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Trouvé le disque d’Emeralds sorti sur Ecstatic Peace, un split avec un groupe que je ne connais pas, Tusco Terror. J’aime bien la pochette, j’aime bien la musique, j’aime bien tous ces bruits, cette douce frayeur.

Dans mon panthéon musical, Cluster II est un classique, un album auquel je reviens sans cesse depuis 15 ans, depuis la première fois queje l’ai entendu. Sa pochette est follement pop, mais pas dans le sens de Warhol. Plutôt dans la même mesure que l’étaient les génériques dessinés et animés des émissions de télé des années 70 : naïfs, enfantins, lumineux. La musique est tout différente de la pochette, bien plus sombre, décatie. Des drones construits en direct, qui sonnent comme les hélicoptères d’Apocalypse Now et tranchent dans les oreilles. Il y a là comme un rêve qui se joue, parfois empli d’échos de guitares hawaïennes salement saturées. Sorti au début des années 70, cet album est bien de son époque, idyllique, rêveur, ombrageux. Le suivant, Zuckerzeit, sera bien plus pop et volatile, rythmique et galopin, tout aussi essentiel que celui-ci, comme une face plus fugace d’un bel astre noir.

C’est le genre de disque que l’on n’oublie pas, qui reste encastré dans la mémoire, même s’il a, à la première écoute, l’air d’à peu près rien. Le titre du disque m’avait interpellé, Drone et j’en avais entendu parler sur des sites, qui en faisaient souvent le maxi de l’année 2008 – ou presque. Etonnant pour un disque sans pochette, sans aucune inscription à part le nom du label (Modern Love), n’ayant qu’une seule face à son actif et composé par Move D, un producteur dont on n’avait plus vraiment pris de nouvelles depuis la fin des années 90. Par hasard, il y a une semaine ou deux, je suis tombé sur le disque dans un magasin de techno. Je n’avais aucune idée de ce qu’il était, je l’ai posé sur la platine, trouvé plutôt bien et cru qu’il s’agissait d’une production Deepchord (dont certains disques sont sortis sur le même label). Arrivé la maison, je me rends compte, en vérifiant les inscriptions gravées sur le vinyle, qu’il s’agissait plutôt du Drone de Mode D. Un seul morceau, long, qui arrête le temps, impose un gel des mouvements, en faisant tournoyer des nappes mélancoliques, une rythmique lentement tendue, doucement étendue. Il y a là quelque chose de happant fabriqué à partir d’éléments n’ayant rien de neuf ou de révolutionnaire, mais qui, agencé ainsi, ne demandent qu’une chose : être entendus, réécoutés, sans lassitude.









Je n’ai jamais su faire de skate, ni de vélo. Mais j’aurais bien aimé, tout de même, savoir faire du skate. Ou peut-être du surf. J’aimais bien le Surfer d’Argent, même si je le trouvais trop mélodramatique. Le skate aurait pu me plaire. Aujourd’hui, j’aime bien écouter les Skaters, un duo américain qui produit des paysages sonores bourdonnants et lo-fi, à la limite du noise. Récemment, ils passaient à Paris, dans une cave d’un café de Ménilmontant et j’en ai profité pour acheter les disques qu’ils vendaient. Un vinyle et un CDR d’un des membres du groupe, James Ferraro. Il y en avait plus d’un, mais j’ai pris celui dont la “pochette” me parlait le plus. Ou plutôt celle déjà aperçue sur quelques blogs et qui dissimule deux morceaux, 40 minutes, d’extase répétitive, assez joyeuse, comme une version en amateur presque éclairé des longues excursions de Terry Riley, mixée avec des sons pris sur un bootleg mal enregistré des Beach Boys. Le disque s’intitule Marble Surf. Essayez de le télécharger, il vaut la peine que l’on s’y perde.

Sorti uniquement en double vinyle, enregistré live à Bergen en Norvège. La pochette est épaisse, le vinyle est coloré, la musique endurcie. Au début, je me disais que c’éait là un Sunn de plus. Mais en l’écoutant mieux, je me rends compte que c’est l’un des meilleurs enregistrements de ce groupe. L’avoir réalisé en concert, dans un église en Norvège, n’évoque pas tant le mysticisme des groupes de Black Metal, mais plutôt celui d’un John Coltrane ou d’un Albert Ayler, toujours à la limite, aux marges de ce qui est raisonnable d’entendre, d’écouter.




