wacky Packages, livre assez délirant et vraie petite leçon de graphisme déviant.

http://www.flickr.com/photos/frederic_fleury/

(Promis, je ne touche rien sur les ventes)

Après avoir vu le portrait de Burroughs sur ce blog, Charles Burns m’en a renvoyé une version remixée avec un dessin de Gary Panter, saisissant.

Leur prochaine exposition aura lieu à L.A.

Le livre d’où sont tirées ces images s’intitule Monstres et il vient d’être publié, en sérigraphie, par le Dernier Cri. 200 exemplaires seulement. Ce qui est peu pour un américain de la trempe de Mat Brinkman : son univers peuplé de monstre est idéal pour les livres remplis de feedaback colorés du Dernier Cri, tout en plis, comme en rhizomes même. Livre de l’année ? En tout cas, livre de dessins de l’été, forcément caniculaire.

Depuis que j’ai découvert son premier CD l’an dernier à Marseille, sous une pochette sérigraphiée par le Dernier Cri, je guette les tentatives discographiques de Bex. Et là, je suis très heureux de découvrir que son nouveau disque, tout en bruits et en fureurs lentes, est enveloppé du plus bel écrin : un livre de ses dessins sérigraphiés, édité à 200 exemplaires et trouvé en même temps que celui, encore plus éblouissant, de Mat Brinkman. Il y a là comme une parenté dans la monstruosité, les mutations, les dessins devenus comme radioactifs - je reparlerai de celui de Brinkman dans un prochain post. En attendant, la musique de Bex est
un idéal négatif pour la saison : tout en boucles de guitares, oraisons rauques, échos distants, instincts caverneux. Installé à Marseille (tout comme l’excellent shoegazer Alcest est situé quelque part vers Avignon je crois), Bex donne envie, tout comme le Dernier Cri, de retourner se frotter à cette ville, tout contre, tout contre.

J’aime la matière même des dessins de Jonas, leur aspect dégoulinant et solide, minéral et organique. Il y a l quelque chose de décati et d’absolu, comme la faillite de l’homme mise en jeu. Dans ces paysages, je ne vois personne à part lui. je le devine et j’ai hâte qu’on lui consacre un grand livre, digne de lui. J’ai hâte aussi de lire un livre consacré à toute cette bande de dessinateurs parisiens, Jonas, Hendrik Hegray, Shoboshobo, Kerozen, etc. auteurs de dessins bruts que j’ai toujours envie de qualifier de “noise” - du noise drawing ?

Mais je n’y ai pas vu ces deux images. Et je n’y ai rien vu de Bruno Richard ou “Elles sont de sortie” non plus. Aperçu le nom de Pascal Doury marqué quelque part. Mais, il y avait trop de monde et j’ai sans doute raté beaucoup de choses. J’y retournerai plus calmement en espérant qu’Yves Adrien, fourrure sur la tête, ait été là en simple visiteur et pas en tant qu’oeuvre exposée. Cela dit, c’est la première exposition vivante que je voyais : presque tous les visiteurs du vernissage auraient pu être accrochés au mur. A se demander qui regardait l’autre : les oeuvres ou les invités ?

En attendant la publication de son livre de 700 pages par Picturebox. www.garypanterbook.com

www.stumead.com

Difficile de ne pas succomber au charme de ce petit livre, acheté hier (chez Bimbo tower à Paris, qui venait d’être livré). Difficile, déjà, parce que j’apprécie le travail de Frédéric Fleury, l’un des deux auteurs. Difficile, surtout, parce que les livres à plusieurs, où les auteurs se mélangent, m’interpellent par ce qu’ils disent à la fois de l’absence de l’ego, de la refonte des personnalités et de l’apparition d’une entité inédite, composée par l’addition des auteurs, et qui est, toujours, un peu plus qu’une simple accumulation ou une juxtaposition. Ici, ce qui se joue, c’est l’idée du dessin à plusieurs, comme le pratiquent déjà tous les dessinateurs qui gravitent autour des éditions fais le toi même si t’es pas content (FLTMSTPC), comme Hendrik Hegray, Jonas Delaborde, Kerozen, Shoboshobo. Fleury n’est pas très loin de cet univers, puisque, tout comme ces derniers, il fait partie, et est même un des fondateurs/instigateurs, de Frédéric Magazine (site et série de livres de dessins).

Ink in link séduit par une sorte de complexité naïve : les dessins semblent ici sortir d’une mise en commun de cauchemars, de fantasmagories hallucinées. Les corps, les figures, les objets : tout cela dégoûline, se dévoile difforme et hors de toute nature connue. Il y a ici, étonnamment, quelque chose qui évoque les travaux de Shoboshobo et Jonas Delaborde. Des échos, des renvois, des citations : il existe en France, désormais, une vraie petite scène de dessinateurs dont l’activisme, l’énergie, la rage même, font songer à un ensemble de groupes de rock en plein bouillonnement. Aujourd’hui, pour être un vrai punk, il faut dessiner.

Photos prises pendant une performance à la galerie éof (Paris) durant une soirée organisée par les Inrockuptibles dans trois lieux parisiens sous le beau titre de “Parcours vite et reviens tard“. Les dessins d’Hendrik Hegray, Kerozen, Jonas Delaborde, Mehdi Hedberg (Shoboshobo) étaient bêtement renversants. Dans un autre lieu, il y avait, plus sage, l’anglais Ryca, dont les toiles, très influencées par un autre anglais, Banksy, sont à découvrir par ici :www.ryca.net


Difficile de faire mieux que cet objet improbable, unique. De quoi s’agit-il ? D’une revue éditée par les éditions Futuropolis en 1980 et qui a la particularité d’être à mi-chemin entre le magazine rock et le dessin. Plus précisément, cet unique numéro de Silence est composé de longs articles, d’interviews de musiciens très représentatifs de leur époque comme Howard Devoto (qui a fait partie des groupes comme Buzzcocks, Magazine), Iggy Pop, Human League. Chaque papier est illustré par des portraits des artistes réalisés par l’équipe Bazooka, qui était alors à la pointe du graphisme (et réalisait le génial supplément Un Regard Moderne pour Libération) : aucune photo et pourtant, le traitement même de Bazooka (c’est à dire Loulou et Kiki Picasso) donne à l’ensemble une tonalité étrangement réaliste. Ou plutôt, sur le fil entre réalisme et imagerie iconique, dont la matière semble souvent fondre minutieusement. Les textes sont en français et en anglais, l’objet est mince, grand, parle de musique comme un fanzine à la sincérité et l’immédiateté désarmante, et qui aurait oublié d’être mal écrit. Chaque fois que j’en trouve un exemplaire, je l’offre. Et les trois derniers, je suis tombé dessus dans ces librairies : Gilda, Un Regard Moderne, BDSpirit.