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Cut-Ups, Drones And Other Weird, deuxième album du label Premier Sang, tenu par Hendrik Hegray, est une belle suite au précédent, le Flame Désastre de Sister Iodine.  Tous deux ont en commun une intensité sonore très palpable, presque comme de la matière en fission. Mais, là où le premier disque du label juxtaposait les morceaux courts, celui-ci, dû aux vétérans noise Américains Macronympha, enregistré en 1993 et précédemment sorti sous forme de CDR, met plutôt en avant, sur quatre faces lourdes, des blocs de sons, de bruits, de frottements. Ces mouvements longs, reformatés pour le vinyle, forment comme un quadrilatère de béton devenu magma sonore, et ne se laissent pas facilement apprivoiser. Au lieu de donner dans la brutalité, la répétition pure ou l’atmosphérique glacé, ils mixent les trois et un peu plus encore : cette musique, que l’on aurait tort de croire être seulement du bruit improvisé, se dévoile essentiellement construite, à la manière dont Burroughs bâtissait, peut-être, ses cut-ups sonores, avec un double sens du hasard et de la précision. Ici, Macronympha colle, déchire, remet, replace, exile, bouleverse ses sons au gré d’une logique délétère qui finit par apparaitre entière au bout de l’écoute : une logique de l’accumulation et de la perte, de la saturation des sens de l’auditeur à l’aide d’informations soudaines, qui donnent à l’oeuvre un air de foisonnement oblitéré. Le disque est à l’image de la pochette conçue par Hendrik Hegray : son recto est d’une simplicité de photocopie pâle, grise, avec nom et titre. Le verso dénote tout de suite : une vieille image froissée de fille brune montrant son sexe poilu, sur laquelle est collée un drôle d’amibe numérique aux couleurs d’arc-en-ciel artificiel. Le contraste est saisissant, comme la musique. A l’intérieur, les vinyles sont verts transparents, et un insert fournit des images qui sont peut-être autant d’indices pour avancer dans l’écoute – ou non.

Quelques années déjà que Nazi Knife est édité et deux ou trois ans que ce fanzine est devenu un peu plus gros, arrivant à chaque fois vers Noël. Débuté comme un recueil assemblé par les artistes Hendrik Hegray et Jonas Delaborde, qui y compilent leurs travaux et ceux de leurs plus proches contemporains (notamment américains), Nazi Knife est un condensé de ce qui se fait de moins définissable, catégorisable ou hypothéquable dans le dessin contemporain – et de plus dynamité / dynamiteur surtout ! Ce qu’on y voit est un équivalent de ce qu’ont dû être les premiers disques noise arrivés du Japon ou les premiers albums de krautrock distillés hors d’Allemagne dans les années 70 : une surprise flagrante, une couche sédimentaire nouvelle venue engloutir ce qui se faisait auparavant, bâtissant un niveau différent de compréhension du réel. Nazi Knife relève un peu de cela : une percée dans le réel, tel qu’on ne le voit pas. Et ce 6ème numéro (même s’il y a eu un demi numéro entre le 5 et le 6) explore encore autre chose : resserré autour d’une poignée d’artistes, qui ne sont, comme d’habitude, jamais identifiés à leurs oeuvres ou leurs pages, ce nouveau volume est empli d’une étrange mélancolie, d’un sentiment de fin de nuit ou de fin de cycle. Est-ce la fin des années 2000 qui pousse à cela ? Toujours est-il qu’il y a là des échos d’un passé, qu’on n’a jamais l’occasion d’explorer : celui des cassettes VHS, des salons qui sentent encore les années 80, des héroïnes de films X ou de séries Z – un passé extrêmement présent mais que la culture populaire dominante ne regarde pas ou pas encore vraiment. Il y a là tout cela, encadré par des dessins ou des collages de créatures indéterminées, inexpliquées (notamment dans les dessins qui semblent tirés des carnets de Hendrik Hegray), mais aussi par des interludes « cosmiques » où l’on reconnait la mise en scène si particulière de Jonas Delaborde. Il y a donc là tout un ensemble d’éléments graphiques qui ne cherchent ni à être beaux ni à être jolis, mais qui sont tout simplement emplis d’une saveur douce-amère, d’une sorte de joie triste, opaque et améthyste. On est dans un livre comme on en croise rarement, un livre où l’on peut tout et rien lire, un livre qui saisit 2009 et sans doute aussi 2010 comme peu d’autres le feront jamais. Il faut dépasser le ‘scandale’ du titre, oublier les provocations pour saisir pleinement le déroulé de ce qui se passe là, de ce qui y est raconté  et montré : les débuts pernicieux d’un siècle encore indéfini.

Pour l’acheter : naziknife@gmail.com (18e port compris pour la France) ou à Paris : Bimbo Tower, Yvon Lambert, Un Regard Moderne, Philippe Le Libraire, Arts Factory Winter Show…

Depuis que je l’ai eu en main, il y a pratiquement un mois, je n’ai pas eu le temps de bien écouter le quatrième album de sister Iodine, Flame Désastre, sorti sur Premier Sang, un tout nouveau label fondé par Sister Iodine et Hendrik Hegray. Là, je m’y immerge et ma tête se remplit des bruits bruts, amalgamés d’une manière faussement sauvage, formant au bout de l’coute comme une coulée de lave industrielle, rageuse, urgente, immédiatement violente et bouleversée. Il y a beaucoup de bruits là-dedans, dans les guitares et les rythmes et les constructions dont je ne sais si elles sont faites avec un ordinateur ou improvisées sur le vif (dans la plaie à vif, plutôt). Il n’y a là rien de facile, ni d’immédiatement plaisant. On est plutôt devant une terre  brûlante, déjà à moitié dévastée. Il y a surtout comme une idée de ce que pourrait bien être les racines de cet album : on croirait entendre là le récit turbulent d’un coeur brisé, d’un amour malaxé dans du béton jusqu’à ce qu’il en ait crevé. Pas de répit, malgré le changement de face. Nous sommes à l’intérieur de l’intranquillité.

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Nouvel album des parisiens Sister Iodine, et un concert de lancement aux Instants Chavirés le 6 mars. Le disque, Flame Désastre, sort sur Premier Sang, un label tout juste fondé par Hendrik Hegray, qui a réalisé la jolie pochette visible ci-dessus. Le dique ne sort qu’en vinyle transparent, édition limitée à 500 exemplaires. Hâte de l’écouter, et déjà trois morceaux sur le myspace du groupe. www.myspace.com/sisteriodine

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Comme le précédent numéro sorti en décembre dernier, le nouveau Rouge Gorge (la revue de dessins éditée par José Maria Gonzales et Antonio Gallego) renferme quelques jolies perles et se regarde comme une longe séquence de dessins qui tentent de cerner un peu le monde. Moins brutal que Nazi Knife, plus brut que Frédéric Magazine, Rouge Gorge esquisse ici une insertion dans le politique, dans le dessin d’actualités et le journalisme. Mais ce n’est qu’une impression. Le numéro contient en tout cas une fabuleuse série d’Hendrik Hegray (pas récente, je crois) : autant de dessins qui donnent l’impression d’avoir été gravés directement sur des buvards à LSD. On y voit aussi de beaux dessins de Frédéric Poincelet, Frédéric Fleury et quelques autres familiers du dessin contemporain.

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(Merci Hendrik)

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