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Trouvée sur ebay en cherchant des disques de Sun Ra. Un petit malin en vend mais ne montre pas les objets : il colle cette image, qui est tout de même bien éloignée de l’imaginaire de Sun Ra. Du coup, je l’ai copiée et mise ici. Et je me demande si les gens qui s’intéressent aux disques de Sun Ra sont aussi attirés par ce genre de photos. C’est-à-dire des images extraites de magazines de cul des années 60 et 70, qui abondent d’un charme suranné, de couleurs devenues comme étrangères et de corps qui pourraient être extra-terrestres tant ils ont l’air dépendants d’une époque et d’un moment résolument proches et irrémédiablement révolus. Ces deux filles qui s’enlacent ne disent rien, mais j’aime bien leur bronzage, leurs cheveux et ce que je devine de leur ossature. Elles ne sont ni belles, ni sexuelles - juste issues d’un autre monde. Exactement comme Sun Ra ?

J’ai acheté ce disque en vinyle il y a plus de dix ans, à l’époque où je pourchassais les Sun Ra à la trace et ebay n’existait pas encore. Je l’ai acheté à Mark, dans sa chambre de bonne de la rue La Bruyère. Ou plutôt je l’ai échangé contre un autre disque, peut-être un Marion Brown. Je me souviens que juste après, je suis allé voir un concert de Stereolab à la Boule Noire, pas loin de chez Mark. Je n’ai écouté le disque de Sun Ra qu’après le concert. Et j’y ai entendu les mêmes sons que Stereolab utilisait - ou en tout cas est-ce ainsi que j’ai rêvé tout cet enchaînement de musiques, à base de moog, d’orgues électriques, de sons tendus qui arrivent d’un coup dans le mix. Media Dream est un frère jumeau de Disco 3000, un de mes disques préférés de Ra : les deux disques ont été enregistrés en Italie, en 1978, en petite formation. Ra y utilise un synthétiseur italien, un Crumar, qui inclut une boîte à rythmes assez basique mais efficace. J’ai toujours aimé Media Dream, mais un peu moins que Disco 3000. Récemment, le label Art Yard a entrepris de rééditer ces deux disques. D’abord en vinyle. Puis, récemment, en CD. D’abord, Disco 3000 : une version double CD, splendide, qui inclut toute la session, inédite. Et maintenant, Media Dream, lui aussi en version longue, qui permet d’écouter des morceaux dans leur version intégrale et d’autres, inédits. Un vrai bonheur, mais pas uniquement pour les maniaques de Ra. Les autres y trouveront leur compte tant cet album est extra-terrestre. Certaines nuits, je rêve d’assister à l’enregistrement de ces sessions, d’être dans la salle, sur scène, dans les étoiles.
Ma version originale de l’album, en vinyle, comporte un label (un rond central, dit-on dans les milieux éclairés) presque découpé à la main et semblable à celui ci-dessus. Cette image m’a toujours intriguée, fascinée. Ou plutôt, c’est le fait que Sun Ra ait choisi de s’approprier des images issues de la mythologie égyptienne qui me fascine. Et puis, le découpage artisanal, le collage, la photocopie, le papier bon marché, utilisés pour façonner cette étiquette : tout cela, cette sensation d’artisanat, ne peut que me plaire, tant elle déborde d’humanité, de fragilité aussi.
