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Le livre d’où sont tirées ces images s’intitule Monstres et il vient d’être publié, en sérigraphie, par le Dernier Cri. 200 exemplaires seulement. Ce qui est peu pour un américain de la trempe de Mat Brinkman : son univers peuplé de monstre est idéal pour les livres remplis de feedaback colorés du Dernier Cri, tout en plis, comme en rhizomes même. Livre de l’année ? En tout cas, livre de dessins de l’été, forcément caniculaire.

Depuis que j’ai découvert son premier CD l’an dernier à Marseille, sous une pochette sérigraphiée par le Dernier Cri, je guette les tentatives discographiques de Bex. Et là, je suis très heureux de découvrir que son nouveau disque, tout en bruits et en fureurs lentes, est enveloppé du plus bel écrin : un livre de ses dessins sérigraphiés, édité à 200 exemplaires et trouvé en même temps que celui, encore plus éblouissant, de Mat Brinkman. Il y a là comme une parenté dans la monstruosité, les mutations, les dessins devenus comme radioactifs - je reparlerai de celui de Brinkman dans un prochain post. En attendant, la musique de Bex est
un idéal négatif pour la saison : tout en boucles de guitares, oraisons rauques, échos distants, instincts caverneux. Installé à Marseille (tout comme l’excellent shoegazer Alcest est situé quelque part vers Avignon je crois), Bex donne envie, tout comme le Dernier Cri, de retourner se frotter à cette ville, tout contre, tout contre.

Et je recommande d’aller voir l’exposition que lui consacre la fondation Cartier-Bresson à Paris, dans le quartier de Montparnasse. On y voit l’évolution de ce dessinateur remarquable, son attention aux détails, aux textures, aux matières, son sens parcimonieux du détail, de l’expression comme instinctive. Le plus beau, là-dedans, c’est sa manière de représenter la vie sous des instincts de caricaturiste : on ne fait pas mieux, question dessin vivant.

Recueil (augmenté) de fanzines publiées il y a quelques années, Poésie est édité par l’excellente maison La Cinquième Couche. Ici, pas de narration, mais un travail sur la représentation du réel. Ou plutôt les prémices, chronologiques, du travail récent de Frédéric Poincelet qui s’attache à ancrer son dessin dans une réalité de plus en plus concrète, mais aussi très étrangement détachée du réel, puisque ses dessins ne reproduisent souvent que des bribes de contexte ou de lieu - des indices épars plutôt qu’une accumulation de détails. Je n’irai pas plus loin, puisqu’en ayant appris à le connaître, je ne saurais en dire plus. Il suffit de regarder les dessins de Poésie, qui forment à eux seuls, de manière presque inconsciente, une sorte de méta narration, construite par accumulation d’images finissant par former une impression d’histoire flottante.

C’est en fouinant sur son site (www.boilet.net), parce que je cherchais à le contacter, que je suis tombé sur cette image qui résume beaucoup de son art : j’y vois une sorte de langueur et d’évanescence, comme un rendu pâle et délétère d’une réalité plus fantomatique qu’érotique. Le visage de la fille ne me séduit pas spécialement, et ce sont plutôt les détails de l’ensemble qui me plaisent et attirent mon regard. Et puis il y a tout ce qui est dans la partie supérieure du dessin, qui dit où l’on est, qui donne des indices sur le lieu, l’époque, le pays, mais sans rien en dévoiler vraiment non plus : c’est cela qui enlumine délicatement toute la silhouette de la jeune fille, comme étrangement immaculée, qui me séduit, m’hypnotise presque. Il y a même dans le tracé qui subsiste dans ma rétine, une fois le dessin disparu, quelque chose de tout à fait spectral, demeurant incrusté longtemps et disant d’une façon souveraine toute la tendresse qui a dû s’établir entre l’artiste et son modèle. Une tendresse qui mène à cela : un dessin pour témoignage d’un moment, et qui vaut plus qu’une photo, parce qu’il rajoute au réel bien plus qu’un vernis. Il y additionne une matière, une strate, : autant de témoignages, imagine-t-on, de sentiments qui ont dû flotter par là, ce jour-là.

Je précise : cette image est extraite du livre L’Apprenti Japonais paru en 2006 et bientôt réédité (automne 2008).

 

Trouvé ce livre, récent, à Berlin avant-hier. Il a été dessiné par Atak, qui est une sorte de correspondant berlinois de Blexbolex, et dont on peut lire quelques très beaux livres en France via les éditions du FRMK. Récemment, d’ailleurs, Atak avait adapté pour eux un texte de Gertrude Stein (après avoir mis à mal Alice…). Kub est un joli livre court, tout en sérigraphie, qui donne l’impression, une fois en main, d’être unique et incroyablement fragile. Tout en sérigraphie, il a été dessiné dans le Jura (c’est loin pour un berlinois, ça, non ?) et décrit les objets d’une petite boutique surannée, tenue par une jeune fille tout aussi jolie et intemporelle que ce qu’elle vend. Il y a là beaucoup de délicatesse, de mélancolie, de temps qui passe.  

 

Avant de publier son premier livre, sorti récemment, Nine avait fait plusieurs fanzines dont un où elle reprenait la figure de Linda Lovelace, célèbre actrice de porno qui avait contribué à populariser le genre dans les années 70 en jouant le rôle principal de Gorge Profonde / Deep Throat. Nine a repris Linda dans une bande dessinée en cours d’élaboration et dont les planches ci-dessus sont extraites.

Bumrock est un nouveau fanzine de Kerozen, et il comporte exactement le genre de dessins que j’adore et dont on ne sait pas s’ils sont des détails de fresques plus grandes ou juste des abstractions ténébreuses. au fil que le regard s’attarde, des personnages ou plutôt des figures surgissent, et l’ensemble se met à ressembler à un décor, à un paysage crépusculaire. Pour trouver ce petit fascicule, il faut aller au Regard Moderne ou par là : http://www.flickr.com/photos/stephane-prigent/2509477130/

Le disque de Matt Valentine est un 45 tours, sorti sur l’excellent label Time-lag. La face A recèle un vieux morceaux, sorte de comptine folk ténébreuse et lo-fi, tandis que de l’autre côté se dissimule une composition plus récente, plus abstraite aussi. De la pochette aux morceaux, à la manière dont est imprimé le label, dont les couleurs ressortent, tout est juste beau dans ce petit disque qui sent la manufacture artisanale et délicate.

L’album de Donald Byrd est un classique de 1958/1959 : il s’agit du premier enregistrement de ce musicien pour le label Blue Note. Et le premier d’une série de disques sur lesquels Donald Byrd pose sur des voitures assez folles. Et la musique y est impeccable.

Il y a là-dedans beaucoup de choses sur le rock et l’adolescence, comme un mélange entre Gus Van Sant et un slasher mou. Ou quelque chose dans le genre. Publié par Buenaventura Press.

Le premier est un exercice assez splendide réalisé par Jochen Gerner : exercice sur la langue, le langage et surtout la perméabilité des mots, l’artificialité ou l’absurde des frontières et des catégorisations. Graphiquement, il y a de la puissance et de la simplicité, qui donne hâte de voir ce que Gerner prévoit prochainement : un livre de dessins faits dans le train…

L’autre est un petit fanzine édité par Nieves, dont on peut voir l’expo au Centre Culturel Suisse de Paris jusqu’en septembre. L’artiste, ici, est Kim Hyorthoy dont j’adore les pochettes pour le label Rune Grammofon. Ici, il dessine de manière plus brute et directe, mettant en images quelques scènes incongrues, incluant des éléments un peu décalés qui m’évoquent un lointain cousin de Daniel Clowes et Gary Panter. Certains dessins sont d’une belle puissance, et tout au long du livre, une série de petites phrases décline le titre du livre. Un petit bijou.

L’éditeur suisse Nieves fait une exposition de ses livres et fanzines à partir du 17 mai à Paris, au centre culturel Suisse. Nieves a édité des livres d’artistes comme Harmony Korine, Marcel Dzama, Larry Clark ou encore les français Frédéric Fleury et Hendrik Hegray : leurs derniers livres tout justes parus devraient être le clou de cette expo.


www.nieves.ch

www.ccsparis.com

Continuer à lire, ignorer le monde et regarder passer les images. En voici quelques unes, récoltées ces derniers jours.

Pregnant Bitch est un petit livre empli d’une fabuleuse puissance de retournement des yeux et de l’esprit. Sa couverture, sage, dissimule une série de dessins faits par Hendrik Hegray sous l’impulsion (et les ordres) du dessinateur Julien Carreyn. Et les filles qu’HH dessine sont bien proches, physiquement, de celles de Carreyn : elles on en commun une même attitude physique qui tient à la fois du cartoon et de la photo érotique / pornographique mise en scène de manière très outrée. Ce qu’on y voit fait d’abord étrangement réagir : des femmes enceintes qui se battent, nus, parfois sous l’oeil d’une caméra, parfois un couteau à la main. Parfois, aussi, un monstre (une figure monstrueuse) surgit là et une fois, il y a, au milieu de ces dessins faits au bic bleu une figure colorée abstraite (Hendrik en a le secret). L’étonnement premier laisse ensuite la place, après plusieurs retours dans le livre, à une autre manière de voir, à une autre envie, même, de regarder. Et l’on finit par percevoir ce qui se trame ici : des questions de pouvoir, d’enjeux politiques, de représentation des corps. Certes, il existe bien une niche de la pornographie qui montre des femmes enceintesen train de baiser, etc. Mais la manière qu’à HH de les représenter ici relève d’autre chose : d’un regard faussement enfantin. Il dessine comme un enfant ne sachant pas parler mais qui voit tout à travers un regard filtré de douce violence. Il y a de la tension à l’oeuvre ici, qui nous fait ensuite regarder le monde un peu différemment, un peu plus obliquement.

Apparemment à l’opposé du livre d’HH, il y a eu la sortie presque en même temps d’Obnivorious, un petit livre de Frédéric Fleury (qui a d’ailleurs édité le livre de HH via sa maison d’édition Les Editions du 57 et on peut lui commander directement Pregnant Bitch : http://editionsdu57.free.fr/). Le livre de FF a été édité par les suisses Nieves, spécialisés dans le fanzine limité, fait avec beaucoup de soins et les livres d’artistes (Larry CLark, Marcel Dzama, Kim Gordon, Harmony Korine sont passés par eux). Nieves expose d’ailleurs ses livres dès le 17 mai prochain au Centre Culturel Suisse à Paris et il faudra aller voir sur place à quel point leurs petits ouvrages sont méticuleux et intéressants. Obnivorious est un parfait exemple de cela qui dépeint un monde caverneux, empli de monstres aux corps bruts, évoluant dans un environnement qui passe selon les pages du plus complexe au plus décharné. Il y a là aussi une vision faussement enfantine, et qui pourrait bien encore parler de politique, ou en tout cas dissimuler une vérité politique inattendue : Car, la position même de FF (et quelques autres) semble ces jours-ci hautement politique en ce qu’elle refuse tout attachement à un système classique (ces dessinateurs ne font pas de bande dessinée, mais inventent leur propre langage dessiné, leurs propres codes séquentiels pensés au sein de petits livres qui sont souvent bien plus narratifs que n’importe quelle bande dessinée ou roman graphique). FF privilégie un autre système économique, une autre manière de se diffuser et d’exister. Obnivorious, bien que sorti chez Nieves qui jouit d’un circuit de distribution un peu plus classique (celui des galeries et de l’art contemporain), témoigne bien de cela : les personnages dessinés ici, leurs attitudes, la violence sourde qui les habite, n’aurait pas pu exister dans un autre contexte et cela même s’ils ont tous des gueules et des têtes et des figures naïves, enfantines, dessinées comme le ferait un gamin méticuleux mais au trait encore grossier. La force de FF est là : naviguer entre le naïf et le violent, le spontané et le sourd, le ludique et le tendu.

Tout cela, je le retrouve encore dans un troisième petit livre édité par Kaugummi, Landscape de José Maria Gonzales. Mais en plus déstructuré, minimal, quasi animal. La beauté de Landscape (dont le titre me fait penser à Eno et Cage) réside bien dans un sentiment d’incommunicabilité qui en sourd : ces dessins sont là parce qu’il n’y avait pas le choix, pas matière à discussion. Ils évoquent ceux que l’on fait machinalement lors d’une réunion trop longue, d’un moment difficilement soutenable. Machinalement ? Pas exactement : leur rapidité, leur apparence faussement brouillonne dissimule la plus immédiate vérité : on dessine pour se prouver que l’on est vivant, que l’on peut modifier l’apparence du monde.

A visiter : le blog de Kaugummi avec plein de liens intéressants : http://editionskaugummi.free.fr/index.php?/blog/

Isabelle Boinot était au Japon récemment et elle a mis ses carnets sur son blog (Merci à DQ pour l’info parue sur son blog : http://delphinequeme.blogspot.com/). On peut les regarder là : http://sumimasendoozo.blogspot.com/

Massimo Mattioli - B Stories (L’Association)

Incroyable compilation d’historiettes de la fin des années 80, parues à l’origine dans le mensuel italien Corto Maltese. Mattioli est aux limites entre le pop art, la ligne claire, l’abstraction narrative. Les peintures de David Hockney, qu’il cite par moments, ne sont pas loin. L’esprit de Charles Burns non plus. Celui de Brian De PAlma (époque Body Double) est un peu partout, tout comme celui des EC Comics des années 50. Rien à jeter, tout à apprendre de ce livre qui est une réussite graphique, narrative, esthétique. Encore sous le choc de cette lecture essentielle : plus on avance dans le livre, plus les histoires se dévoilent fortes, incisives, délirantes.

Art Spiegelman - Breakdowns (Casterman)

En anglais, Breakdowns veut dire aussi bien “dépressions” que “crayonnés”. Et ces deux sens disent tout de ce livre, réédition augmentée d’un ouvrage de jeunesse paru en 1978 dans lequel Spiegelman compilait déjà des premières BD de recherche narrative et graphique. Mais ce qui passionne surtout ici, c’est la préface et la postface, qui sont des formes d’autobiographie : la première en BD et la seconde en texte illustré. Spiegelman s’y dévole et montre bien aussi qu’il est, depuis sa revue RAW, un passionnant théoricien de la bande dessinée contemporaine.

Emmanuel Guibert - La Guerre d’Alan (L’Association)

Troisième volume de cette biographie d’un homme ordinaire, qui, entre l’Amérique et l’Europe, se lit à la manière d’un témoignage sur ce qu’était la vie dans les années 50, 60, 70. Entièrement différente de celle des années 2000 : ne serait-ce que par le rythme, bien plus lent, bien moins frénétique. Et Guibert, rappelons-le, dessine et conçoit ses pages comme personne d’autre : on est ici entre la ligne claire, la photo et la gravure. Absolument indispensable à lire, si l’on est un minimum intéressé par la bande dessinée.

Gary Panter (Picturebox)

Pas de la BD, mais juste le plus beau livre que j’ai eu entre les mains ces dernières années : deux volumes qui reprennent plus de trente ans de carrière de Gary Panter. Qui est Gary Panter ? Juste un des plus importants dessinateurs américains, copain de Matt Groening (il a été une influence majeure pour les Simpsons), de Charles Burns, auteur d’un personnage archétypal du punk, Jimbo, directeur artistique de la série Pee Wee Herman, créateur de pochettes de disques, etc. Cette anthologie est double : un premier volume remet en scèe tout son parcours, depuis les affiches punk des années 70 jusqu’aux dessins et peintures plus récents. Une merveille visuelle. Le second est plus intime encore puisqu’il reproduit de manière magistrale des pages
des carnets de dessins de Gary Panter : on y voit l’évolution du dessinateur, ses obsessions se forger, se construire, disparaitre, réapparaitre. Un travail de titan, orchestré par Dan Nadel (et sa maison PictureBox), devenu en peu de temps l’un des éditeurs les plus intéressants et motivants depuis des lustres.

Nine Antico - le Goût du Paradis (Ego comme X)

Autobiographie d’une jeune fille, dont j’ai déjà parlé par ici. Etonnant, volubile, évidemment scabreux et insidieusement freudien.

Miles O’Shea & Olivier Deprez - Black Book Black (FRMK)

Court livre de gravures noires, qui récapitule une performance des auteurs, qui se déroule toujours dans une biliothèque et durant laquelle ils réalisent et impriment un livre noir aux pages noires. Ici, ils ont laissé échapper de la lumière au milieu de leur encre sombre et le livre est un petit trésor légèrement saturé, qui se regarde comme une collection d’images soudain surgies de la mémoire - mais d’une mémoire dont on ignorait l’existence même.

Doublebob - le chat n’a pas de bouche vous aime beaucoup (FRMK)

Autre petit livre du FRMK, au titre assez taré, qui sortirait presque de Duchamp. Cette petite bande dessinée muette évoque le travail de Dominique Goblet et, surtout, se regarde et se lit comme un précis de décomposition de soi : comme une drogue douce qui devient subrepticement plus dure, rocailleuse presque.

François Ayroles - Les Amis (L’association)

Mort de rire : le ton acide d’Ayroles sied à merveille à ces petits fragments de vie qui naviguent entre le réalisme et l’absurde : toutes ces choses qu’on n’ose pas dire à ses amis et qui relèvent de la psychanalyse sont là, décryptées, déclinées, utilisées comme autant d’éléments destinés à réinventer le monde, à dénouer les fils tordus des relations non sexuelles.

Cyril Pedrosa - Autobio (Fluide Glacial)

Après son troublant et sombre Trois Ombres, Cyril Pedrosa livre ici une série de vignettes autobiographiques, colorées et plutôt drôles, qui mettent en scène les penchants écolo de l’auteur : le “green” est à la mode, mais il y a chez Pedrosa beaucoup de sincérité et un questionnement personnel, notamment autour de son identité.

Kazuo Kamimura & Hideo Okazaki - Le Fleuve Shinano (Asuka)

Excellente série japonaise, belle à pleurer, qui mêle habilement contemplation, rêverie et tensions.

Trouvés sur le myspace d’un lecteur de ce blog : www.myspace.com/sammyste

La musique y est chouette aussi, avec de jolis samples de voix qu’on croirait sortis d’une version apocalyptique de Goldorak.

Le titre : Dessins exposés. Vous pouvez le lire là :  http://www.vogue.fr/people-evenement-dessins-exposes-home-libre359.htm

Hendrik Hegray a sans doute publié plus de fanzines que n’importe qui d’autre. Parmi eux, il y a le récent Nazi Knife dont le titre sulfureux et troublant ne doit pas masquer le contenu : Hendrik en a édité avec le dessinateur Jonas Delaborde (et l’aide de l’éditeur FLTMSTPC pour le dernier), 4 numéros entièrement dédiés à des accumulations de dessins punk - le prochain devrait être coédité par les américains Buenaventura Press, éditeurs du magazine Kramer’s Ergot où l’on retrouve Chris Ware, Gary Panter, etc.

Hendrik a aussi, surtout, inventé le fabuleux Télérama, détournement photocopié de l’hebdomadaire du même nom. Mais en fait de détournement, Hendrik en a seulement repris le logo et entièrement réaménagé l’intérieur, devenu une sorte de caverne photocopiée où se croisent et s’entrechoquent images déconcertantes (souvent sexuelles, mais pas uniquement), photos trouvées au hasard du net, dessins originaux. J’en avais parlé une fois ou deux, déjà, dans les Inrocks, il y a trois ou quatre ans. Il y a eu en tout dix numéros de Télérama, à peu près tous introuvables ou presque. Essayez Un Regard Moderne ou Bimbo Tower, on ne sait jamais : un numéro peut bien encore y traîner.

En tout cas, pour ne pas laisser ce faux Télérama aux oubliettes ou aux archivistes spécialisés en fanzines graphiques, un petit éditeur (kaugummi) a eu la bonne idée d’en élaborer une compilation. Ou en tout cas, un numéro spécial, numéroté 11, constitué de fragments des précédents, ainsi que d’images prises dans quelques autres fanzines d’Hendrik et d’inédits.

Le livre sera lancé au moment du finissage de l’expo d’Hendrik, qui se déroule jusqu’à dimanche à la galerie France Fiction à Paris. Le premier tirage est minuscule : 100 exemplaires. Histoire de ne pas vexer le vrai Télérama ?

France Fiction
6bis rue du forez
75003 Paris

http://wearekaugummi.free.fr/

http://fredericmagazine.free.fr/20042008.htm

Happy birthday, HH.

J’avais interviewé David Shrigley par mail en 2007, pour les Inrocks. J’en avais fait un papier, mais Shrigley a mis les questions et réponses sur son site. Je lui ai repiqué tout ça, collé ici.

What are your earliest memories of comics/drawings?

I have drawn constantly ever since I can remember. As a small child my drawings were extremely violent. As I remember I had an obsession with executions. Particularly the guillotine.

What do you think was the most decisive influence on your early work?

Cruelty and violence.

How influential were the methods and aesthetics of punk ?

I was a bit too young for punk (it happened in 1976 in the UK). I do remember really liking the the cover of ‘Live at the Witch Trials’ by The Fall, but I’m not sure if that counts as ‘punk aesthetic’.

You became well known through a contemporary art circuit (exhibitions, shows, galleries) but how come you never gave up on releasing books and objects ? are they an essential outlet for your work?

I think so. Originally books were a means to an end as self-publicity, but I have always felt naturally drawn to the medium. I don’t think I’ll ever stop making books. I’ve done a lot of t-shirts in the last few years. I’m planning to have an exhibition of t-shirts sometime.

You seem to have a special relationship to records : you released a recordless sleeve on Tomlab and did a spoken words record. What is your relationship to music ? How does it participate in your work?

I have always loved music. I buy a great deal of records and CDs and often listen to them when I am working.

My earliest ambition as an artist was to design a record cover for Adam and The Ants. If Adam and The Ants were to make a comeback record perhaps I would design the cover free of charge, even though the record would probably be rubbish. The only good record they made was ‘Dirk Wears White Sox’. If I had been a couple of years older I would have hated them.

I’m not sure why I made the spoken word record. It was just an opportunity that arose and I thought it would be fun to try. My only ambition for it was that it wouldn’t be shit. I don’t think it is shit, so I succeeded.

Do you feel part of any scene? I find some links between your work and the works of (very different artists) Tom Gauld, the Royal Art Lodge and Banksy.

I guess I know or have met all these people. When you do a similar kind of thing you are propelled towards each other somehow. I suppose I could be part of a scene, but my membership of it is involuntary.

Scenes tend to be invented by journalists rather than artists.

Your work includes photos, drawings and texts. What difference do you now make between these ways of expression?

I tend to switch between media to stop me from getting bored. I don’t really approach different media in different ways. If I want to take some photos I just take them and then return to them later to edit them, which is the same as I do with drawings. Animation is perhaps a different process since it requires an animator and a sound editor so the project takes a lot longer, but essentially I approach writing the script and making the initial drawings in the same way as I do everything else. I try to keep all the creative decisions as intuitive as possible.

You have drawn the London Underground map in your own style. What did such a commission represent for you? How is it different from drawing the sleeve of the next deerhoof record?

I try to approach each commission as a project. I take the requirements and just sit down and make some pictures and see what happens. The London Underground map took about 5 minutes (I can tell you this because nobody speaks French in London).

With the Deerhoof cover I spent a week in my studio painting on square pieces of wood and trying to include the words FRIEND OPPORTUNITY (the title of the album). That’s really all there was to it. Fortunately they liked what I did.

Do you think you have developed a personal drawing or writing technique over the years? Ever felt at some point that you started relying on gimmicks?

I started to draw in the way that I do as an attempt to reduce my ideas to their barest form; to communicate as simply and directly as possible. I think over the years that starting point has led to a style, but it isn’t something I intended or have been particularly conscious of. When I draw I try not to do the same thing twice. I probably do do the same thing twice but it is as a result of having forgotten about having done it the first time. My criteria for a good drawing is that it has to surprise me in some way. Perhaps it is good that I have a poor memory.

Finally, how do you perceive your own style? Ever considered yourself as technically limited?

I don’t really know. I suppose I am quite technically limited. Recently I have thought about doing some life drawing just to see whether I could still remember how to do it (from art school 18 years ago) and to see whether it was interesting. In a way it would be a bit like doing an IQ test to see how clever you are. I would be scared to do an IQ test in case I discovered I was stupid. I wouldn’t be scared to do life drawing though. I’m pretty sure I wouldn’t be very good at it but it doesn’t matter. I can draw well enough to say what I need to say.

http://www.shoboshobo.com/

http://www.shoboshobo.com/

Il n’y avait pas meilleur candidat pour cette reprise (même si le Spirou d’Emile Bravo, qui sort ce mois-ci, est une grande réussite) : Serge Clerc m’a appris il y a quelques jours qu’il allait dessiner une histoire de Spirou, écrite par Jean-Luc Fromental. L’éditeur, Dupuis, lui aurait confié la mission après avoir vu quelques-uns de ses croquis mettant en scène le personnage. J’ai hâte de lire cela, même si l’entreprise peut être périlleuse et prendre du temps.

Nine me parle de ce livre depuis quelques mois déjà, quelques années peut-être et l’autre matin, j’ai souri en la voyant sur l’antenne de la Matinale de Canal +. Heureux pour elle et son éditeur.

Je lis son livre, en y trouvant des indices sur sa vie, puisqu’il s’agit d’une autobiographie (comme tous ce qu’édite Ego Comme X). Mais, en le lisant, ce qui me passionne surtout, ce sont les interstices qu’elle laisse comme vides, les absences et les manques, qui creusent son récit et en font autre chose qu’une narration égotiste où elle ne raconterait que sa vie, agrémentée de références d’époque (NTM, Téléchat, etc.).

Il y a bien sûr là-dedans un sentiment d’appartenance à une génération et un autre, aussi, de partage des mêmes expériences - et cela même si j’ai 10 ans (au moins) de plus qu’elle : je comprends ce qu’elle vit parce que je l’ai sans doute vécu aussi. Il y a aussi, surtout, l’idée furtive que l’on n’est jamais complètement soi, que l’on est toujours en recherche d’un lendemain idéal et d’une meilleure compagnie que celle de l’instant présent. C’est l’ailleurs qui compte et cela se reflète bien dans ses compositions, son rythme, sa mise en scène : on a hâte de tourner les pages, de deviner ce qui arrive, d’être déjà au bout du récit pour en imaginer la suite. Ce sont ses non-dits, ses jeux de devinettes, et tout ce que ce livre permet d’imaginer de sa vie, qui donnent à son Paradis tout son goût.

BLEU HOLOCAUSTE
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une exposition de dessins de
HENDRIK HEGRAY
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du 12 au 27 avril 2008
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à FRANCE FICTION
6bis rue du Forez 75003 Paris
www.france-fiction.com
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vernissage vendredi 11 avril 18h-21h
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Depuis une année ou deux, je guette les livres et documents qui viennent de Providence, aux Etats-Unis. Notamment tout ce qui concerne un mystérieux dessinateur, connu sous les initiales C.F. et dont voici, ci-dessus, un dessin atypique, empli de couleurs psychédéliques. Il enregistre aussi des disques plutôt noise sous le nom de Kites et ses concerts sont, paraît-il, extrêmement physiques.

Récemment, après avoir sorti plusieurs fanzines, pas mal de sérigraphies, publié des dessins ou des historiettes dans diverses revues, C.F. a sorti son premier vrai livre de bande dessinée : Powr Masters, publié par la maison d’éditions Picturebox. Celle-ci avait sorti il y a un an déjà, un beau catalogue regroupant la plupart des artistes de Providence. Intitulé Wundergound, en voici la couverture :

Ce catalogue s’intéresse aux scènes artistiques de Providence, depuis 1995. Il inclut une multitude d’affiches de concert, de documents rares, de photos de groupes, de dessins. J’ignore pourquoi, mais l’ensemble des affiches mises bout à bout me procure un sentiment d’énergie et d’urgence rarement ressentis. Plus encore que les livres récents qui retraçaient l’histoire du punk à travers ses affiches et flyers, ce livre montre une histoire récente et toujours en cours. Pas de taxidermie, pas d’effet de nostalgie, ni de mausolée virtuel : tout semble encore très vivant - et cela même si je ne connais pas la plupart des groupes et des dessinateurs répertoriés. C’est peut-être ça, d’ailleurs, qui procure cette étrange dynamique : ne pas connaître les noms que l’on lit, c’est déjà se familiariser un peu avec eux et imaginer ce qu’ils recouvrent.

Plus récemment, je me suis plongé dans le premier livre de C.F. qui est une impeccable narration tourmentée, en noir et blanc, souverainement minimaliste (le blanc y est omniprésent qui disqualifie les décors), mais aussi très complexe (les personnages, notamment, sont éminemment sophistiqués, détaillés). Il y a là un esprit surréaliste et ludique, comme un jeu de Dongeons et Dragons détourné de ses racines pour devenir subrepticement punk. Plusieurs volumes sont prévus, mais aucune traduction en VF pour le moment. Dommage, car on se dit que sans les pionniers français de l’Association, ce livre n’aurait peut-être pas la même signification, ni le même lectorat.

Parmi les autres livres issus de cette petite scène, il y a ceux de Brian Chippendale, batteur du duo Lightning Bolt : Ninja et Maggots.

Il y aussi l’anthologie Free Radicals, qui demeure exemplaire d’une liberté de dessiner, d’amalgamer et de mettre côte à côte des dessinateurs sans retenue. Et parfois un peu stupides aussi…

En France, toute cette scène correspond avec les dessinateurs tournant autour de Frédéric Magazine ou Nazi Knife. Mais c’est une autre histoire. En attendant, tous les livres dont j’ai parlé ci-dessus sont trouvables au Regard Moderne à Paris (rue Gît-Le-Coeur) ou sur www.pictureboxinc.com/

Toujours difficile de bien juger un livre (ou un disque) qui n’existe qu’en édition très limitée : ici, 100 exemplaires photocopiés, numérotés, signés. La rareté même de l’objet lui donne un premier attrait qui le rend presque irrésistible. Une qualité qui filtre le jugement, sape le goût : pourquoi faudrait-il acheter ce livre plutôt qu’un autre, plus facilement trouvable, de Shrigley ? Parfois, la rareté et la marque font office de prescriptions obligatoires : comme le faisait remarquer un ami la semaine dernière : “tu ne regarderais même pas cette chemise si elle n’avait pas une étiquette Maison Martin Margiela”.

Pour ce livre, je ne sais quoi penser, sinon que j’aime bien Shrigley, que je l’aime de mieux en mieux, en fait, et que cette reliure faite à la main et composée de dessins que d’autres prendraient pour de sombres gribouillis, lui va bien.