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Pour illustrer ma playlist récente sur les morceaux de fin d’album, j’ai fait un mix à écouter là :

http://fairtilizer.com/track/9408

Evidemment, il n’y a presque aucun morceau dans ce mix qui soit issu de ma playlist d’il y a quelques jours. Ne me demandez pas pourquoi.

En démarrant mon blog sur le site des inrocks il y a de cela presque un an, j’avais fait un post sur mes morceaux préférés de fin d’albums. Je remets ici cette liste (en rajoutant quelques commentaires), parce qu’elle continue à me parler et que c’est une bonne manière de parler de certains de mes disques favoris.

Panda Bear - Pony Tails (termine Person Pitch)

Mon album préféré de 2007, qui continue à étrangement résonner, m’évoque en creux Lisbonne où habite Panda Bear. Pony Tails est une vignette délicate, comme une capsule de soleil couchant.

Kris Kristofferson - Why Me (termine Jesus was a Capricorn)

Découvert ce morceau par une reprise de Johnny Cash. Puis, entendu l’original, qui est tout aussi beau, tout aussi intimement fracassé et déconfit.

Map Of Africa - Here come the heads (termine Map of Africa)

Sur cet album, j’adore les morceaux lents, très chaloupés, et celui-ci est un peu pareil à un état de somnolence artificielle, une vieille fatigue alcoolisée.

Mojave 3 - To whom should I write (termine Out of Tune)

Terminer un album sur un morceau comme celui-là, c’est un peu avouer que tout ce qui s’est passé avant était comme inutile parce qu’en quelques minutes tristes, le chanteur Neil Halstead avoue sa détresse face à la solitude.

Nick Drake - Saturday Sun (termine Five Leaves Left)

Pas un morceau inutile sur cet album et son dernier vaut le monde entier.

Palace Songs - The Weaker Soldier (termine Arise Therefore)

Un album en formation réduite, avec une boite à rythmes, sur lequel Will Oldham écrit de manière quasi littéraire - ce qu’il ne fera presque plus jamais par la suite, ou en tout cas avec moins de saveur. Ici, il y a un aveu presque autobiographique (ou plutôt autofictionnel) de l’invalidité de soi (je crois).

Papa M - London homesick Blues (termine Papa M sings)

sur ce mini album, David Pajo reprend des morceaux d’autres et termine par celui-ci, dont j’ignore l’original (à moins que ce soit Pajo qui l’ait écrit ?) et qui, très régulièrement, vient se mettre en boucle dans ma tête.

Neil Young - through my sails (termine Zuma)

Ce morceau devrait figurer en tête de liste, en tête de toutes les listes : il est aérien et volatile, mas incroyable d’évocations quasi célestes.

Joy Division - Decades (termine Closer)

Les deux albums de Joy Division sont d’une grâce éternelle et je vois ce morceau comme la conclusion des deux disques, une manière inavouable de s’envoler tout en restant proche de la terre.

Boards of Canada - Farewell Fire (termine The Campfire headcase)

Parce qu’il semble interminable, comme une boucle dont on ne peut s’échapper sinon en s’endormant progressivement.

Bonnie Prince billy - raining in darling (termine I see a darkness)

Un autre morceau qui s’incruste souvent dans ma tête, en boucle. Court, élégiaque, il résume parfaitement l’album dont in est tiré et duquel s’échappent des sentiments de bonheur triste, de lumière noircie, en pleine campagne tranquille, isolée.

Grizzly Bear - colorado (termine Yellow House)

J’ai une affection particulière pour ce morceau, mais j’ignore pourquoi. J’aime son envol, sa magnitude, son esprit américain qui communie avec quelques grands disques esseulés des années70.

Judee Sill - the donor (termine Heart Food)

Et en parlant de grand disque des années 70, celui-ci en est l’un des plus beaux. Son morceau de fermeture est un long mantra halluciné, pour se perdre sans trouver de rédemption.

Kevin Drumm - cloudy (termine Sheer Hellish Miasma)

Un des musiciens noise les plus intéressants de ces dernières années. Mais ce morceau qui clôt la version originale de l’album (réédité différemment depuis) est d’un calme splendide, planant et presque voluptueux.

Scott Walker - a lover loves (termine The Drift)

Tandis que tout le reste de ce grand disque mêlait abstraction et sons abrasifs, ce morceau est d’une simplicité mordante, comme joué à un enfant, ou un animal. Une rengaine d’éternité suspendue.

Slowdive - Dagger (termine Souvlaki)

J’ai écouté ce morceau des mois durant pour m’endormir, et je ne faisais pas que de beaux rêves de bonheur ensuite, malgré la beauté délicate de sa mélodie.

Sonic Youth - Or (termine Rather Ripped)

Rather Ripped est un grand disque de Sonic Youth, sur lequel le groupe se renouvelle thématiquement et soniquement, sans jamais chercher à piocher dans son passé (ne pas croire ceux qui disent que ce disque évoque Goo ou Dirty, beaucoup plus grunge et datés). Or est une expérimentation lente, de paroles collées entre elles, comme au temps des beatniks. Thurston Moore y évoque des impressions antinomiques que son chant rassemble. Une vignette rare.

Jim O’Rourke - and a 1,2,3,4 (termine I’m happy, and I’m singing and a 1,2,3,4)

Difficile de dire que ce morceau termine cet album, puisqu’en longueur il doit bien en constituer la moitié. Mais une moitié qui n’arrête pas de s’enfoncer dans une matière poreuse, une matière qui confisque le bruit pour en faire une boucle d’apaisement, de tranquillité fragile. Le contraire du new age, de l’ambient, de l’illustration.

Sun Ra - the conversion of J.P. (termine Space Probe)

J’adore Sun Ra mais aucun autre de ses morceaux ne m’a jamais autant bouleversé. Une rythmique africaine, qui voque aussi Steve Reich, hypnotise durant de longues minutes celui qui s’y perd avant le surgissement d’un piano qui arrive à point pour tout élever.

Difficile de trouver des disques mieux habillés, qui donneraient plus envie d’être écoutés que ceux de ce label dont je ne sais pas grand chose, à part qu’il est en passe de détrôner toutes les autres maisons spécialisées en réédition (à part Honest Jon, qui fait de plus en plus, un vrai travail de fond, notamment avec sa compilation Life Is Hard). Chez Mississipi, il y a de tout et pour le moment j’ai trouvé cinq disques, tous mirifiques (et je n’emploie pas ce mot facilement, promis). D’abord, il y a le mythique second album de Phil Cohran, en hommage à Malcolm X. Cohran a joué avec Sun Ra dans les années 60, enregistré un grand album, On the Beach, de jazz aux limites du modal, du free et du spirituel, dont on commence à peine à saisir l’importance (je commence à voir ici et là des chroniques, bien tardives : le disque a été réédité il y a presque dix ans - et je crois bien l’avoir déjà chroniqué dans les inrocks au début des années 2000, sans que cela intéresse qui que ce soit…). Ce deuxième album de Cohran est peut-être meilleur que le premier, joué sur le fil, menant, comme son prédécesseur, une barque aux marges du jazz, n’explosant jamais entièrement, demeurant toujours sur un étrange fil coupant. Un vrai chef d’oeuvre. Ensuite, chez Mississipi, il y a le disque de l’Orchestre Régional de Kayes, un groupe de Bamako, dont je ne savais rien. J’ai acheté leur disque sur la foi d’une chronique lue sur le net. Et il est parfait d’intemporalité, d’espaces musicaux tout à la fois méditatifs et presque rock aussi, qui m’évoquent la première fois où j’ai entendu de la musique éthiopienne. Mais là, c’est l’aspect minimaliste, mélangé à un étrange sentiment de gospel, qui me plait d’abord.

Enfin, sur Mississipi, il y a des disques de blues. D’abord, deux compilations aux titres et aux pochettes parfaitement élaborés : Life is a problem (dont le titre évoque celui de Life is Hard, publié par Honest Jon - jy reviendrai) et I Don’t Feel at Home in this World Anymore 1927-1948. On y retrouve notamment un de mes groupes préférés, les Blue Sky Boys. Mais qui ne sont rien comparés au grand Washington Phillips, dont la maigre poignée d’enregistrements, datant des années 1927-1929, sous inflence gospel illuminé et presque cosmique. J’avais acheté ce disque sur le net et il n’est jamais arrivé. Mais j’aime tellement les morceaux de ce grand musicien improbable, que je l’ai racheté à la première occasion - c’est-à-dire dès que j’ai pu le voir dans une boutique de disques. Les fans de Palace Brothers trouveront là un morceau intitulé I Had a Good Mother and Father qui fait écho à un morceau du même titre, enregistré par le groupe de Will Oldham sur son premier album. Les autres pourront juste tomber amoureux, ou en religion, en écoutant par exemple Lift Him up that All.

Je précise : ces disques ont été réédités par Mississippi en vinyle et ils sont beaux comme les objets des époques dont ils sont originellement issus, et qu’ils font revivre avec minutie et délicatesse.

L’excellent DJ et producteur Ricardo Villalobos joue ce soir à Paris, dans le festival Villette Sonique. Ce sera de toute manière toujours mieux que Devo (qui passait il y a quelques jours, que je n’aime pas et dont plusieurs personnes m’ont dit du mal). Mais je ne serai pas à Paris pour le voir. Pour me rattraper, voici une liste de sept de ses disques qui me tiennent à coeur - un pour chaque jour de la semaine.

1. Bredow

C’est le premier maxi de Villalobos que j’ai acheté, en 2001. C’était la première fois que j’allais au magasin
Katapult, qui était encore vers le boulevard de la république, dans une petite rue (ensuite, il déménagera dans le troisième arrondissement, avant de fermer il y a deux ans). Le magasin était étroit, mais ses propriétaires, accueillants. J’y ai écouté plusieurs disques au hasard et celui-ci m’a tout de suite interpellé. Je ne savais pas qui était ce producteur, mais sa musique, qui prenait un temps infini, me plaisait absolument. Quelques semaines ou mois plus tard, je retrouvais son nom sur un disque de remixes de Two Lone Swordsmen et Andrew Weatherall, en interview, me dirait quelques mots sur lui dans sa loge du Batofar.

2. The Contempt

Ce morceau est plus vieux que le précédent. Il date de 1995 mais je l’ai découvert vers 2004 lors d’un dîner chez Michel qui venait d’en acheter la réédition. J’ai tout de suite adoré ses deux versions et son côté brinquebalant, mais extrêmement ferme. Il y a toujours de la fantaisie (militaire ?) chez Villalobos et ici, elle s’exprime tout en filigrane.

3. Easy Lee

Morceau extrait de son album Alcachofa, pour lequel je l’avais rencontré et interviewé. Il m’avait raconté tout son parcours, expliqué comment il avait fait un morceau comme “808 The Bassqueen” (que je recommande aussi) à Ibiza et s’était montré très délectable, charmant et drôle. Il faudrait que je déterre ma cassette de l’entretien et que j’en fasse quelque chose, un jour.

4. What You Say is more than I can say

Un maxi, mais pas vraiment comme les autres : ici, la mélancolie et la folie sont entremêlées et il y a comme une tristesse profonde qui, d’un coup, grâce au chant hanté, jaillit en surface. Je me souviens d’un moment où ce disque tournait en boucle à la maison et en regardant sur ses crédits, je me rends compte qu’il est sorti en 2002 : il y aa une éternité déjà.

5. Blood on my hands

Villalobos signe ici un remix somptueusement sombre d’un morceau déjà très percutant de l’anglais Shackleton. Mais il en fait une odyssée de vingt minutes, tout en éclatements intérieurs, en implosions intimes qui offrent du monde une vision dont on ne sait jamais démêler le festif du désemparé, le fou du simplement joyeux. Et il y a quelques jours, Villalobos a sorti un nouveau double maxi sur lequel Shackleton le remixe : une autre petite perle, complexe et étrangement planante, qui vient ponctuer une série de disques sortis avec une belle régularité depuis un an ou deux.

6. live à Fabric,

Sur ce CD, Villalobos ne mixe que ses propres morceaux inédits, mettant à mal l’idée même de l’album de mixes fait de tubes (et renvoyant implicitement l’idée stupide de Justice de mixer un disque pour Fabric avec des idioties françaises ringardes des années 80 aux orties où elle appartenait - et où Fabric l’a aussi reléguée puisque le duo français n’a jamais sorti ce disque - il a préféré sans doute consacrer son énergie à une vidéo encore plus bête).

7. Enfants (Chants),

Ici, il reprend un morceau, une ritournelle, de Christian Vander, la faisant comme tournoyer sur elle-même, plus grasse que gracieuse, mais néanmoins très élévatrice. Peu de gens autour de moi aiment vraiment ce maxi, mais je le trouve assez enchanteur et très deleuzien, dans son idée de remettre le sample venu d’ailleurs au coeur de la composition, qui en devient comme un drôle de rhizome mouvant, ne faisant jamais racine, mais menant l’audition vers un ailleurs inouïe. C’est peut-être cela la force de Villalobos pour le moment : il n’a jamais fait racine, tout en faisant semblant de toujours faire la même chose.

Deux remixes en ce moment, me fascinent : celui de Shackleton, très dense et vertigineux, pour Villalobos - une merveille. L’autre est fait par rustie, pour Pivot, nouvelle signature rock de Warp, mais qui joue comme s’il s’agissait d’un Autechre noisy. Le maxi de Martyn est assez beau aussi. Mais, cette semaine, je suis conquis par des disques plus vieux, des rééditions : le Tamper de Jim O’Rourke, longtemps épuisé, qui ressort sous une pochette minimaliste. Le contenu est drone, viscéral, très prenant. Le Dance Hall Showcase II de Sugar Minott  : une vraie merveille, qui mixe versions chantées et dub. Chaque disque de Minott est une merveille et celui-ci, qui date de 1982 est un des plus attirants, immédiatement séduisant, richement arrangé. Il y a aussi le CD qui réédite les versions du morceau Vantage isle de Deepchord, parfait pour se laisser entraîner sur une pente vaguement groggy. je ne dévoile pas encore tout le reste, mais la compilation Living is Hard, entendue par hasard dans un magasin à Berlin (Hardwax - pas spécialement le lieu où je pensais tomber sur ça) est sublime, emplie d’une étrange mélancolie, d’un sentiment ineffaçable de douleur contrite, de chant sans lendemain.

Quelqu’un m’a demandé une liste de morceaux qui m’ont marqué. Ce qui est impossible. Ne serait-ce que parce qu’une telle liste ne pourrait se faire sans les livres qui vont avec : à chaque chanson correspond un roman ou un texte, et ensemblent ils décrivent leur époque. En tout cas, voici en vrac 30 morceaux ou disques dont je suis certain, de mémoire, qu’ils m’ont marqué. Il y en a à peu près 30 000 autres susceptibles de figurer ici comme n’importe lequel des 6 ou 7 premiers disques de Will Oldham dont je considère le Gulf Shores / West Palm Beach comme un des plus beaux singles de tous les temps - tellement beau que je n’ose le mettre dans une liste. Cela dit, je pourrais toujours m’atteler à des listes plus précises, si un intérêt dans ce sens était soulevé ici ou là.

1.Tex Ritter “High noon”

Le morceau d’ouverture du film du même nom (le train sifflera trois fois en VF), que je regardais gamin plusieurs fois par jour. D’où mon goût pour lescrooners et les arrangements minimalistes ?

2.The Smiths “William, it was really nothing”

J’ai acheté mon premier disque des Smiths tout seul : Hatful of hollow, à la Fnac de l’avenue Wagram. Et cette chanson était la plus immédiate. Je n’avais jamais entendu quelqu’un chanter ainsi, de telles paroles.

3.The Jesus and Mary Chain “Just like Honey”

Ou plutôt tout le premier album, Psychocandy. Incroyable à quel point ce groupe était différent, comme d’une autre planète. Au milieu des années 80, personne ne leur arrivait à la cheville.

4. The Velvet Underground “Venus in furs”

Découvert assez tard le Velvet, en achetant au hasard le premier album et immédiatement fasciné par la noirceur de ce morceau et la violence du violon de John Cale.

5. My Bloody Valentine “You made me realise”

Acheté ce maxi au hasard, pour sa pochette, que je trouvais mystérieuse et comme sortie d’un film. Mais lequel ? A l’intérieur, des morceaux inépuisables, que je redécouvre inlassablement, soniquement, narrativement, humainement.

6. The Orb “A Huge Ever Pulsating Brain That Rules from the Center of the Ultraworld

C’est en passant l’aspirateur que j’ai compris la puissance de ce maxi interminable, sorte de collage onirique qui se fond dans le décor, mais pour mieux le déstructurer. Aujourd’hui, je n’ose plus l’écouter.

7. Throbbing Gristle “after cease to exist”

La face B de leurpremier album m’a ouvert les oreilles vers un monde insoupçonnable. Je l’avais acheté un peu au hasard, dans un magasin d’occasion et j’ai tout de suite plongé dans ce magma sonique, qui était en plus lié aux films de Derek Jarman.

8. The Telescopes “Cease to exist”

une face B, écoutée mille fois, qui est en fait une reprise de Charles Manson.

9. Sun Ra “Disco 3000″

Acheté vite à Londres, en vinyle. Ce disque est monumental, tournoie sans cesse, et, comme je l’ai lu quelque part, arrête vraiment le temps. Il a été récemment réédité et je ne sais jamais s’il faut que je le recommande ou non. En tout cas, il m’a entièrement réorganisé l’esprit.

10. Photek “UFO”

Je me souviens d’une conversation avec Julien qui disait en substance que ce n’était plus la peine d’acheter autre chose que des disques de Photek et Tortoise. Evidemment, on n’a pas tenu plus d’une heure ou deux. Mais ce morceau (ou plutôt ce maxi) de Photek est resté scotché dans mes oreilles. On y entend des samples effrayants et des fragments d’un piano électrique pris chez Pharoah Sanders et Lonnie Liston Smith. Une merveille.

11. Television Personalities “Sense of Belonging”

Une chanson indie pop qui pourrai être la plus belle du monde. Mais je ne sais pas pourquoi exactement.

12. The Pastels “Baby Honey”

Voir les Pastels au premier festival des Inrocks était une révolution en soi. Et découvrir ce morceau mastodonte était tout aussu bouleversant, sur scène que sur disque.

13. Field Mice “Sensitive”

Celui-ci et sa face B : un single indie pop juste parfait.

14. Spacemen 3 “Rollercoaster” & “Transparent Radiation”

Tout Spacemen 3 m’a chamboulé. Mais ces deux maxis ont été mes portes d’entrée dans leur univers psychédélique et torturé. L’album Playing With Fire est encore plus beau.

15. Loop “Burning world”

Comme Spacemen, mais avec un son encore plus lourd et abstrait. Et puis, j’ai vu Loop sur scène et ça, ça ne se raconte pas.

16. Stereolab “Super 45″

Le premier 25cm de Stereolab m’a ouvert les oreilles et mené vers des disques de Neu, Can, puis Nurse With Wound.

17. Neu!

Peu de choses valent le premier album de ce duo allemand et je n’ai toujours pas compris, malgré mes écoutes répétées, comment ce disque est fait, de quelle matière il est composé.

18. Can “Monster Movie”

Ou alors Soundtracks. Ou n’importe quel autre disque de Can.

19. Tortoise “Djed”

Ou alors le maxi sorti sur Duophonic. Djed, premier morceau du deuxième album du groupe est une longue odyssée, un collage qui embarque en lui des réminiscences de Neu et des fragments d’Aphex Twin. Le genre de morceau qui change la vie, littéralement - à moins d’être sourd, bête et méchant.

20. Basic Channel CD

Je me souviens de Michel chez Rough Trade disant que son frère lui avait piqué ce CD et s’endormait dessus. Moi aussi j’adorerais m’endormir sur ce disque, mais il est tellement dense qu’il est impossible de somnoler avec.

21. Aphex Twin “Selected Ambient Works 2

Le disque ultime, qui mène les explorations d’Eno à leur extrême, vers leurs limites sonores et s’arrête aux bords de l’abstraction.

22. Sonic Youth “Kotton Krown”

Le premier morceau que j’ai eu envie de reprendre. Et sur le même album, il y a le fabuleux Sister / Schizophrenia dont Frédéric Poincelet a fait une bande dessinée frappante dans un de ses périodiques.

23. Nancy & Lee “Some Velvet Morning”

Le plus beau morceau de tous les temps, dont ne ne sais jamais s’il faut en pleurer de bonheur ou de peine ou des deux à la fois.

24. Public Enemy “Don’t Believe the Hype”

Parce que c’est par là que j’ai découvert le hip-hop. Et que le premier et le second albums de Public Enemy sont parfaits.

25. Moodymann “I can’t kick this feeling when it hits”

Un sample de Chic par un produteur américain majeur, qui manie comme personne le temps long, la répétition, la déliquescence des rythmes, des nappes, des sons, de l’écoute. La House de Moodymann m’a mené vers tout le reste, à commencer par Carl Craig et Theo Parrish.

26. Jim O’Rourke “Eureka”

Tous les disques de Jim valent le détour, mais celui-ci manie bien son amour pour la pop et Burt Bacharach tout en étant aux bords de l’expérimentation. Un moment d’apesanteur, surtout dans les derniers morceaux, déchirants.

27. Pita “Get Out”

Le disque électronique parfait, tout en bruits d’ordinateur, et en fragments de souvenirs presque pop. On y entend des échos de My Bloody Valentine, des mémoires de musique concrète.

28. Labradford “Mi Media Naranja”

29. Syd Barrett “Golden Hair”

La seule chanson que je sais jouer à la guitare. Et les paroles sont de James Joyce. Une vignette de bout de nuit, rien d’autre.

30. LaMonte Young “Black Record”

Une face de gongs frappés au ralenti qui s’écoute comme un disque de métal contemporain. Sunn O))) et tous les autres sont nés là-dedans, mais ils ne le savent sans doute pas.

Cinq disques dont je ne suis pas certain qu’ils aillent bien avec le soleil de mai. Ou la pluie. Le premier, la BO de Pat Garrett & Billy the Kid par Bob Dylan, bien sûr, est un classique, mais je ne l’avais jamais eu. Je me souviens pourtant de l’effet assez psychotrope ressenti en regardant le film. Il y a là quelque chose d’étonnant, comme un mélange entre un disque de country et un album de Steve Reich. Des parties instrumentales assez crépusculaires, répétitives, donnent l’impression d’un album dépressif et mélancolique, mais qui se dévoile vite comme un étonnant euphorisant, tout en retenue. Lorsque la voix de Dylan surgit, rare, tout se précipite comme en une petite implosion des sentiments.

L’album de Nadja, Touched, est une réédition en vinyle d’un Cd sorti l’an dernier. Cette nouvelle édition est fabuleusement belle, ornée de photos nouvelles, prises par Seldon Hunt qui a pour habitude de capturer une nature d’apparence tranquille, mais toujours insidieusement inquiétante. Le pressage est parfait, dévoile la musique pour ce qu’elle est : lente, lourde, prenante, mais aussi fascinante de densité.

Rien à redire sur la compilation de Model 500, sinon qu’elle vient d’être rééditée et qu’elle est assez impeccable dans son genre.

L’album de Tsé, La Ralentie, est arrivé hier. Tsé est un ami, qui vit à Berlin. Et hier en visitant l’expo Nieves, j’ai vu Isabelle Boinot qui m’en a parlé. Coïnicidence ? En tout cas, après une écoute rapide, l’album a l’air beau, s’envolant vers des territoires différents du dub électronique des sorties précédentes. Tsé y chante comme s’il était en train de faire son dernier disque et c’est ainsi que tous les disques devraient être faits. Et la pochette est somptueuse, impeccable.

Enfin, un disque qui va faire parler de lui dans le petit cercle des adeptes de noise et de bruit : l’album de Dan Friel, Ghost Town, est une déflagration assez insensée, qui évoque une sorte de My Bloody Valentine métallique, une collision entre Kid 606 et Merzbow, mais encadré dans un appareillage presque pop. Ici, sept morceaux forment cet album court, incisif, dont on se demande avec quels instruments sucrés il a été composé. Comme le bruit du sucre qui crie doucement en fondant. ça s’écoute par là : http://www.importantrecords.com/releases/imprec187_release_page.htm

J’ai été obsédé par ce groupe, à mort. Puis j’ai tout donné, abandonné. Pourtant, chaque fois que j’entends un de leurs morceaux, je sais exactement ce qui va se passer tout au fond de mon ventre : comme un vieux déchirement qui revient. Je manque souvent de pleurer, parce que j’ai construit des milliers de choses sur une poignée de leurs morceaux. Longtemps, j’ai cru que les chansons des Smiths (et celles de Syd Barrett) me portaient malheur, que je ne pouvais pas les écouter et être heureux en amour. Peut-être est-ce pour cela que j’ai arrêté de les écouter ? A moins que je n’en ai fait une indigestion : les meilleurs disques, on n’a pas besoin de les avoir. Au bout d’un moment, on les connait par coeur, comme ces trois qui suivent, inconsolables.

Depuis quelques jours, j’ai cette chanson de Prefab Sprout en tête, bien ancrée : Cars & Girls. Je ne sais pas pourquoi, mais elle me parle incroyablement fort, comme si j’étais bien plus habité par elle aujourd’hui, à 36 ans, qu’il y a 20 ans. Ce qui confirme bien une pensée intime : les plus belles pop songs, même les moins connues, sont fortes à la première écoute et n’en finissent jamais de resurgir des années plus tard, lorsqu’on ne les attend pas. Je suis certain que des pans entiers de ma vie m’ont été dictés par l’écoute d’une chanson, ou d’une autre. Une chose en tout cas : si je fais mon métier, si j’ai passé tant de temps à écrire sur la musique, c’est parce qu’au départ, je suis fasciné par les chansons, par la musique et qu’un morceau de trois minutes peut contenir plus de vies que n’importe quoi d’autre. Je ne me suis jamais endormi pendant un disque, contrairement aux films devant lesquels j’adore somnoler pour me perdre. La musique, au contraire, me fait sentir vivant, me dit où je suis, qui est à côté de moi, ou qui ne l’est plus. Une pop song, c’est ce qu’il y a de plus essentiel, au fond. Pas de vanité là-dedans. Et contrairement à ce qu’on croit, une bonne pop song n’est pas forcément sucrée : elle peut aussi être invariablement maussade, intrinsèquement compliquée, difficile à encaisser. Mais, inévitablement, une bonne pop song change la vie, de fond en comble, ne serait-ce que parce qu’elle parvient à pointer ce qui se passe dans ma tête, à chaque fois.

Cars & Girls de Prefab Sprout, donc. Pour réécouter ce genre de chansons, j’adore aller sur YouTube. Et là, je me rends compte que ce groupe a tout de même écrit une poignée de pop songs vraiment démentielles, faussement légères, génialement démesurées. Les voici et dites-moi ce que vous en pensez.

Je note juste ceci : le morceau de Marianne Faithfull intitulé Dreamin my Dreams sorti en 1978 est beau à pleurer ; sur son maxi produit par Clash en 1982, Futura 2000 cite Jean-Miche Basquiat ; la face B d’Aguirre (1976) de Popol Vuh sombre joliment entre LaMonte Young et Double Leopards ; la face B de Toi mon Toit (1986) s’intitule Marie et c’est charmant, charmant, charmant - me donne envie encore une fois de rencontrer Elli Medeiros.

Wayne Jarrett - Showcase 1

Autechre - Quaristice double CD version

Flying Lotus - Los Angeles

Leila - Blood, Looms and Blooms

‘Rockstone’ Native’s Adventures with Lee Perry at the Black Ark September 1977

Popol Vuh - Haswell & Hecker & Mika Vaino Remixes

Fuck Buttons - Street Horrrsing

New Orleans Funk vol2

Ethiopian Soul and Groove - Ethiopian Urban Modern Music vol.1

Alemayahu Eshete - Ethiopian Urban Modern Music vol.2

Call it a ritual est extrait du prochain album de Wolf Parade, assez renversant.

Sexual Healing le morceau de Marvin Gaye repris par Hot Chip

Sensual Seduction le morceau de Snoop repris par Hot Chip

Death is not final un morceau de Shackleton, au-delà du dubstep

Music (in my mind)Lindstrom remixé par Harvey, inédit ?

Enfants (Chants) immense tube de Villalobos, qui sample un morceau de Christian Vander




Vu hier soir There will Be Blood. Adoré me laisser happer par ce film. Premier quart d’heure muet comme l’un de mes films préférés, Rio Bravo. Et musique qui tient le film d’un bout à l’autre, bourdonnante et tendue, presque étouffante tant elle est présente. Toujours sur le fil, elle est entre le pompier hollywoodien et un minimalime très “drone”. Sa présence insistante en fait un personnage central du film, donne à son compositeur un rôle de metteur en scène. Sans oublier le rôle essentiel du son, de ce que l’on entend (ou non) dans le film : There Will Be Blood parle d’abord aux oreilles, soit en les assaillant de sons, soit en les en frustrant entièrement.
Ce n’est qu’à la fin du film, que j’ai réalisé quque sa BO avait été composée par Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead, dont la vision musicale oscille entre Neil Young et Olivier Messiaen. Est-ce le fait qu’il soi européen qui donne à sa musique toute cette tension, comme si elle était un élément étranger tentant une greffe dans un paysage qui lui est inconnu ? Toujours est-il que tout au long du film, je me posais inconsciemment la question de la pertinence d’une BO différente, et de comment serait ce film si sa musique avait été composée par un auteur familier et proche de l’Americana. Pour faire bref, j’ai beaucoup pensé à Will Oldham et Earth. Les correspondances sont évidentes et j’ai dressé une liste de disques qui évoquent bien There Will Be Blood, qui en seraient une version musicale.

1. Hex (or printing in the infernal method) de Earth. Grand disque instrumental, qui raconte le désert et l’Amérique primitive.

2. There is no one what will take care of you de Palace Brothers. Le premier album de Will Oldham réinventait la country et donnait à entendre une manière différente de raconter l’Amérique, notamment celle des cowboys.

3. Zuma de Neil Young. Les tourments de Zuma évoquent en filigrane ceux de There Will Be Blood. Ils en ont la même tension brutale, le même regain de vie décharnée et cette impossible volonté de se venger de la vie. Mais il y a aussi Harvest de Neil Young, plus calme que le précédent, mais tout aussi tourmenté, qui évoque plus implicitement la psychologie des personnages du film.

4. In Pittsburgh de Loren Connors avec Suzanne Langille. Rien que pour Blue Ghost Blues, reprise de Lonnie Johnson, chantée par Suzanne Langille, d’une voix de crève.

5. Blind Joe Death de John Fahey. Le premier album du guitariste Fahey sorti en 1959 inventait un faux bluesman aveugle et racontait différemment l’Amérique musicale, du blues, de la misère, du désert. Tous ses albums des années 60 pourraient servir dans cette liste. Avant sa mort, Fahey a sorti le magistral coffret Screamin and hollerin the blues de Charley Patton : autant de chansons qui auraient pu servir pour There Will Be Blood - mais dans lequel on ne voit pas un seul Noir et très peu de femmes…

6. Black Record de LaMonte Young. Sorti à la fin des années 60, ce disque de drones est tendu, harassant, désespéré. Je le verrais bien sur les images de There Will Be Blood, dans les oreilles des personnages au fond du derrick.

7. OO)) Void de Sunn O)). Premier album studio, encore maladroit, mais très puissant, de ce duo qui sonne comme un rite en milieu de nuit, achevé à l’aube.

8. Nancy and Lee Again de Nancy Sinatra & Lee Hazlewood. Album des retrouvailles, plus sombre que le précédent, moins enjoué, plus enfoncé dans l’âge et la tourmente. Trouble is a lonesome town de Lee Hazlewood aurait aussi pu figurer ici.

9. Unearthed de Johnny Cash. Un coffret de cinq disques : les dernières années du chanteur, qui y dit comme une paslmodie infinie, tout ce qu’il sait de son pays, de ses chansons. Rien que pour Wichita Lineman, dont il donne une version sombre, loin des clichés.

10. Raag Manifestos et Kensington Blues de Jack Rose. Le meilleur guitariste des années 2000 ? En tout cas, le grand héritier de Fahey, dont la guitare hantée fournit sur ces deux albums un kaléidoscope d’une americana implicitement malaisée.


Mes amis de Minizza ont mis en ligne un mix qu’ils viennent de faire pour la Cartonnerie de Reims. Un vrai best of du genre avec plusieurs clins d’oeil à des déclinaisons extra-allemandes comme Silver Apples ou Wilco. La playlist complète :

Voici la playlist
HNAS - Wie Ein Bock Am Michelstag
Neu! - Hallogallo
CAN - Spoon
Faust - The Sad Skinhead
Silver Apples - Lovefingers
Fujiya & Miyagi - Ankle injuries
Turzi - Alpes
Kraftwerk - Ruckzuck
HNAS - Guavenschmäh
Eno & The Winkies - Baby’s on fire
The Monks - Higgle-dy-piggle-dy
Wilco - Spiders (Kidsmoke)
Lcd Soundsystem - All my friends
Sonic Youth - Reena
Neu! - Fur Immer (forever)
System 7 - Interstate
Grauzone - Wütendes gras
Harmonia - Monza - Rauf Und Runter
Stereolab - Revox
Goblin - Tenebre (main title)
People like us - Ursula Fahrt Ski

Allez l’écouter là (il faut s’enregistrer sur le site, c’est gratuit) :
http://www.brocoli.org/v1/