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En attendant celui de Sege Clerc, revoici le Spirou de Chaland : l’éditeur belge Champaka, qui avait édité en 1990 la belle version double de Coeurs d’acier (l’aventure de Spirou par Chaland, inachevée), réédite cette histoire assez sublime dans une version nouvelle, en un seul volume. Et profite aussi de l’occasion pour sortir un livre en hommage à Chaland, rempli de témoignages d’auteurs et personnalités l’ayant connu ou lui étant redevables d’une manière ou d’une autre. Nous sommes tous des enfants de Chaland. Et de Spirou.
L’autre bonne nouvelle, c’est la réédition de trois livres de Chaland en un seul : Freddy Lombard 1, qui reprend le testament de Godefroid de Bouillon, le cimetière des éléphants et le sublime Comète de Carthage. Tout cela, pour coïncider avec Les Rencontres Chaland qui auront lieu en septembre à Nerac, ville natale du dessinateur disparu.


Emile Bravo est un auteur de bande dessinée plutôt discret mais dont la série « Les épatantes aventures de Jules » vaut le détour, par sa manière de conjuguer explicitement des questionnements modernes avec un ton résolument classique, emprunté à la bande dessinée des années 50 – comme un mélange de Jijé et Sfar : formule assez idéale. Le Spirou qu’il vient de faire (et qui sort dans quelques jours après avoir été pré-publié dans le journal du même nom) relève lui aussi de cette pratique dédoublée, entre le classicisme et le contemporain. Inscrit dans une suite de hors-séries, confiés à chaque fois à un auteur, son Spirou, le Journal d’un Ingénu donne envie d’en lire bien plus sur ce personnage. Et cela parce que Bravo est le premier, depuis Chaland (et donc depuis Franquin), à remettre de la complexité dans Spirou, qu’il inscrit dans une époque, celle des années 30 finissantes, et un lieu, la Belgique, qui attend la guerre et les nazis. Mais aussi la Belgique du Petit Vingtième, revue qui publie les aventures de Tintin – celles-là même que le jeune groom Spirou lit assidument comme n’importe quel autre petit belge de l’époque. Et la force de Bravo est bien là : il parvient à situer son personnage dans un continuum historique mais aussi littéraire et culturel, tout en fournissant une explication à son éternel habit de groom. Oui Spirou est un vrai groom, et il est tellement fauché qu’il ne peut s’habiller autrement. Et il devient plus réel que Tintin, puisque ce dernier est un personnage de BD. Tour de force : Bravo réussit même à habiller Spirou en Tintin, le temps d’une séquence assez drôle et méchante. Jouant avec les références et l’époque, son livre est aussi empli d’une touche très cinématographique qui évoque en creux quelques grandes comédies fines des années 30. Il y ainsi chez lui un peu de Lubitsch, dans la façon de saupoudrer les détails et de jouer avec les situations, les faisant osciller entre le drame et le rire, mais sans jamais les faire exploser dans un seul sens. Tout est question d’équilibre, de justesse de ton. Ce Spirou est le meilleur depuis des années : celui qui ne se fout pas de ses lecteurs, qu’il tient de bout en bout, et encore moins de son personnage – le groom n’a jamais été aussi bien (mal)traité.


Gamin, je lisais des bandes dessinées tous les jours. Et chaque semaine, je recevais le journal de Spirou. C’était au début des années 1980 et je garde un souvenir vif des numéros de ce magazine qui comportaient un strip dans ces premières pages mettant en scène un Spirou différent de celui que je connaissais, qui avait l’air à la fois très moderne et très suranné. Ce strip était dessiné par Chaland et je ne m’en suis jamais vraiment remis, admirant cette histoire à l’intrigue inachevée et qui est longtemps demeurée inédite en album. J’en avais même acheté, en arrivant à Paris, une édition pirate, photocopiée, que je garde encore et toujours. Depuis, l’histoire a été reprise dans des albums : dans une double édition officielle, posthume, de luxe, introuvable sinon à un prix prohibitif.
Et je viens d’apprendre quelque chose (un scoop !) d’assez réjouissant : Serge Clerc va, à son tour, faire une histoire de Spirou, scénarisée par Jean-Luc Fromental. Evidemment, je pense au Spirou de Chaland. Et immédiatement aussi, j’ai hâte de voir ce que Serge Clerc va faire du personnage, ce que Fromental, qui a merveilleusement mis en scène la vie d’Hergé dans son Les Aventures d’Hergé (avec Bocquet et Stanislas), va faire à l’histoire. Pas simple, bien sûr, de reprendre un personnage aussi iconique, qui s’impose d’emblée à l’auteur, à la fois par son histoire chargée et par le cahier des charges de son éditeur. Floc’h, par exemple, m’avait dit lors d’un entretien, avoir refusé plusieurs fois de reprendre la série des Blake et Mortimer de Jacobs. Pour son futur Spirou, Serge Clerc dit que l’éditeur lui a proposé de faire ce livre après avoir vu quelques dessins inédits de lui refaisant le personnage et lui laisse toute latitude. Tant mieux. Quelque chose me dit que son Spirou pourrait avoir un air de Bauhaus. Ou pas. Je suis en tout cas impatient de le découvrir et j’espère qu’il ne mettra ni autant de temps ni autant de souffrances que pour faire son récent et fabuleux Journal. Et même si ce livre ne sortait pas avant deux ans, il serait une des plus belles façons, sûrement, de terminer les années 2000 et d’entamer les suivantes. Hâte, hâte, hâte.
Il n’y avait pas meilleur candidat pour cette reprise (même si le Spirou d’Emile Bravo, qui sort ce mois-ci, est une grande réussite) : Serge Clerc m’a appris il y a quelques jours qu’il allait dessiner une histoire de Spirou, écrite par Jean-Luc Fromental. L’éditeur, Dupuis, lui aurait confié la mission après avoir vu quelques-uns de ses croquis mettant en scène le personnage. J’ai hâte de lire cela, même si l’entreprise peut être périlleuse et prendre du temps.


Vus chez un ami de Chaland. Selon lui, ces deux dessins, magnifiques (malgré mes photos et mon flash trop fort), ne sont répertoriés nulle part. Je le crois volontiers.


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