You are currently browsing the tag archive for the 'Liban' tag.

Un maxi annoncé à peu d’exemplaires tout récemment et qui reprend un morceau oublié sorti au Liban dans les années 80. Sorti ? rien de moins certain vu que la guerre y battait bien son plein. Sans doute le morceau a-t-il été enregistré et édité sur des cassettes ? C’est à partir d’une cassette, en tout cas, que la réédition a été faite. Elle provient d’un libanais amateur de musique installé en Italie et il parait que le morceau était en fait composé par un membre de la famille Bendaly (dont j’ai déjà posté ici une vidéo les montrant en train de chanteur leur mirifique Do You Love Me ?). On peut écouter un extrait du morceau par là.
Quand un morceau arrive par deux voies différentes, qu’il est recommandé par des amis qui ne se connaissent pas, c’est qu’il a en lui quelque chose de particulier. La famille Bendaly est un petit mythe du Liban et compte plusieurs musiciens. Elle avait même fait irruption dans les années 80 au sein de la variété internationale avec un tube sur l’enfance et la guerre (programmé par Michel Drucker, à l’époque). Mais là, on est au-delà de la variété, dans un moment de musique arabe et hippie, détournée en anglais, sonnant autant Bollywood que Carnaby Street. De quand date ce morceau ? 1978 ? Sur Youtube, on le dit enregistré au Koweit. Mais, le paysage pourrait être celui de la corniche de Beyrouth au loin. Le soleil est le même, et l’insouciance impertinente du groupe pourrait presque être une preuve qu’on est bien là au Liban, en plein pendant la guerre. Ce qui compte, c’est de faire la fête en se demandant qui peut bien nous aimer.





J’étais à Beyrouth il y a quelques semaines et Je Veux Voir venait de sortir. Je suis resté en ville neuf jours durant lesquels j’ai, à peu près toutes les 12 heures, entendu quelqu’un donner son avis sur ce film, comme s’il fallait à tout prix avoir une opinion le concernant – parce qu’après tout ce film représente bien quelque chose d’incongru au Liban : il parle d’un moment de guerre pratiquement dans la foulée de celle-ci. Une prise de parole tout à fait inédite dans un pays qui se fait fort, au terme de chaque conflit, d’oublier d’en parler, de faire comme si de rien n’était. Les réactions étaient plutôt cinglantes. La critique la plus immédiate et souvent la plus violemment formulée concernait le rapport de Catherine Deneuve au pays : que faisait-elle là ? qu’était-elle venue faire et voir puisqu’en regardant le film, l’impression qui domine est bien celle qu’il n’y a rien à voir et qu’elle ne voit rien – ou si peu. Pour autant, tout est là, dans ce néant qui domine le film dont la beauté réside bien dans son aspiration à pourchasser des fantômes. Tout le cinéma des Joreige est là, qui résume la vie de bien des Libanais de notre âge (ceux qui ont aujourd’hui 30, 35, 40 ans), qui ont grandi durant la première guerre, celle des années 70 et 80 : nous passons notre vie à courir après des chimères intouchables. Leurs films précédents montraient cela : Perfect Day mettait en scène la poursuite d’un père disparu et d’une histoire d’amour terminée ; Le Film Perdu n’était rien d’autre qu’un road movie en chasse d’une bobine de film égaré pour toujours, etc. Il ne faut pas confondre : Les Joreige ne filment pas ce qui s’est déroulé (ils me l’ont dit la première fois que je les ai interviewés : ils ont peut de la fascination des ruines). Ils filment ce qui se passe quand tout est terminé, une fois l’événément achevé. Que subsiste-t-il ? C’est, je crois, la question que se posent ceux qui vivent en dehors de leur pays et y reviennent, tentent de savoir ce qu’ils ont raté, mais aussi ce qui s’était déroulé là, quand ils y étaient mais ne savaient pas encore regarder. La présence de Catherine Deneuve est une façon de mettre cette question essentielle en scène à travers un corps étranger, mais qui est tout de même un corps de cinéma.
Je veux voir n’est pas un film sur la guerre, il ne reconstitue rien et il n’est pas non plus un documentaire, mais une manière de regarder le pays, le paysage, après coup.
Les Joreige y ont inclus un morceau que j’ai composé (et un extrait d’un autre). Je n’ai pas fait ce morceau pour eux, mais le mettant là ils m’ont ouvert les yeux sur ce que je cherche en composant : je cours aussi après quelques fantômes de moments insaisissables dans l’instant et qui deviennent des fantasmes perpétuels, quotidiens. Leur film montre un pays, le nôtre – et une quête, inconsolable.
Je Veux Voir sort aujourd’hui à Paris.




















