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La Ferme du buisson organise une nuit de performances, concerts, spectacles, autour de la bande dessinée. Plusieurs auteurs sont invités, comme Dupuy & Berberian, Ruppet & Mulot, François Olislaeger, Loo Hui-Phang, etc. J’y serai aussi avec Blutch pour un projet autour de Sun Ra : je proposerai une sélection extensive de morceaux de Sun Ra, couvrant une grande partie de sa carrière et Blutch dessinera, sans doute par intermittences, durant ce set qui devrait sans doute prendre son temps. Et lorsqu’il ne dessinera pas, il y a aura d’autres choses à voir… Au même programme, il y a aussi un DJ set de Rubin Steiner et un concert de Charles Berberian et J-C Denis.

Finalement trouvé le temps de passer dans un nouveau magasin de disques parisien, Le Souffle Continu, qui m’a totalement bluffé. Rien à voir avec les petits endroits étriqués ou trop étroits. Ici, il y a de la place, de la lumière et, surtout, beaucoup de disques et j’en ai trouvé bien plus que je pouvais me permettre d’acheter. Les deux tauliers sont sympathiques, de bon conseil et leur magasin ressemble un peu à l’équivalent physique du magazine The Wire, mixé avec un brin de Mojo et pas mal d’indie rock. J’y ai trouvé les quatre premiers disques de cette liste. D’abord, un album de Roedelius (membre de Cluster, Harmonia et Kluster) que j’avais envie d’écouter depuis longtemps et tout juste réédité (le disque vient d’avoir 30 ans…) : une écoute rapide le met dans la catégorie la plus légère et romantique, rêveuse, des disques de Roedelius. A la maison, les filles n’ont pas apprécié, mais je crois avoir bien aimé les sonorités d’après-midi tranquille de ce disque aux airs mélancoliques. Plus brut, le disque de Ginnungagap (projet de Stephen O’Malley de Sunn))), KTL, etc.) est un de ces albums électriques dont on ignore s’ils sont fabriqués avec la matière des rêves ou celle des cauchemars. L’ensemble est enregistré en concert, avec une face plutôt méditative et l’autre plus lourde et dense. Ce qui évoque la construction d’un disque fait à trois : la très belle collaboration entre Ashtray Navigation, Family Battle Snake et Stellar Om Source, enregistrée à Leeds (pas précisément le lieu le plus idéal pour trouver des fous de psychédélisme électrique bourdonnant). Deux faces, dont une vraiment magnifique – ou en tout cas qui parle directement aux neurones grillées de mon cerveau, les faisant doucement flotter comme si elles n’allaient jamais s’éteindre. Aucune indication sur la pochette, à part ce petit oiseau rouge sur fond blanc. Après recherche rapide, le disque aurait aussi d’autres pochettes et s’intitulerait “How Do Siamese Twins Arrange Their Love Lives ?” – une question que Sarah C. évoquait d’ailleurs l’autre jour, la veille de trouver ce disque. Jolie coïncidence. Enfin, si vous n’arrivez pas à dormir ces temps-ci, ou si vous êtes en vue de retrouver une voie perdue ou une maison abandonnée, je ne peux que recommander l’écoute de deux albums de milieu de nuit. D’abord, un disque de MV & EE (sans leur groupe électrique, juste en duo). Enregistré live, on y entend  une reprise d’un de mes morceaux préférés, Freight Train d’Elisabeth Cotten et une suite assez magique de morceaux du duo où l’on distille des mélopées de pluie, de routes infinies, de mythes ruraux, de fantômes naissants, de rencontres électriques dans des forêts de légende. C’est délicat, fragile, sincère. Tout comme l’album (apparemment sorti en 2006) de Susan Alcorn, qui comporte un titre splendide, And I Await The Resurrection of the Pedal Steel Guitar (mais lui, je l’ai trouvé chez Bimbo Tower). Fabriqué, comme tissé même, grâce à une Pedal Steel Guitar, cet album ne comporte pas des chansons, ni des morceaux, mais des fragments de musique, des fragments sacrés, qui évoquent la manière dont Loren Connors utilisait sa guitare il y a trente ans : pour invoquer un Dieu forcément inexistant. Mais, ici, dans chacun de ces disques, c’est l’invocation qui compte.

Les deux disques que j’écoute le plus en ce moment sont les deux ci-dessus. Le premier est l’album Oleva de Mika Vainio, qui contient une inattendue reprise électronique et instrumentale d’un de mes morceaux favoris, Set The Controls For The Heart of the Sun de Pink Floyd. Tout l’album est empli d’un air légèrement mélancolique, attristé et stellaire à la fois, enrobé dans des tapisseries minimales, riches en textures amères, en strates émaciées. Plus enclin à diffuser une chaleur immédiate, le nouveau disque du label Sublime Frequencies est un enregistrement, en vinyle, de Group Bombino : Guitars From Agadez, vol.2. Une face de morceaux d’archives (sans doute tirés de cassettes), une autre enregistrée en concert. Tout y est récent, mais sonne intemporel. Et là où je m’attendais à des déflagrations noise, brutales et agressives, il y a tout à fait autre chose. Un autre chose plus serein, plus immédiatement plaisant et hypnotique, entraînant et compulsif. Cette musique-là n’est pas une musique du désert ou du Niger, elle est le fait d’une bande de musiciens qui ne visent rien d’autre que les étoiles et atteignent directement le coeur du soleil.

Theo Parrish, sound sculptures vol.1

Salem, Yes I smoke Crack

Theo Parrish, Going Downstairs 12inch

James Ferraro, CDR

King Midas Sound, Cool Out

Expo 70, Black Ohms

Geiom, Reminissin’

John Wiese, Dramatic Accessories

Lawrence English, Kiri No Oto

Skull Disco, Soundboy’s Gravestone Gets Desecrated By Vandals

Fennesz, Black Sea

Kevin Drumm, Imperial Distortion

Intrusion, Tswana Dub

Eleh / Pauline Oliveros

Model 500, Starlight (Intrusion Extended dub)

Victrola Favorites

Living is Hard, West African Music in London

Gregg Kowalski, Tendrils on Vigne

Give me love, songs of the brokenhearted, Baghdad

Ben Nash, Seventh Goodbye

KTL, Paris Demos

Rameses III, Basilica

Washington Phillips, What Are they doing in Heaven today ?

Peverelist, Roll with The Punches

J Spaceman & Sun City Girls, Mister Lonely

DIRTY Edits 2

New Old, Warm Leatherette / Couscous Boulettium

Earth, The Bees made honey in the lion’s skull

Quiet Village, Silent Movie

Erykah Badu, New Amerykah

Quantec, Unusual Signal

Portishead, 3

SND, 4 5 6

Autechre, Quaristice

Fuck Buttons, Street Horrrsing

1970’s Algerian Proto-Rai Underground

Wolf Parade, A ritual

Sunn O))), Domkirke

Kluster, Vulcano & Admira

Hot Chip, Made in the Dark

Daniel Menche, Body Melt

Alexis Taylor, rubbed out

Ricardo Villalobos, Enfants (Chants)

Echospace, Spatial Dimension (CV313 reduction)

Shadow Music of Thailand

Fleet Foxes, Blue Ridge Mountains & Oliver James

Final, Fade Apart & Afar

Dennis Wilson, Pacific Ocean Blue

Orchestre Régional de Kayes

Analog Africa, African Scream Contest

Matmos, Supreme Balloon & Live at the end of humanity

Gang Gang Dance, Saint Dymphna

Mentions spéciales : Scum Yr Earth + Skaters live @ Chiquito + Black Sabbath (Planet Caravan) & Don Cherry sur Slow To Speak + Yousendit

Schizophrenia – Sonic Youth

Cotton crown – Sonic Youth

Wichita Lineman – Glen Campbell

Late September in May – Native

Reminissin’ – Geiom

Don’t Ask Why – My Bloody Valentine

Roll With The Punches – Peverelist

Samurai – Kode 9

Abraham, Martin & John – Dion

If You see her say hello – Bob Dylan

Crying in my sleep – Art Garfunkel

I’m not moving (Idjut Boys edit) – Phil Collins

Aberdeen – Felicia Atkinson & Sylvain Chauveau

Blue Ridge Mountains – Fleet Foxes

Liquid Reflective (Kling Klang) – Main

Oliver James – Fleet Foxes

Call it a ritual – Wolf Parade

La saison des pluies – Gainsbourg

Angel – Sonic Boom

Pas facile de trouver des choses à écouter, qui restent auprès de soi ces jours-ci. Mais, par un heureux coup du hasard, quelques disques glanés dans un bac de soldes, en état un peu piteux mais plutôt écoutables, restent bien ancrés sur la platine. D’abord, il y a l’album sur Saravah de Nana Vasconcelos, Nelson Angelo et Novelli , acheté presque sur la seule foi de la pochette dessinée par Folon. On y entend une musique assez brute, répétitive, parfois chantée, souvent comme cramée par un peu trop de soleil – une musique d’un été qui passe lentement, presque imprudemment. Dans le même bac, il y avait d’autres disques, dont un album de musique iranienne sorti sur Folkways. Il est beau et minimal, de la musique arabe sans le pathos, tout désossée, arrimée à des échos d’elle-même, des fragments de cordes, des voix dissimulées dans leur propre tristesse.

Sorti d’ailleurs, pas de ce bac à soldes où il y avait pas mal d’autres choses à écouter pour plus tard,
l’album de Sun Ra, Disco 3000 revient dans mes oreilles, plus de dix ans après la première écoute et il demeure toujours aussi inouï. Enregistré en petite formation vers 1978 en Italie, il est assez singulier dans la discographie de Sun Ra : tout à la fois électronique, porté par un orgue synthétique, une boîte à rythmes salis, et acoustique, porté par des cuivres cosmiques, des voix surgissant soudain, Disco 3000 est une inlassable tournerie, un hypnotisme physique, un moment de bénédiction en apesanteur, qui fait sentir la moindre veine de n’importe quel corps, même le plus fatigué, le plus dérapé.

Enfin, un mois après sa sortie, je n’arrête plus de remettre n’importe laquelle des six faces du nouvel album de Vibert / Simmonds, le deuxième après un premiers, Weirs, sorti il y a quinze ans. Le nouveau, Rodulate, ne dit pas quand il a été composé : aujourd’hui, hier, demain ? Tout y est sorti d’un rêve électronique, un peu bâti sur des rythmes, un peu porté par des nappes, souvent habité par des voix cassées, coupées, flagellées. Christian, qui m’en parlait l’autre jour, disait qu’il y avait là une sorte de gamelan moderne, je crois, et il avait raison. Rodulate, c’est un peu Bali remise en musique par des types qui fument sans doute beaucoup de joints en oscillant de la tête au-dessus de leurs machines. C’est juste un bon disque, un bon disque pour ce milieu d’été.

 

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