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Depuis que je l’ai eu en main, il y a pratiquement un mois, je n’ai pas eu le temps de bien écouter le quatrième album de sister Iodine, Flame Désastre, sorti sur Premier Sang, un tout nouveau label fondé par Sister Iodine et Hendrik Hegray. Là, je m’y immerge et ma tête se remplit des bruits bruts, amalgamés d’une manière faussement sauvage, formant au bout de l’coute comme une coulée de lave industrielle, rageuse, urgente, immédiatement violente et bouleversée. Il y a beaucoup de bruits là-dedans, dans les guitares et les rythmes et les constructions dont je ne sais si elles sont faites avec un ordinateur ou improvisées sur le vif (dans la plaie à vif, plutôt). Il n’y a là rien de facile, ni d’immédiatement plaisant. On est plutôt devant une terre brûlante, déjà à moitié dévastée. Il y a surtout comme une idée de ce que pourrait bien être les racines de cet album : on croirait entendre là le récit turbulent d’un coeur brisé, d’un amour malaxé dans du béton jusqu’à ce qu’il en ait crevé. Pas de répit, malgré le changement de face. Nous sommes à l’intérieur de l’intranquillité.

Nouvel album des parisiens Sister Iodine, et un concert de lancement aux Instants Chavirés le 6 mars. Le disque, Flame Désastre, sort sur Premier Sang, un label tout juste fondé par Hendrik Hegray, qui a réalisé la jolie pochette visible ci-dessus. Le dique ne sort qu’en vinyle transparent, édition limitée à 500 exemplaires. Hâte de l’écouter, et déjà trois morceaux sur le myspace du groupe. www.myspace.com/sisteriodine



Comme le précédent numéro sorti en décembre dernier, le nouveau Rouge Gorge (la revue de dessins éditée par José Maria Gonzales et Antonio Gallego) renferme quelques jolies perles et se regarde comme une longe séquence de dessins qui tentent de cerner un peu le monde. Moins brutal que Nazi Knife, plus brut que Frédéric Magazine, Rouge Gorge esquisse ici une insertion dans le politique, dans le dessin d’actualités et le journalisme. Mais ce n’est qu’une impression. Le numéro contient en tout cas une fabuleuse série d’Hendrik Hegray (pas récente, je crois) : autant de dessins qui donnent l’impression d’avoir été gravés directement sur des buvards à LSD. On y voit aussi de beaux dessins de Frédéric Poincelet, Frédéric Fleury et quelques autres familiers du dessin contemporain.


(Merci Hendrik)
1. Comment avez-vous procédé pour ce nouveau numéro ? Quelle différence faites-vous entre celui-ci et le précédent ?
Hendrik / Suite au # 4 de Nazi-Knife (qui était le 1er que nous publiions en offset, à un tirage de mille exemplaires; les 3 premiers numéros avaient quant à eux été réalisés en photocopie et jamais tirés au-delà de 100 exemplaires) nous disposions d’une base de collaborateurs relativement solide que nous avons relancés en leur renvoyant cette fois-ci une liste de mots-clés, de pistes, d’idées de direction qu’ils étaient absolument libre de suivre ou pas ; mais l’idée était tout de même qu’ils aient ces orientations potentielles en tête. Après cela, nous faisons en général confiance aux artistes que nous sollicitons, qui possèdent souvent un univers proche de ce que nous voulions déjà mettre en place. Nous avons reçus des contributions souvent égales à nos attentes, parfois étonnantes ou imprévues.
Par rapport au # 4, l’augmentation de la pagination (180 pages pour celui-ci, 120 prédemment) nous a permis à la fois d’inclure plus d’artistes tout en permettant une plus ample affirmation de l’univers que nous souhaitons mettre en place, qui oscille entre la décadence et la mélancolie. Si nous étions très satisfaits du numéro précèdent il nous semble clair que cette nouvelle livraison est plus maîtrisée, notre propos probablement plus clairement lisible.
La participation de certains artistes qui n’ont jamais ou quasiment rien publiés auparavant (Jamie Mc Neill, Cyrille Le Vély, Leon Sadler, Andrés Ramirez) et dont nous admirons le travail nous ravit également.
Jonas / pour le mode opératoire, un texte a été rédigé :
ugly french abstraction of the 30′ (esteve, poliakoff, …) -
unknown/obscure painters -
rotten catalogue of small cities dusty museums -
squares, circles and bones – UFOs cryptic magazines -
diagrams and schemas of jungle people rituals -
real KKK or IRA imagery -
MINIMALISM & RIGOR -
DARK GREY FEELING -
GEOMETRIC ABSTRACTION -
BAD REPRODUCTIONS -
(ethnography / pornography -
bondage with black male/female -)
ce texte a ensuite été envoyé à la plupart des personnes que l’on a invitées à participer (mais pas à toutes, notamment pas à celles pour lesquelles on savait à quoi s’attendre, ou de qui on attendait quelque chose de précis qui puisse venir contrebalancer ce mouvement général qu’on voulait impulser).
Comme ceux qui ont vu le livre ont pu s’en rendre compte, celui-ci n’a en fait pas grand-chose à voir, au final, sur un plan purement visuel, avec ces intentions. Néanmoins, il me semble que ce texte court a participé d’un état d’esprit animant la conception de certaines des images qu’on a publiées.
Par rapport au précédent, ce numéro est plus large. Donc, je pense, plus réussi, parce qu’on a pu y introduire un rythme qui nous convenait mieux (on était moins crispés sur une sélection drastique à effectuer). On a pu se permettre de travailler plus en relief, tout ne se trouve pas forcément au même niveau, sans pour autant hiérarchiser les images, en gardant en tête que ça doit rester un flot, une entité indivisible.
On a aussi recentré l’ensemble, je crois, en mettant de coté des choses peut être trop anecdotiques qu’on pouvait encore voir dans le #4. Ceci dit, fondamentalement, on poursuit le travail engagé depuis le premier numéro : c’est un numéro de Nazi Knife, c’est-à-dire qu’on met dans les mains des lecteurs un pavé d’images qu’on a combinées avec soin et désinvolture, absurdes et rares, qu’on a voulues contradictoires et intrigantes.
2. Quel regard portez-vous sur la continuité entre les numéros ? Comment voyez-vous désormais les premiers numéros ?
Hendrik / Nous sommes très excités par la progression des numéros; les 3 premiers numéros possédaient un charme probablement plus artisanal, mais ils partaient en général très vite auprès d’un public très (dé)limité. Il est donc plus satisfaisant pour nous de le présenter à un public potentiellement plus large, dans des conditions plus professionnelles qui nous permettent de proposer un objet plus ambitieux.
Jonas / On voudrait fonctionner un peu comme le parti communiste : en excluant progressivement tout le monde afin de se retrouver les deux seuls maîtres du parti. Mais on n’y arrive pas et on se retrouve à devoir monter des sommaires avec plus de 20 artistes.
Hendrik le dit bien, les premiers numéros ont un charme et une qualité indéniables, mais ils étaient sur des rails : leur public était prédéterminé et acquit, toutes les copies étaient vendues en moins d’un mois ; en fait, il n’y avait pas réellement de prise de risque. Maintenant avec 1000 exemplaires, on touche vraiment un public qui n’est pas conquis d’avance, enfin on essaie, parce que c’est pas évident. Et, en tous cas, l’étrangeté qu’on veut condenser dans NK est maintenant vraiment reçue comme de l’étrangeté, et non pas comme le signe culturel de l’appartenance au même groupe, celui des « initiés ».
3. Y a-t-il une volonté de créer une histoire ou une narration en utilisant les dessins des autres ? En ce sens, la couverture représente-t-elle un choix particulier qui détermine la lecture de l’intérieur ?
Hendrik / Je n’irai pas jusqu’à dire que le couverture est déterminante. Elle influence dans une certaine mesure l’affect qu’on a par rapport à l’objet, et elle a bien sûr une certaine importance, dans le même ordre d’idée qu’une pochette par rapport à un disque.
Le contenu reste bien sûr le plus important, et nous essayons effectivement, au moment de faire le choix final des images puis le chemin de fer, de créer un certaine narration, assez éclatée et très loin de la codification de l’univers de la bande dessinée ou du catalogue d’exposition par exemple. je parlais d’un univers que nous souhaitions mettre en place, on pourrait presque parler de mise en scène : nous confrontons parfois les images de tel ou tel artiste de manière brutale ou saccadée, puis nous décidons de laisser plusieurs pages de suite à telle autre série afin de donner un rythme propre du début à la fin.
Jonas / Oui je crois qu’il y a une manière de narration souterraine, comme on peut voir une narration dans un livret de montage IKEA rédigé en khmer : une sorte d’architecture invisible qui permet de dire “CF doit être entre Antoine Marquis et Jacques Noël, ça ne peut pas être autrement, c’est cohérent (même si je ne comprends pas pourquoi)”. Tout doit apparaître comme déterminé par une logique à la fois interne au réseau des images et extérieure.
De manière moins ésotérique, ce qu’on travaille surtout, c’est la cohérence plastique des doubles pages et les enchaînements de groupes d’images. Donc il y a forcément une notion de flux, d’évolution au fil de l’ouvrage, donc de narration.
Et puis c’est évident qu’on prend du plaisir à manipuler les images des autres, peut être même plus qu’à placer les notres.
Je ne crois pas non plus que la couverture soit déterminante dans la lecture de l’ensemble. Si ça ne tenait qu’à moi, je ne ferais que des couvertures aveugles. Ma couverture de livre préférée, c’est celle du livre de Elles Sont de Sortie “Bites Nègres Vulves Noires”. Pour moi, ce qu’il y a de vraiment intéressant, c’est ce qu’il y a à l’intérieur.
4. Quelle est la part de nostalgie qui vous pousse à faire NK ? Je pense à de la nostalgie pour des images très marquées comme celles des vidéos des années 80 ou des bandes dessinées.
Hendrik / Aucune nostalgie nous pousse à faire Nazi Knife en tant que tel; après, chaque collaborateur possède ses marottes, Leon Sadler a par exemple une manière étonnante de se réapproprier l’univers des cartoons ou de la bande dessinée humoristique; Cyrille Le Vely, CF ou Robert Beatty, celui de la science-fiction; Mat Brinkman celui de l’heroïc-fantasy, etc…
Nous aimons généralement les univers d’artistes qui ont été marqués par des esthétiques particulières mais qui en proposent une interprétation très personnelle… c’est aussi le fait que de nombreux collaborateurs de NK partagent des accointances dans leurs goûts et leurs influences esthétiques, qu’ils digèrent et régurgitent d’une manière différente, qui permet de créer une certaine cohérence.
Jonas / Je ne sais pas s’il y a une grande part de nostalgie qui nous anime. La seule chose que je peux dire et qui aille dans ce sens, c’est que j’essaie de faire en sorte qu’on élabore un objet produisant la même puissance d’énigme que ceux que j’ai lus, regardés, écoutés et parcourus compulsivement et passionnément lorsque j’ai découvert les graphzines, la peinture vénitienne, les jeux vidéos ou les temples d’Angkor.
Si il y a une part de nostalgie dans nos motivations, c’est une part motrice. Je trouve dommage que le champ de « l’auto édition de dessin contemporain » soit saturé par une masse des productions « sympas » et vaguement roublardes qui se sursignifient. Parce que ce que je voudrais y trouver, c’est l’excitation et la perplexité que je ressentais lorsque je découvrais ces mondes artistiques forts et cohérents que j’évoquais plus haut.
Et certaines vidéos des années 80 ou certaines BD ont pu faire partie de ces mondes.
5. Pourquoi avoir fait un numéro 5.5 ? Pour retrouver l’élan des trois premiers numéros, photocopiés ?
Hendrik / Nous nous somme retrouvés avec énormément de matériel pour NK5, et il est toujours frustrant voire déchirant de mettre de côté telle ou telle image que nous aimons; d’un autre côté nous sommes toujours extrêmement excités par le fait sortir des livres en photocopies, des objets plus fragiles à des tirages plus limités dont nous sommes également de grands consommateurs. Il nous paraissait donc tout à fait naturel de sortir en simultané un numéro parallèle, en fait cela s’est fait très spontanément.
Jonas / Je pense qu’Hendrik et moi essayons de travailler de la même manière quand on fait un numéro à 1000 exemplaires en offset qu’un numéro à 100 exemplaires en photocopies, avec le même surinvestissement désinvolte. Mais effectivement, comme les contraintes techniques (et financières) nous ont obligés à laisser passer un an entre les deux derniers numéros, refaire rapidement un numéro en photocopies permet de garder aiguisée une certaine excitation.
Et puis ça nous permet d’inclure plus facilement des images pour lesquelles on a pas les droits …
Gary Panter, Gary Panter
Serge Clerc, Le Journal
Frédéric Ciriez, Des néons sous la mer
Pierre Maurel, 3 déclinaisons
Ron Regé, Against Pain
William T. Vollmann, Pourquoi êtes-vous pauvres ?
Nazi Knife 5
William Langewiesche, La conduite de la guerre
Blutch, le Petit Christian 2
Marti, Taxista
Shoboshobo, Un bonnet d’abeilles
Menu, Lock Groove Comix 1
Posy Simmonds, Tamara Drewe
Blutch, Vitesse Moderne (édition complétée)
Blake Bell, Strange and Stranger, the World of Steve Ditko
Charles Burns, Permagel
Frédéric Magazine vs Bon Goût
John Pham, Sublife
Hendrik Hegray, Pregnant Bitch & Lucifer Rising
Denis Johnson, Arbre de fumée
Kerozen, Geometric Pollution
José Maria Gonzales, Landscape
Mathias Enard, Zone
Jonas Delaborde, Zodiac Grind
John Porcellino, Thoreau at Walden
Frédéric Poincelet, Poésie
Mathieu Sapin, Salade de Fluits
Blutch, La Beauté
Frédéric Fleury, capable du pire
Bastien Vivès, le goût du chlore
C.F., Powr Mastrs
Yoshihiro Tatsumi, l’Enfer
Fabienne Swiatly, Boire
Pierre la Police & Julien Carreyn, Les demoiselles de Vienne
Andres Ramirez
Sammy Stein, Claquettes & dancemusic
Harukawa Namio, Callipyge
Art Spiegelman, Breakdowns
Winshluss, Pinocchio
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Mention spéciale : Sumimasen d’Isabelle Boinot, à paraitre en 2009.






