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Depuis que j’ai découvert son premier CD l’an dernier à Marseille, sous une pochette sérigraphiée par le Dernier Cri, je guette les tentatives discographiques de Bex. Et là, je suis très heureux de découvrir que son nouveau disque, tout en bruits et en fureurs lentes, est enveloppé du plus bel écrin : un livre de ses dessins sérigraphiés, édité à 200 exemplaires et trouvé en même temps que celui, encore plus éblouissant, de Mat Brinkman. Il y a là comme une parenté dans la monstruosité, les mutations, les dessins devenus comme radioactifs - je reparlerai de celui de Brinkman dans un prochain post. En attendant, la musique de Bex est
un idéal négatif pour la saison : tout en boucles de guitares, oraisons rauques, échos distants, instincts caverneux. Installé à Marseille (tout comme l’excellent shoegazer Alcest est situé quelque part vers Avignon je crois), Bex donne envie, tout comme le Dernier Cri, de retourner se frotter à cette ville, tout contre, tout contre.

Sur le site de Stephen O’Malley : www.ideologic.org

Ces photos envoyées par Laurent Bergès me donnent très envie d’aller les voir à Paris alors même que je redoutais ce concert, histoire de ne pas être déçu, vingt ans plus tard par le groupe qui a changé ma vie, vraiment.

J’ai acheté ce disque parce que j’en avais entendu parler et surtout parce que j’en ai entendu un court extrait dans le magasin où je l’ai trouvé. J’ai immédiatement pensé à la première fois que j’ai entendu Six Organs of Admittance : le même ton légèrement lugubre, la même mélancolie, le même vent, qui souffle quelque part derrière. Mais ici, il y a moins de dextérité, presque pas de voix, moins de pathos, et peut-être un peu plus de tristesse qui s’échappe des minces espaces de silence qui subsistent entre les résonances des cordes. Ben Nash est anglais et il faut écouter son disque d’une sensibilité qui pousse à l’abandon de soi.

www.myspace.com/bennash1

http://www.aurora-b.com/BEN_NASH.php

Cette semaine, à Paris, il ne faut pas rater le concert d’un groupe plus que mythique : les anglais White Noise, qui ont notamment sorti un disque électronique et psychédélique à la fin des années 60. Ils se produisent à la Bellevilloise, durant une journée consacrée aux 40 ans de Mai 68 - avec un mois de décalage sur les célébrations officielles, on appréciera le comique très LSD, en retard d’une séquence, de la date…

A la même affiche, il y aura aussi le trublion psyché funk Arthur Brown, qui a aussi sorti quelques disques mythiques, les français Turzi et Etienne Jaumet (Zombie Zombie), une projection de films de Pierre Clémenti (New Old, Visa de Censure), ainsi que des débats - dont on espère que les participants auront ingurgité autant de pilules qui font disjoncter les neurones que les gars de White Noise avaient dû s’en enfiler en 68, en produisant leur disque d’hallucination proto-folle. Bref, à ne pas rater.

J’aurais peut-être mieux fait de m’abstenir.

Quand j’étais gamin, au début des années 90, Spiritualized était mon groupe préféré. Parce qu’il venait juste après Spacemen 3, mon groupe préféré de tous les temps dont j’avais raté l’unique concert parisien que j’aurais pu voir à cause d’une fille qui m’avait retenu trop longtemps. Je me souviens encore de la queue devant la station de taxis à Maubert Mutualité, un samedi soir. Trop d’attente et raté Spacemen 3. Heureusement, un an plus tard (ou deux), j’ai pu voir un des premiers concerts de Spiritualized à la Locomotive. C’était juste après les résultats du bac et le monde était ouvert. Spiritualized était tout à fait différent de tout ce que j’avais pu voir alors : Jason chantait assis, dans un nuage de fumée et tout ce qui se dégageait de ses chansons était d’une étrange beauté narcoleptique, psychédélique et doucement vagabonde, à la dérive. Plus tard, j’ai eu la chance de rencontrer Jason, grâce à un ami commun, Thierry, qui avait lui aussi un groupe, Reverberation, méconnu mais dont je me suis occupé un temps. Je me souviens même d’un coup de fil ou deux de Jason en pleine nutit pour me demander des nouvelles du groupe. Puis, les années passant, Reverberation s’est éteint et je n’ai plus revu Jason qu’à de maigres occasions, lors de venues pour des concerts ou de la promo. Mais quoi qu’il arrive, quelle que soit l’époque, j’ai toujours eu de la tendresse pour ses disques. Et le nouveau m’attire plus encore que les autres : là où les plus récents albums de Spiritualized le voyaient opter pour des chemins un peu grandiloquents, faisant du rock comme s’il tentait de trouver une juste voie entre les Stooges et Aretha Franklin, ce nouvel album est bien plus simple, presque plus lucide et immédiatement touchant. Son histoire est perturbante : Jason, récemment, a failli mourir et cet album est construit à partir de cela. Son titre se réfère aux urgences (A & E en anglais), mais aussi aux notes qui le dominent (A & E, toujours, c’est à dire La et Mi - corrigez-moi si je me trompe). Dès le premier morceau, le chant est bien plus heurté et meurtri, comme blessé, que par le passé - ou en tout cas, c’est bien l’impression que donne la voix de Jason à qui la fréquente un peu. Surtout, l’album ne sombre jamais dans des tentations de grandiloquence ou de jeu trop symphonique, trop dramatique. Jason semble avoir coupé systématiquement ses effets et les envolées trop planantes du passé pour construire un disque où résonnent par moments juste trois notes de piano qui, coincées entre deux morceaux, en disent long sur cet état d’esprit entre chien et loup, entre diurne et nocturne qui habite le disque. Il y a là comme un état de fièvre qui conduit le disque d’un bout à l’autre. Une fièvre étrangement solitaire. Après toutes ces années, Jason demeure bien encore le meilleur compagnon de nos solitudes les plus intimes.

Je suis fasciné par l’univers sonore de Nurse With Wound, depuis plusieurs années déjà. Le groupe, qui est surtout l’émanation de la vision musicale d’un seul homme, l’anglais Steven Stapleton, existe depuis la fin des années 70. A cause de ses premiers disques assez denses, sombres, tendus, composés de paysages sonores froissés, de collages expérimentaux oscillant entre le bourdonnement et le dadaïsme pur, le groupe a été catégorisé dans la musique industrielle. Pourquoi pas ? Le genre est, en fait, tellement vaste qu’on peut y mettre beaucoup de monde. Toujours est-il que Nurse with Wound déroute souvent l’auditeur en empruntant des voies inattendues.

La semaine dernière, par exemple, réduit à un duo, NWW jouait à Paris à la Cité de la Musique, sonorisant un film assez magique de Murnau, la terre qui flambe. La partition était composée de bruits de vieux vinyles qui craquent, de drones résonants et, parcimonieusement, de touches de piano. L’ensemble était d’une beauté assez spectrale, en plein accord avec le film et j’ai hâte que ce petit ensemble sorte un jour en disque. En attendant, dès la fin du concert, j’ai acheté le nouvel album du groupe, Huffin Rag Blues, qui venait d’être mis en vente. Musicalement, rien à voir avec le concert, bien que le disque ait été fait par le même duo (et avec quelques invités, notamment au chant). Ici, pas de drones, ni de strates industrielles ou krautrock. Tout cela laisse place à des sons et des compositions bien plus lounge, latines presque, parfois étrangement blues. Mais, comme d’habitude chez NWW, dès qu’un climat s’installe, il devient urgent de le modifier, de la casser. Ici, après quelques morceaux qui font croire que l’on est revenu quelque part dans les années 50, dans un club métissé de jazz, surgissent soudain des enregistrements de bruits d’animaux, de ferme, qui happent progressivement l’attention jusqu’à chasser toute chanson. Le changement est surréaliste, drôle, perturbant. Et laisse la place à un morceau qui fait penser à un pastiche assez génial de Nick Cave.

Et d’un bout à l’autre tout le disque nous malmène ainsi, prenant un vrai plaisir à distiller des sonorités plaisantes, immédiatement accessibles, mais comme pour les réduire subrepticement au néant en y incorporant des sons presque subliminaux qui disent que cet easy-listening là n’est que de façade, que l’on s’amuse bien, mais jamais entièrement. Il y a un vice caché dans ce bonheur-là, qui donne d’ailleurs au plus beau morceau du disque, le joliment titré Thrill of Romance… ?, une patine extrêmement élégiaque rehaussant plus encore la nostalgie et les larmes rentrées qui pointent dans la voix réverbérée de la chanteuse Freida Abtan - comme une version de fin de nuit, primitive et fatiguée, d’un morceau de Can ayant oublié toute frénésie dansante au profit d’une quiétude malaisée de mort annoncée.

Cinq disques dont je ne suis pas certain qu’ils aillent bien avec le soleil de mai. Ou la pluie. Le premier, la BO de Pat Garrett & Billy the Kid par Bob Dylan, bien sûr, est un classique, mais je ne l’avais jamais eu. Je me souviens pourtant de l’effet assez psychotrope ressenti en regardant le film. Il y a là quelque chose d’étonnant, comme un mélange entre un disque de country et un album de Steve Reich. Des parties instrumentales assez crépusculaires, répétitives, donnent l’impression d’un album dépressif et mélancolique, mais qui se dévoile vite comme un étonnant euphorisant, tout en retenue. Lorsque la voix de Dylan surgit, rare, tout se précipite comme en une petite implosion des sentiments.

L’album de Nadja, Touched, est une réédition en vinyle d’un Cd sorti l’an dernier. Cette nouvelle édition est fabuleusement belle, ornée de photos nouvelles, prises par Seldon Hunt qui a pour habitude de capturer une nature d’apparence tranquille, mais toujours insidieusement inquiétante. Le pressage est parfait, dévoile la musique pour ce qu’elle est : lente, lourde, prenante, mais aussi fascinante de densité.

Rien à redire sur la compilation de Model 500, sinon qu’elle vient d’être rééditée et qu’elle est assez impeccable dans son genre.

L’album de Tsé, La Ralentie, est arrivé hier. Tsé est un ami, qui vit à Berlin. Et hier en visitant l’expo Nieves, j’ai vu Isabelle Boinot qui m’en a parlé. Coïnicidence ? En tout cas, après une écoute rapide, l’album a l’air beau, s’envolant vers des territoires différents du dub électronique des sorties précédentes. Tsé y chante comme s’il était en train de faire son dernier disque et c’est ainsi que tous les disques devraient être faits. Et la pochette est somptueuse, impeccable.

Enfin, un disque qui va faire parler de lui dans le petit cercle des adeptes de noise et de bruit : l’album de Dan Friel, Ghost Town, est une déflagration assez insensée, qui évoque une sorte de My Bloody Valentine métallique, une collision entre Kid 606 et Merzbow, mais encadré dans un appareillage presque pop. Ici, sept morceaux forment cet album court, incisif, dont on se demande avec quels instruments sucrés il a été composé. Comme le bruit du sucre qui crie doucement en fondant. ça s’écoute par là : http://www.importantrecords.com/releases/imprec187_release_page.htm

Publié par l’excellent éditeur new-yorkais Zone Books, cette étude fait le point sur l’oeuvre de Tony Conrad, sa position dans l’histoire de la musique et du cinéma, et ses contributions à la scène expérimentale depuis les années 60. On y croise La Monte Young, Le Velvet Underground, Faust, Mike Kelley, Henry Flynt, etc.

Le disque n’est sorti qu’en vinyle et c’est ainsi qu’il fait vraiment sens : un morceau par face, d’une vingtaine de minutes chacun. Le premier, J’accuse Ted Hugues, est une sorte de tentative de faire un drone, enregistré live. Bien sûr, Sonic Youth n’est pas Double Leopards (le plus beau groupe de drones/guitares) mais son morceau est touchant parce qu’on reconnaît ses sonorités, la voix de Kim Gordon, les guitares qui se salissent à mesure qu’avance le temps et qui vrillent le même sillon comme pour reconstituer ce qu’était la sensation même de jouer au sein du Theatre of Eternal Music ou le Dream Syndicate, les groupes de LaMonte Young, John Cale et Tony Conrad qui, dans les années 60, inventaient le minimalisme rock. Sur l’autre face, un morceau composé pour agnès b. Mais jamais utilisé par elle. On y retrouve Jim O’Rourke puisque le morceau a été enregistré durant ses années (récentes) dans le groupe. Dès les premiers instants, la composition se dévoile belle, contraste avec la rugosité de la première face et emplit l’espace sonore de petites touches presque nostalgiques et bourdonnantes aussi. Peu à peu, le morceau devient plus spectral, jusqu’à faire peur. Rien de pop ici, mais pas mal d’angoisse et tout de Sonic Youth, qui donne par de telles entreprises, des nouvelles régulières, et semble ainsi ne jamais vieillir : à le fréquenter si assidument, on ne voit surgir ni ses rides, ni les nôtres.

Il y avait là quelque chose de définitif sur ce que c’est qu’un concert de rock, sur ce que c’est qu’être dans le public, d’attendre, d’être là en admiration devant un groupe pour lequel, adolescent, on pourrait se laisser mourir. Il y avait la musique de KTL (moins apocalyptique qu’à l’habitude, mis à part le fabuleux mur du son final, plutôt cataleptique) et ces bouts de phrases de Dennis Cooper - Gus Van Sant, seul, manquait à l’appel : mais c’est comme si son fantôme avait été tout le temps là. Quelques corps, des marionnettes et je me souviens de tous les concerts que j’ai pu voir, adolescent et ensuite, durant lesquels je me suis senti à la fois pantin et excessivement vivant.

Cvrloveless
Lu cette nouvelle sur Wired.com : Sony devrait rééditer les deux albums classiques de My Bloody Valentine, Isn’t Anything et Loveless, dans des versions remasterisées. Il y en aurait même trois différentespour chaque disque : le mix original, un nouveau mix réalisé par Kevin Shields et un troisième mix, réalisé par la maison de disques (drôle d’idée, ça…). Kevin Shields serait impliqué de près dans tous ces projets, qui arrivent au moment même où le groupe se reforme pour une série de concerts, ainsi que pour la programmation du festival All Tomorrow’s Parties à New York.


Hendrik Hegray a sans doute publié plus de fanzines que n’importe qui d’autre. Parmi eux, il y a le récent Nazi Knife dont le titre sulfureux et troublant ne doit pas masquer le contenu : Hendrik en a édité avec le dessinateur Jonas Delaborde (et l’aide de l’éditeur FLTMSTPC pour le dernier), 4 numéros entièrement dédiés à des accumulations de dessins punk - le prochain devrait être coédité par les américains Buenaventura Press, éditeurs du magazine Kramer’s Ergot où l’on retrouve Chris Ware, Gary Panter, etc.

Hendrik a aussi, surtout, inventé le fabuleux Télérama, détournement photocopié de l’hebdomadaire du même nom. Mais en fait de détournement, Hendrik en a seulement repris le logo et entièrement réaménagé l’intérieur, devenu une sorte de caverne photocopiée où se croisent et s’entrechoquent images déconcertantes (souvent sexuelles, mais pas uniquement), photos trouvées au hasard du net, dessins originaux. J’en avais parlé une fois ou deux, déjà, dans les Inrocks, il y a trois ou quatre ans. Il y a eu en tout dix numéros de Télérama, à peu près tous introuvables ou presque. Essayez Un Regard Moderne ou Bimbo Tower, on ne sait jamais : un numéro peut bien encore y traîner.

En tout cas, pour ne pas laisser ce faux Télérama aux oubliettes ou aux archivistes spécialisés en fanzines graphiques, un petit éditeur (kaugummi) a eu la bonne idée d’en élaborer une compilation. Ou en tout cas, un numéro spécial, numéroté 11, constitué de fragments des précédents, ainsi que d’images prises dans quelques autres fanzines d’Hendrik et d’inédits.

Le livre sera lancé au moment du finissage de l’expo d’Hendrik, qui se déroule jusqu’à dimanche à la galerie France Fiction à Paris. Le premier tirage est minuscule : 100 exemplaires. Histoire de ne pas vexer le vrai Télérama ?

France Fiction
6bis rue du forez
75003 Paris

http://wearekaugummi.free.fr/

Trouvée sur le site de Stephen O’Malley : ideologic.org

Je rajoute quelques disques d’Eliane Radigue, à écouter :

Trilogie de la Mort

Songs of Milarepa

Adnos I-III

Geelriandre / Arthesis

Elemental II

Je ne sais quoi écrire sur ce disque tant il est d’une simplicité désarmante. Demons est un duo américain, issu du groupe noise Wolf Eyes. Mais ici, tout est fait à partir de synthétiseurs analogiques, comme au vieux temps du krautrock, lorsque Tangerine Dream remplissait des cathédrales avec sa musique planante. Demons, eux, ne remplissent sans doute que des rades perdus, où se trainent des garçons et des filles qui aiment bien entendre une musique un peu différente de celles qu’on leur impose un peu tout le temps, partout. Des garçons et des filles que j’imagine buvant des bières tiédies en somnolant devant les machines qui ronronnent fiévreusement. Peut-être est-ce là une description juste de Demons et de ce disque ? Un ronronnement fiévreux, inquiet et pulsé, envahissant plutôt que dérangeant. Invisible Darkness fait un peu peur, mais pas trop, n’est jamas vraiment noise, mais plutôt très délétère. Son premier morceau sonne presque comme un pastiche de Basic Channel composé par des enfants qui auraient oublié d’activer les effets et les filtres. Ce disqueme fait penser aussi à une vision du futur issue des années 70, entre un film de Jean Rollin (La Nuit des Traquées avec Brigitte Lahaie) et des dessins de Moebius et Druillet. Tout ce que j’aime ?

Merci à HH.

J’adore ce disque, qui est composé à partir des sons des boucles de la Buddha Machine, drôle de petit instrument rempli de boucles aux textures brutes : www.fm3buddhamachine.com

Toutes les infos sont sur le site de monolake, avec pas mal de choses à télécharger gratuitement, notamment sur cette page :

http://www.monolake.de/downloads/layering_buddha_live.html

Happy birthday, HH.

On y trouve des disques totalement déments  rangés dans des podcasts thématiques. J’adore la série intitulée Hidden Homemade Folk : on y entend des disques retrouvés de folk faits à la maison, souvent édités par les auteurs eux-mêmes ou sur les labels de leur pote du coin. Les musiciens sont des amateurs souvent doués ou, au moins, un brin tarés comme ceux de la photo ci-dessus : Chuck & Mary Perrin - vraiment fabuleux, notamment sur le morceau Violets of Dawn. Il y aussi la série Hermit Xtian Sound, qui retrouve des albums tarés de familles chrétiennes qui jouent de la musique comme s’ils allaient à la messe sous acide : je recommande le premier de la série, l’album proto folk-rock anémié des inconnus Rebirth qui commence par un morceau qui doit s’appeller Young Girls, magistral. Ne pas rater le troisième morceau et son explosion pop… Et ne pas oublier non plus une autre série, plus tarée encore : Concrete Congo Audio Zine…Tout cela est fourni avec les craquements des vinyles et, parfois, avec les commentaires des patrons du blog : John et Tovah Olson, qui postent tout cela depuis le Michigan (ils habitent à Ypsilanti, si ça existe), jouent de la musique sous le nom de Dead Machines et sont connectés avec le groupe post-indus noise Wolf Eyes : John a joué avec eux et sorti certains de leurs disques sur son label American Tapes.

http://inzane.podomatic.com/

Difficile de mieux faire dans le genre : un long morceau répétitif et mélancolique, qui s’élève tout doucement. Sorti en vinyle sur le label Root Strata, de San Francisco : www.rootstrata.com

Un extrait : http://www.myspace.com/greggmkowalsky

BLEU HOLOCAUSTE
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une exposition de dessins de
HENDRIK HEGRAY
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du 12 au 27 avril 2008
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à FRANCE FICTION
6bis rue du Forez 75003 Paris
www.france-fiction.com
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vernissage vendredi 11 avril 18h-21h
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Depuis une année ou deux, je guette les livres et documents qui viennent de Providence, aux Etats-Unis. Notamment tout ce qui concerne un mystérieux dessinateur, connu sous les initiales C.F. et dont voici, ci-dessus, un dessin atypique, empli de couleurs psychédéliques. Il enregistre aussi des disques plutôt noise sous le nom de Kites et ses concerts sont, paraît-il, extrêmement physiques.

Récemment, après avoir sorti plusieurs fanzines, pas mal de sérigraphies, publié des dessins ou des historiettes dans diverses revues, C.F. a sorti son premier vrai livre de bande dessinée : Powr Masters, publié par la maison d’éditions Picturebox. Celle-ci avait sorti il y a un an déjà, un beau catalogue regroupant la plupart des artistes de Providence. Intitulé Wundergound, en voici la couverture :

Ce catalogue s’intéresse aux scènes artistiques de Providence, depuis 1995. Il inclut une multitude d’affiches de concert, de documents rares, de photos de groupes, de dessins. J’ignore pourquoi, mais l’ensemble des affiches mises bout à bout me procure un sentiment d’énergie et d’urgence rarement ressentis. Plus encore que les livres récents qui retraçaient l’histoire du punk à travers ses affiches et flyers, ce livre montre une histoire récente et toujours en cours. Pas de taxidermie, pas d’effet de nostalgie, ni de mausolée virtuel : tout semble encore très vivant - et cela même si je ne connais pas la plupart des groupes et des dessinateurs répertoriés. C’est peut-être ça, d’ailleurs, qui procure cette étrange dynamique : ne pas connaître les noms que l’on lit, c’est déjà se familiariser un peu avec eux et imaginer ce qu’ils recouvrent.

Plus récemment, je me suis plongé dans le premier livre de C.F. qui est une impeccable narration tourmentée, en noir et blanc, souverainement minimaliste (le blanc y est omniprésent qui disqualifie les décors), mais aussi très complexe (les personnages, notamment, sont éminemment sophistiqués, détaillés). Il y a là un esprit surréaliste et ludique, comme un jeu de Dongeons et Dragons détourné de ses racines pour devenir subrepticement punk. Plusieurs volumes sont prévus, mais aucune traduction en VF pour le moment. Dommage, car on se dit que sans les pionniers français de l’Association, ce livre n’aurait peut-être pas la même signification, ni le même lectorat.

Parmi les autres livres issus de cette petite scène, il y a ceux de Brian Chippendale, batteur du duo Lightning Bolt : Ninja et Maggots.

Il y aussi l’anthologie Free Radicals, qui demeure exemplaire d’une liberté de dessiner, d’amalgamer et de mettre côte à côte des dessinateurs sans retenue. Et parfois un peu stupides aussi…

En France, toute cette scène correspond avec les dessinateurs tournant autour de Frédéric Magazine ou Nazi Knife. Mais c’est une autre histoire. En attendant, tous les livres dont j’ai parlé ci-dessus sont trouvables au Regard Moderne à Paris (rue Gît-Le-Coeur) ou sur www.pictureboxinc.com/

Je suis arrivé au krautrock par Can et Neu!, pour enchaîner avec d’autres groupes, notamment les grandioses Ash Ra Tempel. Tangerine Dream a toujours été un mystère : ce groupe était-il écoutable ? Julian Cope m’avait fourni un début de réponse : dans son livre Krautrocksampler, il disait que les quatre premiers albums du groupe étaient les seuls essentiels : il s’agit de ceux d’avant la signature avec Virgin, lorsqu’ils étaient édités par le label Ohr, mythique maison indépendante allemande. D’ailleurs, ce sont les moins courants. Les autres, je les voyais trop trainer dans les bacs à soldes, résidus des collections des hippies seventies qui avaient depuis longtemps revendu leurs disques en même temps qu’ils perdaient leurs illusions. Depuis, peu à peu, je me mets à réévaluer cette époque de Tangerine Dream, ne serait-ce que parce qu’ils symbolisent un moment atypique : leurs disques étaient composés de longs morceaux, souvent un seul divisé en deux faces, et édités par Virgin, maison hippie mais qui parvenait tout de même à toucher un public assez large, plutôt pop. Aujourd’hui, personne ne prendrait un tel risque et encore moins Virgin, non ? Toujours est-il que je me suis racheté samedi dernier un exemplaire de Rubycon. J’en avais déjà acheté un ou deux exemplaires dans le passé, mais vite revendus - je ne comprenais pas vraiment cette musique, ou en tout cas je la comprenais moins que les drones cosmiques des premiers albums du groupe. Aujourd’hui, sans doute grâce à une écoute plus poussée de groupes comme Quiet Village, Studio et quelques autres, je m’immerge plus facilement dans tout ce qu’a pu faire Tangerine Dream. Et Rubycon me semble un vrai parangon. Le disque débute comme une expérimentation concrète, mêlant sonorités électroacoustiques et atmosphériques, avant d’embarquer, soudainement, dans une odyssée plus rythmée et résonante, comme de la techno ralentie mise sous un aquarium, baignée de drones, de nappes délétères. Bref, il y a là de quoi imaginer un univers entier, le temps de deux faces de 17 minutes chacune. Bien sûr, il y a une vraie saveur hippie dans ce disque, mais il ne sent plus tellement le patchouli d’époque. Au contraire, il est sensiblement baigné dans une onde de violence rentrée, d’énervement caché, comme une implosion permanente des sens.

Depuis quelques temps, je lis et j’entends de plus en plus un mot qui m’est cher : “drone”. Je l’ai moi-même souvent utilisé pour parler de disques qui ne tenaient à coeur et dans lesquels je retrouvais souvent des échos de Spacemen 3, Earth ou LaMonte Young - deux artistes par lesquels j’ai appris la signification de ce terme, ainsi que la beauté musicale dont il peut être porteur. Récemment, le succès de Sunn O))) a popularisé cette appellation et donné, aussi, l’impression que faire des disques de drone est un exercice facile, simple et efficace : après tout, il suffit de tenir la même note longtemps, de laisser durer indéfiniment les choses pour créer un inamovible mur du son. Or, ce n’est pas si simple que cela. Comme me le faisait remarquer Jim O’Rourke il y a quelques années déjà, “un bon drone doit avoir des dents”. Des dents pour mordre, des dents pour pouvoir s’y accrocher, des dents comme autant d’aspérités, en fait. Un drone vous regarde, s’agrippe à vous et fait de l’écoute musicale un vrai renversement : le drone est autant à l’attention des sentiments de son auditeur qu’inversement. Un drone dévoile ce qui qui vous habite et vous hante. Il permet l’introspection, le questionnement de soi, la rêverie aussi, la mélancolie parfois.

Parmi les nombreux albums de drone sortis ces derniers temps, il y en a une maigre poignée qui m’a vraiment bouleversé. Ailleurs dans ce blog, j’ai déjà mentionné les disques des anglais Rameses III, qui produisent des longues plages bourdonnantes, mais emplies de mélodies. Leurs albums sont à écouter, car ils contiennent quelque chose d’inédit. Mais, ces derniers jours, il y a eu trois disques, surtout, qui m’ont donné envie de me plonger dans leur matière même.

Le premier est de Peter Wright (vu en concert en décembre aux Voûtes à Paris, en première partie de Stars of the Lid).

Depuis, il a sorti un album live sur le label Archive.

J’y entends des oiseaux, des guitares tenues longtemps, longuement, comme autant de murmures qui se font écho, qui planent habilement, cérémonieusement. Enregistré  durant différents concerts, ce disque est empli de ces atmosphères somnolentes que j’adore, qui me donnent envie de rêver doucement. Il correspond en cela avec celui, sorti en CDR par le label français Cook an Egg, d’un certain Shoeb Ahmad. Là aussi, sa guitare traitée fait des merveilles, tournoie sans en donner l’impression et, malgré les blocs immuables qu’elle semble construire, se dévoile peu à peu fragile, habitée par des motifs délicats. De la dentelle atmosphérique.

Mais, peut-être que le plus intéressant, en ce moment, des fabricants de drone à base de guitare n’est autre que le belge qui se dissimule sous le nom à rallonge de Fear Falls Burning. Raté en concert il y a quelques mois (à la Locomotive en première partie de Jesu), je me suis rabattu sur les disques qu’il vendait alors et tombé sous le charme de ses longues plages qui oscillent entre Sunn O))) et LaMonte Young, My Bloody Valentine et Nadja. Ces prochains jours, il sort un nouvel album, Frenzy of the Absolute, sur lequel il joue avec des percussionnistes. Leur présence rajoute une atmosphère plus psychotique encore à ses longues compositions délétères, qui en deviennent remplies de parcelles d’angoisse. Fear Fallas Burning ne construit pas des drones rêveurs comme Peter Wright ou Shoeb Ahmad. Mais les siens, comme ceux des deux autres, sont très organiques et vivants. Ils ont plus que des dents : ils mordent là où ça fait mal.

J’ai commencé à écouter Theo Parrish un peu après avoir découvert les disques de Moodymann et j’ai longtemps pris l’un et l’autre pour des sortes de jumeaux, notamment parce que j’avais entendu dire qu’ils avaient travaillé ensemble, étaient originaires de la même ville (Detroit) et avaient sorti des disques sur les labels l’un de l’autre. D’ailleurs, le premier maxi de Theo Parrish que j’avais acheté (chez Rough Trade, à Paris), Took Me All The Way Back, était édité par KDJ, le label de Moodymann. Puis, ces dernières années, les disques de Moodymann m’ont moins intéressé (notamment depuis son virage jazz, que je trouve trop inégal - et le fait d’avoir été déçu les deux dernières fois que je l’ai vu jouer) tandis que ceux de Theo Parrish me passionnent de plus en plus. Theo, d’ailleurs, semble dans une période très prolifique : plusieurs maxis, dont une série d’edits, sortis ces deux ou trois dernières années, qui comportaient tous des moments très ravissants. J’aime notamment son sens du rythme, des rythmiques synthétiques assez minimalistes mais qui conservent, malgré leur nudité, quelque chose de très enrobé, enlaçant. J’adore aussi sa manière de mixer dans ses morceaux des accords joués au Fender Rhodes : les réverbérations de ce piano électrique me rendent toujours assez bête, assez heureux. J’ai même rencontré Theo une fois, dans une chambre d’hôtel à Paris, avant son premier passage au Rex (organisé par Serge Nicolas). On a parlé longuement (je crois que la DJ Eva Peel était dans la chambre avec nous, avec son petit chien - mais ma mémoire me joue peut-être des tours). Je me souviens notamment de ce qu’il racontait sur Detroit et, surtout, sur l’influence de John Cage sur sa musique. John Cage ? Oui, et cela fait toujours plaisir d’entendre un producteur de house mentionner les théories de Cage, histoire d’aller au-delà des clichés hédonistes sur la musique de club. Theo parlait notamment de Cage en relation avec la musique comme bruit (ou le bruit comme musique plutôt) et j’ai toujours gardé cette liaison entre eux deux en tête. Du coup, le titre de l’album tout juste sorti de Theo Parrish me parle encore plus : Sound Sculptures - sculptures sonores. Cage aurait sûrement apprécié. Et je l’apprécie d’autant plus que, sous sa forme de double CD, cet album est un des plus hypnotiques et délectables que j’ai écoutés ces derniers temps. D’habitude, je n’ai pas le temps pour les albums doubles : trop longs, trop gavés. Mais là, il n’y a pas une minute de trop. Et cela, même si Theo fait durer ses boucles comme personne, leur donne le temps de s’installer, de prendre possession de l’espace, des oreilles. Chez lui, sur ce disque, tout dure une éternité. Mais cette éternité passe avec une délicatesse incroyable, un sens de la précision et du temps qui coule avec fluidité. A peine un CD terminé, que j’ai hâte de mettre le suivant, pour me laisser porter plus encore par ses inventions rythmiques qui sont autant de mélopées hésitant entre l’atmosphérique et le funk, la berçeuse et la danse, la ritournelle et le bruit pur. Comme un mélange entre John Cage et Prince. Sans plaisanter, ni forcer, voilà un des disques de l’année, déjà.

Groupe anglais, Rameses III produit une musique très neurasthénique, aux bords du sommeil. Des drones, donc, mais qui ont de jolies particularités : celles d’être joués par musiciens délicats, qui ont l’air d’avoir écouté les disques de Durutti Column et Labradford plutôt que ceux de Throbbing Gristle et Wolf Eyes. Du coup, leurs bourdonnements résonnent avec une chaleur immédiate, oscillent entre les oreilles à coups de notes de guitare, flottantes et éparses, formant, bout à bout, d’étranges zones mélodiques. Ce nouvel album (le précédent, une collaboration avec l’américain The North Sea, intitulée Night of the Ankou, était déjà de haute volée narcoleptique) est double : un Cd enregistré live et un autre composé de morceaux mixés par des proches du groupe. L’ensemble évoque les américains Stars of the Lid ou encore quelques moments de Brian Eno, et il y a là comme un sentiment de flottement apaisant. On pourrait être dans le mièvre, mais on est au contraire dans une musique qui n’a rien de figé, rien d’arrêté. Au contraire, tout ici est question de parcours, de cheminement : peu importe la destination, les échos de cet album vibreront longtemps, à la manière d’une forme nouvelle de musique classique, idéale pour rêver en se tordant les sens. Bonne nuit.

Après le festival Présences électroniques du GRM, à la maison de la Radio, écouter Daniel Menche est une suite logique. Surtout ce disque, qui sonne comme un mélange entre les moments les plus abrasifs de la musique concrète classique et les instants les plus mélancoliques (s’ils existent) de la musique noise. Je ne sais pourquoi ce disque me plait : pour beaucoup, il serait inaudible, insoutenable. Mais je suis heureux de l’avoir trouvé (même si je n’ai pas l’édition en vinyle blanc, limitée à 100 exemplaires, tant pis pour la taxidermie). Et surtout, je suis très heureux de le posséder pour sa pochette dessinée par Emily Hyde, dont j’ignore tout mais dont j’adore le trait. Je n’ai pour le moment vu ses dessins que sur des pochettes de disques (Elle a aussi illustré un Cd de Menche, Glass Forest, sorti en même temps que le vinyle Body Melt et peut-être plus accessible, plus contemplatif presque, et minimaliste vers sa fin, qui évoque le spectre d’un Steve Reich anémique). Il y a en tout cas dans le trait d’Emily Hyde quelque chose de végétal et de gothique, d’organique et de cadavérique. Son encre me ravit et me fait peur, m’évoque l’univers d’une autre habituée des pochettes noise, Megan Ellis (http://www.meganellis.net/).

J’ai hâte de continuer à tomber par hasard sur les pochettes qu’elles illustrent et découvrir, par leur biais, d’autres disques intenses, denses, colériques, décapants.