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Ce week-end, deux journaux auront été marquants. D’abord Libération avec sa couverture et ses pages interminables sur Carla Bruni-Sarkozy. Difficile de trouver ce numéro sorti samedi, alors même que tous les matins j’achète Libé sans jamais avoir à le chercher. Là, impossible de mettre la main dessus : sold-out partout. Finalement, trouvé ce matin et, au fond, plus intéressé par l’article de Philippe Azoury (toujours excellent et revigorant) sur Sonic Youth et l’hilarant (si, si) portrait de Pedro Winter - qui me fait penser qu’au vernissage de l’expo Dripsy jeudi soir dernier, je me disais que tous les garçons présents étaient des clones de Pedro (mêmes fringues, même casquettes, mêmes cheveux) jusqu’à apercevoir, au fond de la salle, Pedro Winter lui-même. Un peu comme Dark Vador, entouré de ses troupes de clones. Mais bon, je reviens sur ce numéro de Libé dont j’ignore quoi penser, sinon que je me souviens bien qu’à l’époque déjà le premier album de Carla Bruni n’avait pas vraiment fait l’unanimité aux Inrocks… Aujourd’hui, je me demande bien ce qu’en pensent mes anciens collègues ? Ou plutôt non, je m’en fous complètement : c’est Libé qui a gagné la course à Carla. Parce que c’est bien Libé qui a su la capturer et profiter de sa popularité pour se vendre. Ce qui, quoi qu’on en pense, pose bien la question la plus simple et la plus entêtante aujourd’hui en matière de presse : comment fait-on pour faire un journal ? Comment fait-on pour faire vivre un journal ? Comment fait-on pour faire vendre un journal ? Jusqu’où doit-on / peut-on aller ?
Au rebours de la peoplisation de la politique dont une nouvelle étape s’est jouée avec le Libé de Carla, qui marque une défaite supplémentaire de la critique journalistique au profit de l’actualité purement people (et je ne dis pas que cette dernière acception est plus négative ou péjorative que la première), il y a eu ces derniers jour sun étonnant numéro de Chronicart. Lisez-le et vous verrez : vous n’y trouverez aucun repère, aucune figure connue, aucune oeuvre déjà inventoriée. Pourtant tout est écrit comme si de rien n’était, comme si tout était comme chaque autre mois. Et cela alors même qu’il n’en est rien : ce numéro est entièrement faux, tous ses sujets sont inventés, comme une immense blague vainement drôle. Aucun indice people, aucune trace de figure connue ou pouvant rassembler un maximum de lecteurs. Tout ici est comme le négatif du Libé de Carla. Ce qui ne veut pas dire, pour autant, que c’est revigorant. C’est juste une trace supplémentaire de l’état de la critique culturelle et du journalisme culturel en France : de Carla Bruni-Sarkozy à l’invention totale, tout est pratiquement du même acabit, tout est au-delà de notre portée et tout est fait pour nous attirer, pour vendre du papier qui finira par emballer de vieux poissons. Tout, comme l’écrivait si vaillamment, Guy Debord, s’est éloigné en une représentation.


Quelques notes sur le film vu ce soir :
Il y a dans Iron Man quelque chose de très beau qui est passé de la bande dessiné jusqu’au film : c’est la métamorphose graduelle du personnage, qui se couvre d’abord de fer gris grossier puis passe progressivement à une armure plus sophistiquée, plus fine.
Et dans toutes ses versions, l’armure filmée porte toujours un rictus énervé, un air renfrogné. Iron Man a cet air colérique des mauvais jours et il faut être sacrément de mauvais poil pour porter autant de poids sur soi.
Ou en tout cas avoir très envie de cacher, modifier son corps, le murer du reste du monde. Tony Stark, alias Iron Man, se cache tout le temps. Derrière des lunettes de soleil, derrière son assistante, dans son laboratoire, dans son armure. Se cacher pour ne pas affronter le monde. Ou alors, l’affronter en étant toujours soigneusement dissimulé
Se cacher pour être heureux ? Stark, on le sent bien, est un grand timide qui se soigne. D’abord en couchant avec autant de filles que possible. Ensuite , en s’inventant une deuxième peau, un autre coeur.
Tout dans ce film parle du corps et de ses ramifications fétichistes : le coeur qui lâche et qui est remplacé par un engin artificiel. L’opposition entre le corps de Stark et celui de son rival, entre leurs armures. Le corps, aussi, de son assistante toujours surélevée sur des talons comme s’il fallait être un peu plus haut que la terre pour parvenir à s’extraire du monde.
La plus jolie scène du film, c’est celle là qui montre la jeune femme plonger la main dans la poitrine de son patron pour lui changer son coeur artificiel. Sa main le pénètre, elle est en lui, entièrement. Et, dit-elle, ça suinte et ça pue. Normal, à l’intérieur, tout est mouvant, vivant, tourmenté, et c’est ça que capte bien ce film. Iron Man, héros adulte, qui n’avait jamais entièrement passionné en bande dessinée, prend tout sens sur l’écran, qui le montre tel qu’il est vraiment : une machine mais tout à fait organique.
Lundi 21 février 2008, ne me demandez pas pourquoi, la journée la plus triste depuis toujours. Je ne trouve même pas de chanson pour illustrer ça. Même pas. Ne me demandez pas pourquoi.





Oui, il y a bien un hommage explicite au Narcisse Noir dans le Darjeeling Limited de Wes Anderson dont les couleurs sont magnifiques, mais qui n’a tout de même pas la même lumière que le film de Michael Powell.


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Deux semaines depuis que j’ai écrit mon dernier papier BD pour les Inrocks, qui sortira dans le numéro de la semaine prochaine, mardi. J’aime bien l’idée d’avoir arrêté la page hebdomadaire, parce que depuis que je le sais, depuis que je ne suis plus astreint au rythme, j’ai comme redécouvert un plaisir de lire, mais tout différent. Je ne lis plus pour trouver quoi écrire, mais simplement pour apprécier et me plonger entièrement dans un livre. Et je me rends compte aussi, du coup, que la bande dessinée est le genre qui me parle le plus, dans lequel j’arrive le mieux à m’immerger. Celui aussi dont j’adore l’histoire, la chronologie, les variations. Il y a dans la bande dessinée, comme dans la musique, un vrai sens du temps qui passe, du moment qui se fige ou se délie, au gré de la nervosité d’un trait ou d’une ligne de basse, d’une séquence de dessins ou d’une séquence musicale. Du coup, j’ai envie de faire de ce blog un lieu pour parler de bandes dessinées, de dessins, d’illustrations, mais aussi de disques. Et parfois, peut-être de fiction. Bref, un peu de tout, dans un joyeux mélange qui correspond à ce que j’aime : parvenir à mixer les genres. Pour mon prochain post, il y a des chances pour que je parle d’un livre que je lis en ce moment, très doucement pour mieux le savourer, et qui est vraiment une merveille : Séquelles de Hugues Micol publié chez Cornelius.
