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Cette semaine, à Paris, il ne faut pas rater le concert d’un groupe plus que mythique : les anglais White Noise, qui ont notamment sorti un disque électronique et psychédélique à la fin des années 60. Ils se produisent à la Bellevilloise, durant une journée consacrée aux 40 ans de Mai 68 - avec un mois de décalage sur les célébrations officielles, on appréciera le comique très LSD, en retard d’une séquence, de la date…

A la même affiche, il y aura aussi le trublion psyché funk Arthur Brown, qui a aussi sorti quelques disques mythiques, les français Turzi et Etienne Jaumet (Zombie Zombie), une projection de films de Pierre Clémenti (New Old, Visa de Censure), ainsi que des débats - dont on espère que les participants auront ingurgité autant de pilules qui font disjoncter les neurones que les gars de White Noise avaient dû s’en enfiler en 68, en produisant leur disque d’hallucination proto-folle. Bref, à ne pas rater.

J’avoue, j’ai cédé à l’ambiance générale et me suis fendu d’un sujet sur Mai 68. Mais j’ai essayé quelque chose de différent : le cinéma autour de Mai 68. C’est là : http://www.vogue.fr/people-evenement-lesprit-68-au-cinema-home-libre364.htm

C’est devant l’accumulation d’articles et de livres autour de Mai 68, que je me suis demandé, d’un coup, ce que l’on pouvait bien écouter à l’époque, sur les barricades. Et me demandant cela, je me suis aussi rendu compte à quel point une large partie de la musique que j’écoute ou qui m’intéresse est un peu issue de ce moment-là. Plus exactement, j’ai une vieille sympathie pour des disques de groupes ou d’artistes français, édités dans les années 70, et qui semblent nés directement au pied des barricades, qui ont été permis par la révolution de 68. Des disques souvent oubliés, ne serait-ce qu’à cause de leur édition souvent restreinte, pour des raisons économiques, à très peu d’exemplaires, qui ont été longtemps des raretés, mais que l’on peut désormais dénicher sans trop de problèmes en Cd ou, plus facile encore, en mp3.Je pense à quelques groupes, quelques albums, et en voici une sélection, histoire d’ajouter une nouvelle entrée à toutes les autres listes musicales qui font déborder nos lecteurs :

Fille Qui Mousse “Trixie Stapleton - se taire pour une fille trop belle”

Le disque mythique de l’underground français, sorti à 17 exemplaires à l’époque, par le label Futura. Il en existe plusieurs éditions CD qui permettent d’en apprécier les saveurs expérimentales, comme du Can français, en plus lysergique.

Mahogany Brain “With (Junk-Saucepan) When (Spoon-Trigger)”

Le premier groupe du poète Michel Bulteau. Sur ce premier album, à la pochette noire et sorti par le label Futura, ils réinventent le Velvet Underground, dans une cave de Paris. Génialement torturé, tortueux, sombre. Inaudible ?

Pôle “Inside the Dream”

Pôle était un groupe et un label. Cet album est une réponse aux allemands planants et une préfiguration de la musique ambient des années 90. Idéal pour s’endormir.

Pôle “Besombes et Rizet”

Différent du précédent, ce double album est tout en synthétiseurs pulsés, entraînants comme une autoroute allemande. Etonnant, mais aurait gagné en concision : la dernière face est inutile.

Chêne Noir “Chant pour le delta, la lune et le soleil”

Groupe théâtral, le Chêne Noir a sorti peu de disques, tous rares. Mais le meilleur est bien celui-ci, ne serait-ce que pour son morceau d’ouverture, fausse comptine groovy, qui ferait s’évanouir la clique des Stereolab et autres Broadcast.

Ame Son “Catalyse”

Ame Son, plutôt que les très connus Gong : mêmes territoires psychédéliques et pataphysiques, mais un sens différent de la musicalité dévastée. Plus punk que hippie, en fait.

Jean Guérin “Tacet”

Etrange et unique disque de Jean Guérin. BO pour des films invisibles, Tacet est un mélange de free jazz, d’électronique, de rock déstructuré. A écouter pour y croire.

Schizo “Le Voyageur”

Premier groupe de Richard Pinhas avant Heldon, Schizo joue ici un morceau dont les voix sont assurées par Gilles Deleuze, lisant un texte de Nietzsche.

Heldon “Electrique Guerilla”

Premier album du groupe de Richard Pinhas, qui demeure exemplaire de la musique expérimentale et rock du début des années 70.

Melmoth “la devanture des ivresses”

Melmoth dissimule Dashiell Hedayat, habitué des pseudos musicaux et littéraires. La devanture des Ivresses est son grand disque sombre, meilleur que tout le reste de sa production musicale, parce que plus habité par un oubli de soi.

Evidemment, il faudrait compléter cette sélection plutôt rock, par une autre, de free jazz et de free folk français des années post-68 : un prochain post, sûrement.